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Il pensait toucher des gains de plus d'un million d'euros, sa conseillère falsifiait ses comptes

Pendant plusieurs années, un particulier pensait atteindre les sommets. Plus d’un million de gains, beau retour sur investissement. Mais la réalité était tout autre. La faute à sa conseillère.

Jean-Marie Fiorucci Publié le 29/03/2021 à 08:49, mis à jour le 29/03/2021 à 22:16
L’ancienne conseillère s’est défendue d’être tombée dans "une machination infernale". (Photo Jean-François Ottonello)

La vision financière d’une banquière n’a pas fait que des heureux. Un particulier mécontent, pourtant longtemps confiant et satisfait sur les investissements entrepris par sa gestionnaire de clientèle, a conté devant le tribunal correctionnel son affliction, le jour où il a découvert le véritable montant de ses économies placées.

De plus d’un million à 200.000 euros

Ses relevés successifs, émis par la filiale monégasque de l’établissement basé à Lugano (Suisse), annonçaient des sommets où les gains culminaient jusqu’à 1.300.000 euros.

Le rendement était satisfaisant et rien ne laissait transparaître un procédé d’altération adapté par la chargée du suivi de son compte. L’accord convenu entraînait des circonstances inconvenantes. Car le montant véritablement détenu dépassait à peine 200.000 euros.

Certes, les placements boursiers ont toujours tendance à fluctuer. Mais pas au point de perdre autant d’argent.

 

Le pot aux roses était découvert après le départ à la retraite de la conseillère.

Le 31 décembre 2016, quand le client s’enquérait de sa situation comptable avec le remplaçant, il était dans l’incompréhension. Il découvrait le vrai du faux: ses avoirs n’étaient plus fictifs… Comment? Pourquoi? A la barre, la prévenue, aujourd’hui septuagénaire, reconnaît les faits. Mais sa version est singulière.

Presque énigmatique. Impressionnée par le personnage, elle n’osait dire la vérité à la suite de mauvais investissements. "Je n’aurais jamais dû mentir. Mais je craignais moralement ce client." Le président Jérôme Fougeras Lavergnolle veut comprendre les raisons de la falsification des relevés. Pour gonfler les commissions? Non! Pour l’argent? Aucun enrichissement personnel n’était constaté au cours de l’enquête.

"Alors, pourquoi avoir triché sur les comptes de cette personne?", insiste le magistrat "J’ai peut-être cru à une machination infernale. Il me démontrait, au cours de ses deux visites annuelles, cette volonté de toujours gagner. C’était mon ressenti. J’étais prise dans une spirale de modifications des écritures, avec des découpages, collages, surcharges. C’était rudimentaire. Quelle inconscience! Irrationnel, stupide de ma part. Mais je voulais garder le client. Conforter mon relationnel."

 

"Elle m’a toujours inspiré confiance"

Ultime interrogation du président pour cerner la personnalité de la prévenue: "Ces malversations concernaient-elles d’autres clients?" La réponse est négative. "S’il m’arrivait de leur faire perdre de l’argent, je ne leur ai jamais caché…"

Et qu’en pense le plaignant, encore embrouillé par la conversion entre euros et francs?

"A l’époque, j’avais déposé dix millions de francs sur le compte. Cette dame m’a toujours inspiré confiance. Quand j’ai appris son départ, je ne me doutais pas de la faible valeur de mon portefeuille. À 90 ans. Je me retrouve avec l’équivalent de 200.000 euros aujourd’hui. Voilà ce qu’il reste des économies constituées pour mes enfants…"

Conseil de la partie civile, Me Roland d’Ornano, du Barreau de Marseille, avait perçu un détournement au début. Puis on a soupçonné son client de vouloir extorquer des fonds à la banque. "Il n’a jamais été remboursé de ses pertes. Elles devaient être tellement importantes que Madame était partie dans une fuite en avant pendant seize ans. A-t-elle fait des opérations spéculatives sans droit ou autorisation? Notre préjudice moral est estimé à 100.000 euros."

Pour la banque, Me Sirio Piazzesi, du Barreau de Nice, reconnaît l’anomalie entre le compte ouvert en Suisse et la gestion confiée à sa filiale monégasque. "Mais la décision d’investir dans le secteur de la technologie a provoqué une lourde perte de 6% de la valeur du portefeuille. Au lieu d’en parler, l’employée annonçait des gains de 10%. C’est un déficit d’image et 1.300.000 euros de compensation réclamés par la victime. Voilà où mène cette attitude puérile. Notre préjudice moral est de 150.000 euros."

 

Est-ce un accident colossal qui a contraint l’employée à cacher la réalité, comme l’imagine le premier substitut Cyrielle Colle afin de comprendre les raisons du subterfuge?

30.000 euros de dommages

"Conscience et confiance ont été bafouées avec de l’argent qui n’existe pas. Ne l’envoyez pas en prison. Une peine de six mois avec sursis devrait raviver sa vigilance."

Évidemment, l’avocat niçois ne va pas plaider la relaxe, étant donné que "tout concorde pour ma cliente afin de bénéficier de votre clémence. Aucun détournement ni manœuvres frauduleuses, insiste Me Laurent Rotge. Laissée dans la solitude totale pendant seize ans, sans aucun contrôle de sa gestion, cela a peut-être concouru à l’infraction: l’unique grief en trente ans de carrière. Les demandes des parties civiles sont vides sans la moindre preuve. Ramenez le préjudice de la banque à 1 euro et celui de la victime à de plus justes proportions."

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public et octroyé 10.000 euros à la banque et 20.000 euros au demandeur.

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