“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Soutenez l’info locale et Monaco-Matin > Abonnez-vous

La fatigue, la route... et l'homicide involontaire

Mis à jour le 26/05/2016 à 05:09 Publié le 26/05/2016 à 05:09
Dans cette affaire, « l'emprisonnement ferme n'a pas de sens », dit Cyrielle Colle, la représentante du ministère public.

Dans cette affaire, « l'emprisonnement ferme n'a pas de sens », dit Cyrielle Colle, la représentante du ministère public. N.H.-F.

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

La fatigue, la route... et l'homicide involontaire

Un homme a été condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir mortellement percuté le conducteur d'un deux-roues à Monaco. Seul élément en cause dans le dossier : la fatigue

Il se lève de son banc. Le prévenu s'approche de la barre du tribunal. Un autre homme l'y rejoint. Ils se serrent la main.

Le geste pourrait paraître anodin. Il l'est rarement, dans une salle d'audience. Et encore moins quand la poignée de main s'échange entre le père d'une victime et l'homme qui est soupçonné d'être à l'origine de son décès.

La scène se déroule mardi, devant le tribunal correctionnel de Monaco. Un trentenaire doit répondre d'« homicide involontaire ». Les faits se sont déroulés en octobre dernier, vers 3 h 20 du matin, du côté du tunnel du tunnel du boulevard Louis-II. La Renault du prévenu se serait déportée sur une autre file. Elle a percuté un deux-roues qui venait en sens inverse. Le conducteur n'a pas bu. Ni consommé de stupéfiants. Ni de médicaments. Ni utilisé son téléphone portable. Le seul élément en cause, dans le dossier, c'est la fatigue.

« Quelque chose que l'on porte en soi »

Toute l'audience tourne autour de ce point. C'est parce que le président Jérôme Fougeras-Lavergnolle aborde le dossier avec sa technique habituelle. Il cherche à comprendre, s'intéresse au contexte, à la personnalité du prévenu, revient sur les heures et les minutes qui ont précédé les faits.

Et un élément clé, pour comprendre ce dossier, c'est la profession de l'homme qui se tient à la barre. Raffaele est cuisinier. Le matin des faits, comme d'habitude, il roule en direction de La Condamine. Le prévenu commence à travailler à 4 heures. Son réveil a sonné vers 2 h 30 du matin, à Vallecrosia, une bourgade de quelque 7 000 habitants posée sur la côte italienne. Tous les matins, il couvre la trentaine de kilomètres qui séparent son domicile de son lieu de travail. Il prend toujours le même chemin. Ce jour-là, au petit matin, Raffaele est dans un « état de fatigue très avancé », précise Jérôme Fougeras-Lavergnolle. Avant les faits, un témoin l'a d'ailleurs vu faire un écart. Un peu plus tôt, à Menton, un conducteur l'a klaxonné au feu rouge. Peut-être parce qu'il s'était assoupi.

La veille, le prévenu au costume bleu impeccable et aux cheveux plaqués en arrière s'est couché à 23 h 40. Après sa journée à Monaco, il a enchaîné avec une réunion de travail, pour son second emploi, dans le « marketing sur internet ». Ensuite, il est allé chercher l'un de ses enfants chez sa belle-mère. Tout cela est venu se rajouter à la fatigue du quotidien et des kilomètres.

« Je me souviens de l'entrée dans le tunnel, dit le prévenu, la voix un peu étranglée, assisté par une interprète. C'est tout. Je me souviens de l'entrée du tunnel. » Puis, l'homme aux traits tirés et au dos bien droit revient sur les conséquences de ce petit matin. « C'est quelque chose que l'on porte en soi », lâche-t-il.

Le père de la victime le rejoint à nouveau à la barre. « Je suppose que ce jour-là, il avait moins dormi que d'habitude », commence-t-il, très digne. Sa voix s'étrangle, et puis : « Je ne peux pas dire que je lui en veux. ça ne changera rien. Il a deux enfants. Qu'il en profite. »

Le « piège des trajets habituels »

Et puis, la substitute du procureur Cyrielle Colle requiert. Elle évoque, pêle-mêle, les éléments du dossier, le « piège des trajets habituels », l'intérêt de la sanction pénale. Dans ce dossier, « l'emprisonnement ferme n'a pas de sens ». Elle requiert donc du sursis, mais avec une peine « relativement importante ».

En défense, Me Hervé Campana revient lui aussi sur le contexte, avec ses gestes des mains et en bougeant autour de son banc. Il évoque ce « maudit tunnel dangereux ». Et aussi une « part de fatalité ». Car avec « trente secondes de d'écart, rien de tout cela ne serait arrivé », lâche-t-il. Me Hervé Campana plaide « la plus grande clémence ». Raffaele écope de dix mois d'emprisonnement avec sursis.


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.