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Jugé pour viols, un homme âgé qui se faisait passer pour un play-boy sur Facebook aurait fait "350 victimes"

Était-il un prédateur, ou ses actes pouvaient-il être considérés comme de la séduction? La question a animé le premier après-midi du procès d'un retraité niçois accusé d’avoir violé deux jeunes femmes en utilisant un scénario digne de "50 nuances de Grey". N'ayant pas aperçu son visage jusqu'à la relation sexuelle, étaient-elle vraiment consentantes?

Christophe Perrin Publié le 26/10/2021 à 08:34, mis à jour le 26/10/2021 à 14:34
Il se faisait passer pour un homme jeune et attirant pour attirer les femmes chez lui à Nice. Il leur bandait les yeux et les attachait, avant d’avoir une relation sexuelle avec elles. Photo Frantz Bouton

D’une voix grave, l’accusé, âgé de 74 ans, cheveux blancs et complet gris, épelle distinctement son non à l’invitation du président de la cour criminelle de l’Hérault, Paul Baudoin. "Sion. S.I.O.N. Domicilié au centre d’action sociale de Nice", précise le retraité, visage blême, émacié.

Deux jeunes femmes, Ariane et Marie [les prénoms ont été modifiés, ndlr] sont assises au premier rang, parties civiles. Elles l’accusent de les avoir violées à Nice.

Aucune violence, aucune contrainte dans cette affaire, mais une escroquerie aux sentiments lors d’un scénario érotique librement inspiré de 50 nuances de Grey, le best-seller d’Erika Leonard James.

 

Elles pensaient s’offrir à un beau jeune homme. Elles ont été dupées par le retraité. Séducteur ou prédateur? Le débat juridique s’annonce indécis et passionné.

Jack Sion à son arrivée, ce lundi, au palais de justice de Montpellier. Photo Ch.P..

Il plaide "non coupable"

Depuis sa mise en examen pour viols par surprise, Jack Sion a vieilli. C’est un septuagénaire fatigué, très loin de l’image d’Antony Laroche, le soi-disant designer monégasque né de son imagination, avatar emprunté à une publicité américaine qu’il utilisait pour séduire des jeunes femmes en quête du grand amour.

Finis les yeux bleu lavande, le blouson d’aviateur… L’homme, voûté, semble accablé à la fois par les années, le poids de cette procédure, qu’il estime injuste, et la solennité des lieux. La salle d’assises à Montpellier en impose avec ses lourdes boiseries rehaussées d’immenses tableaux du XVIIIe.

Jack Sion a fait face, ce lundi après-midi, à cinq magistrats professionnels de la cour criminelle. Il avait le choix entre une cour d’assises classique et cette nouvelle juridiction: "J’avais peur que des jurés mettent de la morale dans mon histoire", a-t-il confié avant le procès.

Le président ne lui a pas encore demandé, mais il plaide "non coupable". Son conseil, Me Laurent Poumarède récuse le terme de "stratagème" évoqué par l’accusation. Il préfère parler de "scénario de séduction entre adultes consentants".

En contact avec 350 femmes

Mes Mohamed et Samia Maktouf, avocats de Marie et Ariane, évoquent dès l’entame des débats "350 victimes", dont 150 dans les Alpes-Maritimes! En réalité, il s’agit plutôt du nombre de femmes avec lesquelles Jack Sion est entré en contact à partir de 2014.

 

Combien d’entre elles ont accepté de franchir la porte de l’appartement niçois, de se bander les yeux, d’être attachées avant d’avoir une relation sexuelle avec le faux bellâtre? Mystère. Tout juste apprend-on que l’accusé avait répertorié dans son ordinateur 200 fichiers où il notait les caractéristiques de ses conquêtes réelles ou supposées.

Fils unique d’une commerçante et d’un concessionnaire automobile, enfant entouré d’amour, diplômé de l’école des arts décoratifs de Nice, il a fait carrière dans la publicité et l’imprimerie.

L’enquête de personnalité note "trois mariages" et autant de divorces, une condamnation pour fraude fiscale en 2003. "Une vie banale", constate l’expert psychologue Danny Borgogno, qui note "une personnalité artistique avec des traits narcissiques", "un donjuanisme addictif", "une dimension séductrice compulsive". Le profil d’un "d’un faussaire", selon l’expert.

"Aucune pathologie psychiatrique. Pas de dangerosité", indique, pour sa part, le docteur Saget, l’expert psychiatre. Me Poumarède, en défense, espère que l’expert s’arrêtera à ce diagnostic. Mais le psychiatre en rajoute: "Il y a un manque certain de loyauté avec l’utilisation d’un avatar. Ce qui est un comportement pervers notable."

L’avocat s’agace: "Vous êtes dans l’appréciation personnelle, vous n’êtes plus dans l’expertise. Comment pouvez-vous parler de tromperie sans expertiser les plaignantes? Je rappelle que jusqu’en 1992, la psychiatrie classait l’homosexualité comme une perversité!"

Le verdict est attendu en fin de semaine.

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