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"J'ai vu un pied qui dépassait de la cuisine": une SDF prend la fuite par peur d'être accusée du meurtre de son amant à Monaco

Craignant d’être accusée du décès de l’homme qui l’hébergeait à la suite d’une hémorragie abdominale, une SDF slovaque avait quitté l’appartement sans alerter les services de secours.

JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 11/07/2022 à 12:15, mis à jour le 11/07/2022 à 11:48
Le sexagénaire décédé a été retrouvé une dizaine de jours plus tard. (Photo J.-F.O.)

La non-assistance à personne en danger est une faute que la justice ne peut pas accepter. En témoigne l’affaire évoquée devant le tribunal correctionnel où comparaissait, menottée, une ressortissante slovaque de 35 ans, qualifiée de SDF. Les débats ont surtout suscité de nombreuses réactions d’indignation et entraîné l’abstention de la plus infime once de compassion. Les reproches?

L’impassibilité de la prévenue, à la suite du décès de l’ami qui l’hébergeait dans la nuit du 28 au 29 mai 2021, a été particulièrement mise en évidence au cours de l’instruction du dossier. Notamment son comportement indifférent. Amorphe, inexistante, la jeune femme était dans l’incapacité totale de réagir ou de ressentir la moindre émotion devant le corps sans vie. Des faits d’ailleurs reconnus à l’audience.

Découverte par les pompiers

Car le 8 juin 2021, les policiers sont informés qu’une personne de Fontvieille est injoignable. Les pompiers font une macabre découverte dans l’appartement: le cadavre d’un riche sexagénaire décédé depuis une dizaine de jours. Aucune trace de violence. Pour le médecin légiste, la victime a succombé par suite d’une hémorragie abdominale. Il relève toutefois un hématome. Comme la relation (conflictuelle et éthylique) avec une sans-abri n'était pas passée inaperçue, cette amante était recherchée… Et retrouvée sur le parvis de la gare le 23 juillet où elle donnait une fausse identité lors de son interpellation. Que s’était-il passé?

"À mon réveil, a déclaré la détenue avec une tendance à atténuer son passé répréhensible, j’ai vu un pied qui dépassait de la cuisine. Mon compagnon était mort! Paniquée, je n’ai appelé personne. J’ai aussitôt pris la décision de partir en emportant son téléphone et récupéré 150 euros sur la table. J’avais peur que l’on m’accuse." Le président Jérôme Fougeras Lavergnolle a analysé minutieusement intentions, résolutions et mitraillé la prévenue d’interrogations.

 

"Des traces de coups récents étaient constatées.

Je n’avais rien entendu… J’ai claqué la porte…

– Comment pouvait-elle être fermée de l’intérieur, d’après les pompiers? Il n’y avait plus de cartes bancaires!

– Je ne sais pas…

– Certes, vous n’aviez pas provoqué la mort. Mais votre comportement était étrange. Vous avez fait sonner plus tard le téléphone de la maison afin de demander des nouvelles à ses proches plusieurs fois? Hors du domicile, où viviez-vous?

 

– Dans la rue…

– Vous aviez fini par admettre, au bout de la quatrième audition, que le défunt, avant de mourir, avait cherché de l’aide. Votre expertise psychiatrique a révélé une tendance à l’autodestruction et un narcissisme défaillant. Vous faites l’objet d’un mandat d’arrêt extraditionnel pour des faits de vols datés de 2017."

La condamnation pour le vol ne pose pas de problème pour le parquet quand il a la parole. En revanche, c’est plus délicat pour l’autre partie du dossier. "La prévenue ne pouvait pas empêcher l’issue mortelle, a relaté le premier substitut Julien Pronier. Sur le plan pénal vous ne pouvez pas la condamner. On peut lui reprocher toutefois de ne pas avoir alerté l’entourage. Observez l’analyse du médecin: il y a eu douleur et un décès immédiat n’était pas certain. Or, dans une situation de péril, cette femme pouvait au moins lui porter secours. Son comportement après son départ alimente la notion: quelle crainte pouvait-elle avoir dans un cas de mort naturelle? Pourquoi mentir jusqu’à la quatrième audition si ce n’est pour éviter d’être accusée justement de non-assistance? Les faits sont caractérisés: six mois ferme."

"Il faut comprendre les choix et la peur de ma cliente"

La défense a raillé la coupable parfaite: l’amour, l’alcool qui coule à flots et la découverte du corps. "Mais il faut comprendre les choix et la peur de ma cliente, s’est emporté Me Sarah Filippi. Boissons et drogue rythmeront son parcours jusqu’à la vie commune avec un homme riche. En fait, ce sont deux individus en détresse, alcoolisés à l’extrême ce soir-là. Comment un bruit peut inquiéter la prévenue plus qu’un autre? Qui n’aurait pas menti à sa place? C’est l’aspect humain qui est dérangeant? 150 euros ça permet de subsister quelques jours. Je ne peux pas cautionner le manque de bons réflexes. Que puis-je faire, moi SDF avec un homme mort? Où est l’élément intentionnel? Ce dossier retombe! Il retient une femme qui est partie avec 150 euros. On demande une peine qui n’a pas de sens avec les faits reprochés…"

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public.

* Assesseurs: Mmes Françoise Dornier et Virginie Hoflack.

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