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Il arnaque un investisseur australien pour plus de deux millions d'euros

Un gérant italien qui n'aurait servi que d'intermédiaire a grugé un investisseur australien à hauteur de 2.400.000 d'euros. La victime a porté plainte.

Jean-Marie Fiorucci Publié le 21/11/2018 à 08:12, mis à jour le 21/11/2018 à 10:03
Le Palais de justice de Monaco en voit de toutes les couleurs au fil des audiences. Photo Cyril Dodergny

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs! L’adage populaire convient parfaitement, au propre comme au figuré, pour définir la mésaventure d’un investisseur australien résidant à Monaco évoquée devant le tribunal correctionnel. Au cœur du système, un quinquagénaire italien, gérant de société. Le quadragénaire transalpin, présent à la barre, a été condamné à de la prison ferme et au remboursement total de la somme remise par le plaignant.

En décembre 2011, dans une soirée prestigieuse, il fait la connaissance de cet homme fortuné, originaire du pays insulaire d’Océanie. Au fil de la conversation, le richissime interlocuteur lui confie son intention d’investir une grosse somme d’argent sur une plate-forme financière en échange de hauts rendements.

des comptes à l’île de Man et à Londres

Le Transalpin futé saute sur l’occasion pour l’aider à réaliser son projet. Il lui fait miroiter fonds multipliés et merveilles de promesses mirifiques en jouant l’intermédiaire entre sa société de droit maritime et un magnat boursier installé dans un paradis fiscal.

Séduit, l’Australien verse rubis sur l’ongle la coquette somme de 2.400.000 euros sur la Barclays Bank à Monaco en janvier 2012. Le temps passe… Pas plus d’arrérages que de dividendes promis parviennent sur le compte bancaire destinataire.

 

Finalement, pour parfaire l’abus de confiance, l’entremetteur italien disparaît de la circulation… Toutes tentatives pour le contacter sont vaines.

L’investisseur grugé porte plainte. Une vaste enquête est menée. Les premiers éléments démontrent que la somme a bien atterri sur les comptes du fameux boursier à l’île de Man et à Londres. Mais 700.000 euros ont opéré un crochet hâtif sur les écritures personnelles tenues par l’établissement financier du Transalpin…

À l’audience, le président Jérôme Fougeras Lavergnolle écarte toutes hypothèses de placements à risques puisque la totalité de la somme a été répartie sur d’autres comptes en cascade.

Enfin, le prévenu ne possédait aucun agrément pour pratiquer une quelconque activité financière. Alors, rien n’aurait-il été possible sans une complicité? "Pourquoi avez-vous conservé cette somme?", s’interroge le magistrat. "C’est le montant de ma commission en tant qu’intermédiaire, répond le remisier italien, plus le remboursement d’une dette due par le broker…"

 

Étonnement du président surpris par cette réponse: "Depuis quand est-ce à l’investisseur de payer les dettes du courtier? D’autant que votre "client" n’a jamais entendu parler de ce personnage assez trouble. Existe-t-il véritablement? Nominativement, ce n’est pas une invention car il réside bien en Tunisie. Mais ses fonctions l’orientent plutôt vers le domaine de l’import-export de poids lourds, de produits pétroliers et gaziers… De plus, il n’a jamais répondu aux convocations… Non seulement le richissime Australien n’a jamais revu son argent! Mais vous êtes poursuivi pour exercice illégal d’une activité financière soumise à autorisation…"

"Il a trouvé un pigeon en Principauté!"

Le prévenu se perd dans des explications farfelues et cocasses qui feront plutôt rugir de colère la partie civile.

"Cet homme n’est pas crédible, lance Me Donald Manasse. Il est loin d’être l’innocent qu’il prétend. Il nie les mouvements d’argent sur son compte qui lui ont servi personnellement. Pourquoi? Parce que c’est le sien après avoir trouvé un pigeon en Principauté! Cet individu ne se rend même pas compte de son arrogance. Dans cette affaire, aucune pièce n’est versée. Il nous manque la vérité. Nous réclamons l’intégralité des 2.400.000 euros plus 50.000 euros de préjudice moral."

Du côté du parquet, il est clair que les explications confuses et embrouillées du prévenu servent à rejeter la culpabilité sur les autres.

"En mars 2013, rappelle le procureur Alexia Brianti, cet homme s’est engagé à rembourser l’investisseur. Cinq ans plus tard, aucun centime n’a été versé! L’argent? Il a servi pour des dépenses personnelles, car on n’a pas la moindre preuve d’investissement. Monsieur joue sur les mots, mais il savait… On nage dans la criminalité financière astucieuse. Il faut une peine de dix-huit mois de prison ferme avec mandat d’arrêt pour que le prévenu, n’ayant aucune attache en Principauté, puisse être interpellé."

 

Me Yann Lajoux contre-attaque en évoquant l’absence de gestion dans ce dossier.

"le dindon de la farce"

"Aucune somme, ni montant d’intérêt sont fixés dans le contrat. Qui a donné des ordres? Et combien d’autres interrogations? Mon client a d’ailleurs du mal à comprendre qu’il est le seul à votre barre. N’oubliez pas: sa tentative de suicide n’a pas été feinte, car il se sent le dindon de la farce dans cette affaire. Il n’a pas de passé judiciaire. Pourquoi aurait-il commis un tel délit? Le seul bénéficiaire de tout cet argent c’est le broker et non pas le prévenu qui a déjà effectué sept mois de détention préventive. Préférez une peine avec sursis et l’obligation de rembourser…"

L’affaire mise en délibéré, la décision a été rendue un mois plus tard, où le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public.

Il a octroyé le montant réclamé par la partie civile, mais ramené, en revanche, le préjudice moral à la somme de 5.000 euros.

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