Il avait indemnisé sa victime avec trois chèques en bois: un apporteur d'affaires voit sa condamnation allégée à Monaco

Absent à l’audience du tribunal correctionnel de Monaco, le prévenu avait contesté une décision et fait opposition au jugement. Les juges l’avaient condamné à une peine identique mais ferme.

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Jean-Marie Fiorucci Publié le 09/11/2022 à 17:14, mis à jour le 09/11/2022 à 14:58
Le prévenu a émis trois chèques sans provision de 7.000€ soit un préjudice de 21.000 €. Photo Jean-François Ottonello

Le 29 mars dernier, une grande partie de l’audience correctionnelle était consacrée à une arnaque composée de lingots d’or contre monnaie de singe, hors de la présence du prévenu.

Ce même dossier est revenu, ce mardi matin, sur la table du tribunal monégasque après opposition au jugement par l’intéressé. Car cet intermédiaire avait été condamné par défaut à deux mois ferme pour avoir indemnisé la victime avec trois chèques de 7.000 euros sans provision. Soit 21.000 euros de dommages plus l’euro symbolique pour le préjudice moral.

Les faits ont, à nouveau, porté principalement sur les démêlés d’un imbroglio "à l’italienne", suffisamment rocambolesque par ses coïncidences curieuses. Au départ, comme l’a de nouveau rappelé le président Jérôme Fougeras Lavergnolle, il s’agissait de simplifier le partage d’un héritage entre frère et sœurs. Il apparaissait plus commode, en effet, de répartir de l’argent sonnant et trébuchant au sein de la fratrie, plutôt que de débiter en morceaux des lingots d’or légués par disposition testamentaire.

Une valise de faux billets

Un ami banquier, apparemment de bonne intention d’après le plaignant, dirigeait les héritiers vers un intermédiaire italien. Jusqu’à faire miroiter un rapport de 67.775 euros. Un tarif inespéré, bien au-dessus de la valeur du métal jaune à l’époque. Séduits par la promesse mirobolante, les héritiers montraient à leur tour une grande libéralité au moment de l’entente: un bakchich de 10%. L’accord scellé, l’apporteur d’affaires organisait en novembre 2019 une rencontre avec le potentiel acheteur dans une villa près de Florence (Italie).

L’échange or contre argent se déroulait comme prévu. Quand le vendeur remettait les lingots, il recevait une valise de billets présentés en attrayantes liasses composées... de fausses coupures, dont seul le premier billet était authentique.

Après ce "rip deal" (transaction pourrie, en français) bien préparé dans un lieu discret de la campagne toscane, la victime portait plainte. Son mea culpa à l’audience? Une erreur regrettable, basée sur l’unique confiance d’un courtier parce qu’il était résident monégasque au moment des faits.

Une peine transformée en sursis

De l’autre côté de la barre, le prévenu n’a pas contesté les chèques sans provision. Mais il a servi le traditionnel refrain: "C’étaient des chèques de garantie..."

On connaît la suite définie par la justice: ce sont des moyens de paiement et il doit y avoir chaque fois la provision au moment d’établir les montants... À l’issue des plaidoiries de Me Thomas Giaccardi (partie civile), Me Xavier-Alexandre Boyer (en défense), le substitut Emmanuelle Carniello et le tribunal se sont montrés cléments. Ils ont mué la peine d’incarcération en sursis. Il n’était nullement question d’un jour dicté par l’indulgence.

Mais de constater la présence du prévenu et, d’après la confirmation du conseil de la victime, le début effectif des remboursements de la somme à devoir de 21.000 euros. En revanche, le préjudice moral d’un euro a fait un bond supplémentaire de 1.499 euros afin de compenser les honoraires d’avocat.

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