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Il blanchissait plus d'un million d'euros pour échapper au fisc italien: un restaurateur transalpin devant la justice à Monaco

Le prévenu était un "blanchisseur". Déjà soupçonné dans son pays d’origine, le restaurateur cachait d’importantes sommes dans des coffres monégasques. Il a écopé d’un an avec sursis.

Jean-Marie Fiorucci Publié le 15/06/2021 à 15:07, mis à jour le 15/06/2021 à 15:39
À la barre, le prévenu s’est défendu d’avoir dissimulé de l’argent pour échapper aux créanciers italiens. Photo Jean-François Ottonello
À la barre du palais de Justice de Monaco, le prévenu s’est défendu d’avoir dissimulé de l’argent pour échapper aux créanciers italiens. Photo JFO.

Comptes bancaires, locations de coffres, dépôts et retraits en espèces, dissimulations de biens d’origine illicites… Le tribunal correctionnel s’est penché sur un dossier de blanchiment où un restaurateur italien jouait à "cache-cash" avec plus d’un million d’euros pour échapper au fisc.

Après sept années de procédures, cet homme à l’identité masquée par un pseudo comparaissait finalement devant la justice monégasque.

Repérée par la justice transalpine

Le système était assez ingénieux. Cet argent parallèle transitait en toute illégalité entre la Principauté et la Péninsule italienne, grâce à des mouvements de fonds très espacés et sans prévenir les autorités.

Mais en 2014, le Service d’information et de contrôle sur les circuits financiers (SICCFIN) était destinataire d’un signalement où l’homme était mis en cause en Italie pour association de malfaiteurs avec des soupçons de fraude, faux et usage de faux. À l’époque, la justice transalpine jugeait l’ensemble des infractions prescrites à l’exception de celles de banqueroutes.

 

Pour autant, l’instruction monégasque le renvoyait devant le tribunal correctionnel du chef de blanchiment d’escroquerie. Il était découvert en effet un joli pactole de 1,20 million d’euros déposé en liquide sur trois comptes bancaires ouverts dans les livres de la BNP dès 2003. À l’audience, le président Florestan Bellinzona veut connaître l’origine des fonds placés à Monaco.

Le prévenu fourni une vague réponse. "Je travaille depuis 1985 avec des activités de transports. Entre 2001 et 2002, j’ai bénéficié de l’amnistie fiscale proposée par l’État italien si l’argent était ramené au pays…"

Des sommes cachées à Monaco

Le magistrat l’interrompt. "Il n’y a aucune trace de ce que vous avancez puisque toute votre comptabilité est opaque. Alors reprenons différemment. Quel était l’intérêt de cacher ces espèces dans des coffres monégasques?" Les sommes seraient des dépôts de garantie. Certes dissimulés. Mais "pour échapper uniquement aux créanciers italiens", d’après le quinquagénaire.

"Ces revenus et placements me rapportaient entre 2.000 et 4.000 euros par mois, poursuit-il. À la fin de l’année 2019, je passais du statut de gérant à celui d’employé de restaurant…"

 

On tourne en rond pour le président qui récapitule les multiples sommes abritées par les comptes bancaires en Principauté. "Comptes ouverts pour faire transiter l’argent, puis clos cinq ans plus tard afin de dissimuler l’origine des fonds. Habituellement, les dates des dépôts en numéraires, deux par an, correspondaient à celles des accès au coffre pour des retraits, car ces opérations étaient effectuées dans la même journée."

En clair, le prévenu estime n’avoir aucune difficulté ni problème d’argent. Le premier substitut Julien Pronier a une vision différente du dossier.

"Le rapatriement des fonds surprend. Il y a un hiatus entre les revenus de cette personne et ce qu’il doit au fisc. Au moment de bénéficier de cet avantage, il fait l’inverse de ce qui est demandé par l’Italie. À cette époque, l’euro n’existait pas. Dès lors, les sommes en monnaie européenne ne sont pas concernées par cette amnistie. Quel est l’intérêt de l’alias? De ne pas apparaître comme créancier!"

Un chef de la pègre?

L’argent restait à sa disposition et le mécanisme de blanchiment ne transparaissait pas. "En revanche, quand ça commence à chauffer, charge le parquetier, on clôture les comptes. Pour la période antérieure à 2006, vous devez relaxer ce personnage. La présomption de blanchiment commence après. Comme les faits sont anciens, vous pouvez prévoir une peine d’un an avec sursis, 900.000 euros d’amende et la confiscation des sommes."

 

Me Jean-Charles Gardetto constate que le parquet "n’apporte pas la charge de la preuve. Où est le prétendu caractère illicite des fonds? Aucun fait positif de blanchiment n’est relié à une escroquerie en Italie.

Rejetez cette théorie, car le caractère suspect n’est pas suffisant pour bloquer les avoirs en Principauté. La déclaration de soupçons au SICCFIN est basée sur un article italien où mon client est présenté comme un chef à la tête d’une organisation criminelle pesant 30 millions d’euros.

Le tribunal de Padoue a débouté la structure qui avait réclamé sa condamnation à 15 millions d’euros et rejeté la théorie du gérant de fait. On fait dire à ce dossier ce qu’il ne dit pas. Quant aux infractions reprochées à mon client, aucune n’est applicable. La relaxe!"

Le tribunal suivra les réquisitions du ministère public, sauf pour l’amende, minorée à 150.000 euros.

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