Il menace de mort une infirmière, insulte un agent pénitentiaire et détruit sa cellule, un détenu multirécidiviste prolonge son séjour en prison

Face au refus d’augmenter le dosage de médicaments, un détenu a menacé d’ébouillanter l’infirmière, insulté un agent, inondé sa cellule et endommagé le téléviseur.

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 09/09/2022 à 17:10, mis à jour le 09/09/2022 à 17:34
Avant cet excès, le détenu devait quitter la maison d’arrêt... le 23 septembre. Photo S. B.

Il devait sortir le 23 septembre… Mais ce détenu de la maison d’arrêt ne recouvrera pas la liberté avant la fin de l’année, à l’issue de la décision de sa comparution, mercredi, devant le tribunal correctionnel. Il a été condamné à quatre mois de prison ferme pour outrages à un agent pénitentiaire, après avoir proféré des menaces de mort à l’infirmière et dégradé sa cellule.

C’est d’ailleurs un très étrange personnage qui arrive, menotté, dans le box. Dans un état d’anesthésié, il vacille, démontre des altérations de la mémoire et de sa flexibilité mentale. En continuelle léthargie, il paraît quelquefois entendre les questions du président Jérôme Fougeras Lavergnolle, mais il ne lui répond pas. Pas plus de signe de la tête. Loin d’afficher de l’anxiété, il est debout, immobile, les yeux fermés ou dans le vague.

Il insulte un agent et menace d’ébouillanter l’infirmière

"Incarcéré le 26 mai dernier, pour des faits de vols commis les 4 et 11 janvier 2022, vous avez été condamné en totalité à quatre mois d’emprisonnement. Or, dès le 8 juin, vous avez provoqué plusieurs incidents avec l’infirmière. Vous êtes accro aux médicaments. Vous lui avez demandé d’augmenter la dose. Face à son refus, énervé, vous rétorquez "Nique ta mère". Pour quelle raison?" Comme s’il avait des réflexes infantiles, ce détenu originaire de l’est de la France, réfute l’insulte directe. "Je ne me suis adressé à personne, indique-t-il dans une élocution hachée. C’était une phrase lancée à la cantonade." Le président insiste sur la raison de la déclaration. "J’avais mal aux dents et la soignante n’a rien fait…"

Au retour dans sa cellule, c’est l’agent pénitentiaire qui en prend pour son grade: "Gros porc!" L’offense est pourtant contestée par l’auteur.

Autre remarque du magistrat: "Vous annonciez faire une dinguerie et vous faire mal! Aussitôt tous les couverts ont été retirés. Puis, vous avez dévissé l’interphone. Un quart d’heure plus tard, vous avez ouvert le robinet pour inonder votre cellule: l’arrivée d’eau était coupée. Vous taguiez les murs avec l’inscription "Nique Monaco, ici c’est Paris". Vous brisez le téléviseur et vous en jetez une partie dans les toilettes. Qu’est-ce qui vous a pris d’avoir un comportement aussi bizarre, incompréhensible? Pourquoi vous faites craindre le pire, la mort, quand vous menacez d’ébouillanter l’infirmière? C’est grave!" Le détenu s’estimait à cet instant en colère. Tout a été dit! Plus aucun mot ne sortira de sa bouche.

 

27 mentions sur son casier depuis 2014

Alors, le président fait la différence entre l’indispensable et l’intolérable. D’abord, une consommation abusive de méthadone ne remédiera pas aux abus de stupéfiants. Puis, il évoque le passé judiciaire français. "Un palmarès composé de vingt-sept mentions depuis 2014, pour dégradations, vols, violences aggravées, exhibition sexuelle, rébellion, outrages, menaces de mort. La dernière remonte aux 11 octobre 2021, à Grasse, pour vol avec effractions. Vous avez 28 ans. Depuis quand prenez-vous de la drogue? Pourquoi venez-vous souvent à Monaco?" Immanquablement, le prévenu ne sait pas…

Interdit de territoire

Du côté du parquet, les témoignages des outragés sont concordants. "En prison, on ne sert pas de stupéfiants, affermit le substitut Emmanuelle Carniello. Or, ce personnage a voulu compenser son manque! Vous auriez pu avoir d’autres mots. Un comportement différent, plutôt que de tout casser. Tout un chacun se doit d’être respectueux. Suffisamment averti, il mérite une peine de quatre mois ferme. Ce temps d’incarcération supplémentaire, vous pourrez les mettre à profit pour stabiliser votre vie. Vous n’avez aucune accession, ni professionnelle, ni familiale. Ajoutez l’interdiction de revenir en Principauté." Comme il n’a pas voulu d’avocat, le détenu a assuré sa propre défense (au moment de son passage devant le procureur, il lui avait été demandé s’il désirait bénéficier d’un avocat. Le mis en cause avait rejeté à l’époque la proposition (refus qu’il a pourtant contesté à l’audience), accompagnée du commentaire: "Je m’en bats les c…", ndlr) en déclarant: "Mettez-moi quatre, six mois, un an! Je n’ai rien à dire…"

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public. "Prononcer une interdiction de territoire est inutile, a précisé le magistrat. Vous avez déjà une mesure de refoulement. Alors, le jour où vous sortirez, vous ne pourrez plus mettre un pied à Monaco. Sinon vous retournez encore à la maison d’arrêt."

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