Il vole des vélos pour "s'installer en Australie": un sans domicile fixe lourdement condamné à Monaco

Le prévenu rêvait de financer son projet d’installation en Australie par la revente de cycles et trottinettes soustraits frauduleusement. Malgré ses aveux, le tribunal a choisi de frapper fort.

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 15/09/2022 à 10:48, mis à jour le 15/09/2022 à 10:23
L’homme a été interpellé sur signalement alors qu’il s’apprêtait à sectionner l’anti-vol d’un énième deux-roues. Photo d'illustration Jean-François Ottonello

En Principauté, les vols de cycles ont conduit un SDF à la maison d’arrêt pendant un bon bout de temps. Un séjour à l’ombre de soixante jours! C’est la peine sévère prononcée lundi par le tribunal correctionnel pour sanctionner les méfaits d’un quinquagénaire commis au cours du week-end dernier sur le territoire monégasque. Le prévenu, barbu et à la double nationalité algérienne et britannique, a comparu menotté à l’audience de flagrance pour plusieurs délits.

En quarante-huit heures, Vittorio (nom d’emprunt en référence à Vittorio, le voleur de bicyclette dans le prestigieux film italien éponyme de Vittorio De Sica, tourné en 1948. ,ndlr) a dépossédé plusieurs victimes de trois vélos et d’une trottinette. Si l’enquête, promptement menée, a permis de restituer dans la foulée au moins une bicyclette à son propriétaire, un seul plaignant est venu à la barre pour réclamer justice.

"Étiez-vous à Monaco pour voler? Oui!"

C’est un touriste en résidence à Cap-d’Ail. Il était venu, samedi soir, pour se sustenter au "Mac Do" de Fontvieille. Il avait bien attaché son deux-roues à proximité de l’enseigne Décathlon, mais une fois son double cheeseburger avalé, le cycliste constatait la disparition du vélo. Il déposait plainte et les inspecteurs de la Sûreté publique consultaient aussitôt la vidéo.

Une personne était repérée sur les écrans de surveillance au moment du vol. Sa morphologie apparaissait et facilitait la décision immédiate de recherche.

"Dimanche après-midi, atteste le président Jérôme Fougeras Lavergnolle (assesseurs: Florestan Bellinzona et Geneviève Vallar., ndlr), un policier vous interpellait sur le parvis de l’église Sainte-Dévote. Vous correspondiez au profil repéré et vous étiez en train de sectionner le dispositif de sécurité d’un VTT pour le dérober avant de rejoindre la gare SNCF. Étiez-vous venu à Monaco expressément pour voler?"

 

La réponse du prévenu est claire: "Oui! C’est plus facile!" 

Étonnement du magistrat: "Avec tous les policiers sur le terrain et le millier de caméras de surveillance?" Le détenu, surpris à son tour, n’avait pas connaissance de cette particularité locale des plus efficaces.

Au niveau de son négoce lucratif, il a avoué "revendre les vélos barbotés entre Cannes et Saint-Laurent-du-Var. Celui qui appartenait à la victime présente, je l’ai proposé à 60 euros."

Le touriste a poussé des cris d’orfraie, car il avait acheté son cycle d’occasion pour 2.000 euros et le produit neuf est estimé aux alentours de 9.000 euros. Il sollicite au moins la somme de 1.000 euros pour le dédommagement.

Protestation cette fois de Vittorio: "Le montant est fantaisiste! Ça ne vaut pas plus de 500 euros! Je vole des engins basiques. L’évaluation annoncée par Monsieur ne correspond pas au coût d’acquisition pratiqué…"

 

"L’herbe m’a été offerte par un passant"

Le président s’est également intéressé à la somme de 917 euros détenue par l’individu au moment de son interpellation.

"La vente des vélos m’a rapporté 360 euros. Le reste, c’est de l’argent récupéré quand je fais la manche, car je vis dans la rue. J’ai quitté l’Algérie et vécu clandestinement à Londres. En 2017, je suis arrivé en France…"

Sans chercher à travailler? "Comme j’ai la nationalité britannique, depuis le Brexit je ne peux plus être embauché. Alors, je vole pour financer le projet de m’installer en Australie. Je reconnais les infractions reprochées sur une période de sept semaines."

Et la détention de cannabis? "L’herbe m’a été offerte par un passant dans la rue quand je suis musicien. Ma consommation de stupéfiants est plutôt occasionnelle." Même avec des casiers vierges, le parquet n’a aucune intention de clémence pour des faits reconnus pourtant avec transparence.

"Voilà un personnage parfaitement identifié. Il a traversé des frontières avec des stupéfiants, a notifié le premier substitut Valérie Sagné. Une nuance: la somme d’argent retrouvée dans ses poches, correspondent à quelles ventes? À quelles infractions? Confisquez l’argent et condamnez ce voleur de bicyclettes à une peine d’emprisonnement de trois mois."

Le tribunal a condamné Vittorio à une peine de deux mois ferme et la confiscation de ses biens et argent en sa possession.

"Vous pouvez me jeter du haut du Rocher!"

La défense a plaidé le dénuement de son client. "Sans domicile, sans profession, a déclamé Me Maeva Zampori, cet homme traverse une période noire avec le décès de sa mère, son divorce. Il tente bien d’amasser quelques deniers avec sa guitare. Mais tendre la sébile rapporte peu… Écoutez-le! Il est presque heureux d’avoir été pris la main dans le sac. Cela lui a évité de rentrer dans une spirale infernale. Il est même disposé à indemniser la victime avec le modeste pécule constitué. C’est un primo-délinquant. La peine doit être dissuasive…"

Au prévenu de rajouter: "Je me suis comporté comme un c… J’accepte toutes les sanctions. Vous pouvez même me jeter du haut du Rocher!"

Pour le président, avec une attitude empreinte de détachement et de formalisme avant de délibérer: "Cela n’arrivera pas. Nous sommes un pays civilisé!".

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