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"Il jouait avec l’arme, actionnait la culasse": le récit d'Yvan, victime oubliée du meurtre de Menton

Confortablement installé dans sa voiture, Yvan, 36 ans attendait un vieil ami pour aller dîner en ce début de soirée du 29 mai 2018. Stationné devant l’école Saint-Joseph à Menton, il passait un coup de fil à sa femme quand soudain, un inconnu armé fait irruption et s'installe sur le siège passager.

Ch. P. Publié le 12/01/2022 à 22:00, mis à jour le 13/01/2022 à 07:08
C’est dans cette voie que s’est déroulé le drame. Photo Sébastien Botella

Appelé à témoigner devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes au procès de Melek Tozri, 31 ans, accusé du meurtre de Samir Ben Hassen, 33 ans, Yvan, gérant d’une pension pour animaux, a du mal à masquer son émotion au moment de rassembler ses souvenirs.

"Il n’était pas agressif. Il paraissait en panique, paumé. Il avait une très grosse respiration. Il jouait avec l’arme, actionnait la culasse. Il m’a dit de l’emmener à la gare."

Melek Tozri, un colosse traité pour une maladie psychiatrique, vient de tirer sur Samir Ben Hassen impasse de la Maison-Russe, paroxysme d’une rivalité entre deux clans de la ville.

Montée d’angoisse

Yvan songe immédiatement à prendre la fuite à pied mais il est coincé par sa ceinture de sécurité et sa voiture est garée près d’un mur. L’angoisse l’étreint: "Il n’était pas question que j’aille à la gare. Je savais qu’à cette heure, il n’y avait personne. Je m’imaginais déjà sauter en marche." Plongé bien malgré lui dans un mauvais film, Yvan n’est pas au bout de ses surprises. Un homme d’une soixantaine d’années apparaît et court en direction de la voiture. Il est pieds nus et met ses mains sur le capot. Il s’agit d’Abeljelid Ben Hassen, le père de Samir qui vient de pousser son dernier soupir "Je n’y comprenais rien. Je pensais à une embrouille entre un père et son fils."

 

L’homme s’adresse en arabe à Melek Tozri, tente de lui prendre son arme. Il contourne la voiture, se jette sur le volant et cherche de s’emparer des clefs. Son intervention fait diversion et permet à Yvan de s’extraire enfin de l’habitacle. Dans le même temps Tozri s’échappe par une ruelle. Un coup de feu retentit pour dissuader les éventuels poursuivants.

"Ils m’ont traité comme un complice"

Yvan rentre chez lui, sous le choc. Le lendemain matin, après avoir repris ses esprits, il apprend qu’il y a eu un meurtre à Menton la veille au soir. Il décide d’aller à la police raconter sa mésaventure. L’accueil est glacial. "Au début, ils m’ont traité comme un complice", se souvient Yvan.

Les enquêteurs comprennent vite que l’automobiliste n’est en rien mêlé à la mort de Samir Ben Hassen. Yvan repart comme il est venu avec son traumatisme, ses pensées noires et ses interrogations. "J’ai dû me payer un psychologue", confie-t-il. Il pense que sa déposition sera considérée comme une plainte. Il n’en est rien. Quand il reçoit une convocation en justice par huissier, il est cité comme simple témoin devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes.

Pour ne rien arranger, il doit patienter trois heures dans une salle des témoins fermée à clef. "Je n’étais pas très bien. Moi qui suis un peu claustro...." La présidente Catherine Bonnici paraît gênée par le sort que l’institution judiciaire a réservé à ce citoyen. Elle tente de le rassurer: "Evidemment Monsieur, vous êtes victime. Cela ne fait aucun doute. Mais la priorité des policiers, quand vous êtes entendu, était de retrouver le tireur et du coup, vous n’avez pas été traité comme vous auriez dû l’être. Nous avons encore des progrès à faire..."

Sans cet impair, Yvan, victime collatérale du meurtre de l’impasse de la Maison-Russe, aurait pu se constituer partie civile dans un procès en correctionnelle où Melek Tozri aurait été poursuivi pour le délit de violences avec arme.

 

Yvan est unanimement remercié pour son témoignage. La présidente salue son courage, ses bons réflexes et l’encourage: "J’espère que vous allez pouvoir tourner la page."

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