Il avait fui en Tunisie pendant plusieurs années, le chauffeur du hold-up à 15 M€ à Cannes condamné à dix ans de prison

La fuite de Farouk Neiffati en Tunisie lui a coûté cher. Chauffeur lors de l’attaque du joaillier Harry-Winston en 2017, il a été plus lourdement condamné que le braqueur lui-même.

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Christophe Perrin Publié le 18/11/2022 à 08:30, mis à jour le 17/11/2022 à 22:57
La boutique s’est retirée de la Croisette après ce braquage en (Photo d’illustration Patrice Lapoirie)

Farouk Neffati, conducteur d’une Megane volée lors du braquage de la bijouterie Harry Winston en 2017 sur la Croisette à Cannes apparaît comme la dernière roue du carrosse. Un jeune homme inconséquent qui, à 22 ans, a accepté de transporter Ahmed Babouri, son ami d’enfance. Ce dernier est ressorti quelques minutes plus tard avec 15 millions d’euros de parures en diamant. « C’est le butin le plus important après les 103 millions du Carlton », avaient rappelé les membres la BRB de la police judiciaire de Nice.

La frustration des enquêteurs dans cette affaire est l’impunité du commanditaire. Si la PJ est persuadée de l’avoir identifié, la cour d’assises, lors du procès en février 2021, l’a acquitté.

Le braqueur, lui, avait écopé de 8 ans, une clémence qui accréditait la thèse de deux jeunes coauteurs envoyés à l’abattoir par des organisateurs bien plus finauds. L’avocate générale Delphine de Lorgeril regrette au passage que le parquet n’ait pas fait appel.

Douze ans requis

Ironie de cette affaire rocambolesque, le duo Nefatti-Babouri, surnommé « Binoclard » et « Poutine », n’a sans doute jamais vu la couleur de ce butin colossal. Un clan de Vallauris se serait approprié les bijoux alors que le cerveau du hold-up, censé récupérer les diamants, avait raté son avion à Amsterdam.

Paniqué, Farouk Neffati a fui dans sa famille en Tunisie et était absent, l’an passé, au procès de ses complices. Las de sa vie au bled où il tirait le diable par la queue en vendant des vêtements de sport, il a fini par se rendre à la justice il y a un an. L’accusation lui tient toujours rigueur de s’être échappé à l’étranger puisque Delphine de Lorgeril demande contre lui 12 ans de réclusion. L’avocate générale reproche à l’accusé « d’en dire le moins possible », « de se faire passer pour un naïf ». De quoi mettre colère en Me Paul Sollacaro qui regrette, au vu des zones d’ombre, de ne pas plaider l’acquittement.

 

La défense quitte le prétoire

« M. Neffati n’est pas venu ici pour se foutre de vous. Il vient chercher condamnation. Que voulez-vous de plus ? », tonne le pénaliste, évoquant « un réquisitoire au lance-flammes. »

« Nefatti avait-il les moyens de savoir que Babouri était armé ? Même le vigile d’Harry Winston s’est fait avoir », oppose le pénaliste qui salue la reddition de son client : « Il faut le faire de se jeter en prison, de se jeter dans le vide ».

Alors que l’ambiance de ce procès était jusqu’ici détendue, le ton monte encore quand l’avocat qualifie de « malhonnêtes », les insinuations de l’avocate générale plus tôt dans la matinée : Neffati aurait choisi Paul Sollacaro, présent au procès en 2021, pour adapter son discours. Le défenseur s’en prend alors à la magistrate dans sa plaidoirie estimant ses arguments « déloyaux et malhonnêtes ».

La présidente réagit et coupe carrément l’avocat qu’elle estime « insultant » envers [sa] collègue » ! « Ce que vous faites ne se fait pas ! » s’insurge le pénaliste. Et de quitter le prétoire.

 

Après cet incident rarissime, une heure d’interruption et l’intervention du bâtonnier, le défenseur revient exposer ses derniers arguments. « M. Neffati vous demande de le condamner. Mais la justice fait peur parce qu’en lui tendant le doigt, elle vous prend le bras », conclut l’avocat.

Le jeune électricien a été condamné jeudi soir à 10 ans de réclusion. Sa peine aurait sans doute été moindre s’il avait comparu en temps et en heure avec les autres accusés, tous libres aujourd’hui

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