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Il avait escaladé jusqu'au 50e étage de la Tour Odéon à Monaco: le "Spiderman" cambrioleur lourdement condamné

Le Lituanien avait effectué une série de vols audacieux de coffres-forts en 2019, par escalade. Pour tromper les policiers, il avait présenté de faux papiers d’identité. Mais l’ADN a parlé…

Jean-Marie Fiorucci Publié le 04/07/2022 à 10:10, mis à jour le 04/07/2022 à 10:06
Encordé et cagoulé, "Spiderman" escaladait de nuit de vertigineux immeubles (jusqu’au 50e étage de la Tour Odéon) pour en extraire des coffres-forts ! (Illustration Jean-François Ottonello)

Ses méthodes acrobatiques lui ont valu le surnom de "Spiderman" chez les policiers et magistrats de Monaco. En détention provisoire depuis le 23 mai 2021, un quadragénaire lituanien est arrivé menotté, vendredi, devant le tribunal correctionnel pour être jugé sur des faits importants de vols constatés en 2019.

Son mode opératoire? Grimper aux parois d’immeubles, entièrement vêtu de noir, pour mieux se fondre dans la nuit et évité d'être repéré. Mais cet "homme-araignée" est surtout un délinquant notoire spécialisé dans le cambriolage de coffres-forts par escalade dans les appartements des quartiers bourgeois de la Principauté. Avec une préférence pour leurs emplacements aux abords des frontières avec le pays voisin.

Une corde fixée au 50e étage de la Tour Odéon!

Quel palmarès pour cet as de la varappe! La justice lui reproche un vol de montres et de bijoux, dans la nuit du 4 au 5 juin 2019, dans le coffre au domicile d’une victime qui s’était absentée quelques jours.

À l’époque, une corde pendait encore sur la façade. Certes, des travaux acrobatiques avaient été effectués récemment. Mais le cordage accroché ne correspondait pas au matériel professionnel habituel.

 

Plus tard, au mois de septembre, près de l’héliport, une dame est réveillée par un bruit sur sa terrasse et tombe nez à nez avec le voleur. Une chance! Le coffre-fort était encore accroché à une poulie afin d’être déposé sur un chantier abandonné de Cap-d’Ail.

D’autres images vidéo proviennent de la Tour Odéon. On perçoit toujours une corde fixée au 50e étage et un personnage cagoulé, avec des traces de pas sur le balcon.

Ce même mois, une fenêtre était forcée au 27e étage du Formentor, sur l’avenue Princesse-Grace. Une armoire métallique était retrouvée dans le sous-sol avec un sac, un grappin artisanal, des cordes, des baskets et du matériel d’escalade. L’analyse de l’ADN récupérée sur les objets affichait une concordance avec un ressortissant Lituanien.

Plus rien jusqu’en 2021, où un policier faisait le rapprochement d’un individu venu au Grand Prix de F1 avec la photo envoyée par les autorités baltes.

"Je suis victime d’un complot"

"Interpellé, a rappelé le président Florestan Bellinzona (assesseurs: Françoise Dornier et Aline Brousse., ndlr) au cours de l’instruction de l’affaire, ce suspect produisait de faux papiers et refusait de coopérer. Grâce aux applications d’analyses pour identification relevées dans sa cellule, il était rapidement confondu avec le cambrioleur. Malgré tout, il fournissait une fausse identité parce qu’il chercherait à échapper à des criminels… Expliquez-nous les raisons de votre comportement", a-t-il demandé au prévenu dans le box. "Je n’ai rien à voir avec tout ce qui a été dit. C’est un piège. Un guet-apens! L’ADN? C’est à cause d’un interprète qui a travaillé pour les plaignants. Je suis victime d’un complot…"

 

Le magistrat l’interrompt: "Vous n’en avez jamais parlé. Vous avez toujours refusé de vous exprimer devant le juge d’instruction. Votre détention provisoire a été émaillée de nombreux incidents et des violences ingérables. Quinze procédures disciplinaires! On n’a jamais vu ça."

Justification du quadragénaire: "C’est à cause du personnel pénitentiaire et du magistrat instructeur. Ils m’ont harcelé pour me faire avouer les faits".

"Mon client réclame 2 millions d’euros"

Conseil d’une partie civile, Me Margaux Larabi, du Barreau de Nice, réfute les explications saugrenues sur le comportement du coupable et insiste sur l’indemnisation du vol. "Mon client réclame un montant de 2 millions d’euros pour les montres et bijoux dérobés, 35.000 euros en numéraires, 100.000 euros de dommages et intérêts et une somme de 5.000 euros pour les frais de justice."

Il n’est pas non plus question de faire de cadeaux pour le parquet, face à la gravité des infractions et un circuit d’écoulement qui dépasse l’entendement. Cinq ans d’emprisonnement ferme sont requis. "C’est un Spiderman qui fait des repérages, a estimé le premier substitut Valérie Sagné, avec une méthode qui force l’admiration. Mais imaginez que le soi-disant complot commence par son identification en France!"

Et la parquetière de poursuivre: "Monsieur doit avoir un receleur avec un système loin d’être comparé à de la débrouillardise. Sa défense, basée sur sa fausse identité, sur le silence, puis sa logorrhée à cette audience, ne tient pas de la folie. Il voudrait faire croire à un univers carcéral d’Orange mécanique. Quant au mode opératoire, il ne ressemble pas à un vol d’opportunité. Comment peut-on se pendre du 50e étage de la Tour Odéon sans entraînement?"

Le tribunal a sanctionné le monte-en-l'air avec une peine de trois ans d’emprisonnement pour les délits de vols et tentatives de vols. Plus cinq mois pour la prise illicite du nom d’un tiers. Il l’a relaxé pour le cambriolage dans la nuit du 4 au 5 juin 2019.

"Une peine courte permettrait à Monaco de se débarrasser d’un personnage compliqué"

Certes, pour le conseil du prévenu il s’agit bien d’un client original, avec l’absence d’aveux et d’éléments intentionnels pour le condamner. Quand Me Marie Lambert, du Barreau de Nice, contre-attaque, elle incite à une lecture plutôt particulière du dossier.

"Aucune effraction, le 5 juin, dans l’appartement avec des volets fermés. Deux seules personnes ont le code du coffre pour l’ouvrir: l’homme de confiance et sa fille.

Pas d’ADN sur place, ni cordes, ni la moindre trace. On peut s’interroger sur les preuves réelles du préjudice. Le 18 juin, pas d’identification possible sur la vidéo et toujours pas de traces.

Dans le courant de ce même mois, mon client n’est ni au Casino, ni à Monaco, ni dans les environs. Au mois de septembre, ce sont trois échecs. Pour l’usurpation d’identité, les papiers ne sont pas volés. Or, on vous demande de condamner à cinq ans ferme un primo-délinquant? Relaxez-le sur deux faits.

Après un an en cellule d’isolement, un peine courte permettrait à Monaco de se débarrasser d’un personnage très compliqué à gérer."

Offre numérique MM+

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