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Il essaye de vendre deux contrefaçons de Bacon à un expert de Monaco et écope d'une peine de prison ferme

Un retraité italien a tenté de faire passer de fausses toiles pour celles de Francis Bacon, un grand maître contemporain et très coté. Grâce à la vigilance d'un expert de l'Hôtel des Ventes de Monte-Carlo, l'escroquerie est mise au jour. Le mis en cause écope d'une peine de prison ferme.

JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 08/03/2019 à 13:55, mis à jour le 14/03/2019 à 16:28
Le palais de justice de Monaco. Photo Jean-François Ottonello

C’était des croûtes avec de faux certificats d’authenticité, au tarif des toiles originales d’un grand maître contemporain très coté: Francis Bacon. Cette différence de texture d’œuvres contrefaites n’a pas échappé à l’expert de l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo, au cours d’une présentation organisée le 30 octobre 2017.

Plainte et enquête ont suivi pour connaître l’initiateur de cette tentative d’escroquerie. Finalement, les policiers mettent la main sur un retraité de la cité toscane de Forte di Marme.

D’une apparente décontraction, cet Italien de 72 ans semble au-dessus de tout soupçon. En garde à vue, il a contesté d’ailleurs les faits…

Les originaux exposés à Sydney
et Toronto

 

Absent à l’audience, il est représenté par son conseil. Il faut alors écouter le président Jérôme Fougeras-Lavergnolle pour découvrir le fond de l’affaire.

"Ce jour-là, vers 16 heures, deux hommes arrivent dans la salle du quai Antoine-Ier. Ils exposent deux tableaux avec certificats. Rapidement interpellés après les doutes de l’expert, ils avouent être commandités par un collectionneur afin de mettre à la vente deux peintures de Francis Bacon. Elles sont vraies, racontent-ils encore, car notre client les avait héritées de sa mère."

Étonnant, car ce peintre portraitiste anglais, né à Dublin, est réputé pour ses triptyques, dont quelques-uns sont considérés comme les plus chers du monde. Après expertise, les tableaux se révèlent être des faux grossiers récents.

Les deux œuvres picturales authentiques sont dans les musées de Sydney et de Toronto. Intitulées Portrait d’un personnage portant des lunettes et Portrait d’un personnage sur fond rouge, elles sont estimées entre 700.000 € et 900.000 €.

 

"Ces œuvres sont d’une patte infantile"

Dans cette affaire, en plus des deux faux Bacon, il y avait deux toiles, également des copies, du peintre Giorgio De Chirico, Piazza d’Italia et Cavalli antichi sul mare, estimées entre 300.000 € et 400.000 €.

Un message très fort de la juridiction est réclamé par la partie civile.

"Sanctionnez les escrocs qui viennent en Principauté pour refourguer leurs toiles contrefaites! lance Me Frédérique Garibaldi-Ribes, du barreau de Marseille. Ils causent de gros préjudices à la SAM (NDLR : l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo) et fragilisent le sérieux des maisons de vente. Sans oublier les clients. Ces œuvres sont d’une patte infantile. On voit même le quadrillage qui confirme la fausseté. Le prévenu prend des professionnels monégasques pour des idiots: un vrai Bacon, c’est plus délicat. D’ailleurs, il n’a jamais précisé la provenance de ces deux peintures. Il faut compter 20.000 € de préjudice, car la recherche de la vérité a mobilisé trois personnes."

Le premier substitut Cyrielle Colle poursuit: "Une simple vérification sur Google ou une comparaison avec les œuvres édifiantes des musées cités permet de se rendre compte de la supercherie. Il faut une peine adaptée pour soutirer plus d’un million d’euros de bénéfice grâce à une escroquerie. Le seul moyen de mettre un terme ? Dix-huit mois ferme avec mandat d’arrêt."

"Il vient à Monaco depuis quarante ans"

La défense douterait-elle de la fausseté des tableaux? "Mon client était venu pour les faire expertiser, plaide Me Yann Lajoux, car c’est un amateur d’art. Et pas pour les vendre. Il conteste l’infraction reprochée. Il vient à Monaco depuis quarante ans et il a un appartement à Saint-Roman. Ce n’est pas un aigrefin ! On est bien loin d’un trafic d’œuvres d’art. L’escroquerie fait défaut et la relaxe s’impose. Où est le préjudice de la partie civile ? Personne n’a perdu de l’argent. À part une perte de temps de l’expert. N’oubliez pas : mon client a fait trois mois de préventive. Accordez-lui l’indulgence des primo-délinquants."

 

À l’heure du délibéré, le tribunal allait-il se mélanger les pinceaux ? C’est plutôt l’inverse avec une peine d’un an de prison ferme, mandat d’arrêt et 8 000 e pour le préjudice de la partie civile. L’avocat et son client – il serait actuellement chez lui dans son village de Toscane – ont décidé de faire appel de cette décision.

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