Go-fast en série: un baron de la drogue sur la Côte d'Azur trouve refuge au Maroc pour échapper à la justice

Considéré comme un baron de la drogue à Menton, Kader Zemouli est renvoyé en correctionnelle depuis hier à Nice avec douze autres prévenus. Mais lui est en fuite au Maroc.

Article réservé aux abonnés
Christophe Perrin Publié le 27/09/2022 à 07:30, mis à jour le 27/09/2022 à 08:20
Photo DR

Ils ont entre 22 et 57 ans. Certains ont un travail, d’autres non. Certains ont un casier judiciaire, les autres sont inconnus de la justice. Tous ont participé à des degrés divers à l’importation massive de drogue entre l’Espagne, les Pays-Bas et les Alpes-Maritimes.

Certains disent avoir agi pour rendre service, la plupart avouent avoir été appâtés par l’argent facile. Ils se sont retrouvés menottés par des policiers encagoulés de la BRI chargée d’opérer un vaste coup de filet le 24 janvier 2020, épilogue d’une minutieuse enquête menée par la brigade des stups de la police judiciaire de Nice. A l’exception d’une femme, tous ont été placés en détention provisoire. Seuls deux d’entre eux sont encore incarcérés.

La genèse de cette affaire est un banal conflit entre un propriétaire et son locataire menaçant. Ce singulier locataire laisse traîner des liasses de billets, est en contact avec Kader Zemouli, considéré comme un baron de la drogue à Menton.

La PJ décide de renforcer la surveillance de Zemouli, vieille connaissance des enquêteurs, condamné en 2013 à dix ans de prison pour trafic de drogue. Ce dernier est réfugié au Maroc et fait l’objet d’un mandat d’arrêt. En revanche, les petites mains qui travaillaient pour lui sont bien présentes devant le tribunal correctionnel de Nice pour une série de "go-fast".

Organisation cloisonnée

"Un premier voyage", pour reprendre les termes du président Alain Chemama, est intercepté près de Perpignan le 26 octobre 2019.

 

Roberto V., 58 ans, ancien salarié du casino de Monaco, transporte 168kg de résine de cannabis. Il a 910 euros sur lui pour les faux frais, affirme-t-il. La Renault Mégane d’un complice mentonnais aurait servi de voiture ouvreuse. " Je pensais qu’il y avait maximum 25kg", affirme le prévenu avec un fort accent italien. "Merci aux autorités de m’avoir interpellé." Casier judiciaire vierge, il affirme, repentant: "Je suis choqué de moi-même."

Dans cette organisation très cloisonnée, Roberto ne connaîtrait aucun des autres protagonistes. Les 13 et 14 novembre 2019, un transport en convoi s’effectue entre l’Espagne et la France. Zohair Belmiloud, 46 ans, dont quinze en détention, seize mentions à son casier judiciaire, admet y avoir participé sans préciser la quantité de drogue importée ce jour-là. Les 9 et 11 décembre 2019 rebelote.

20-22 décembre 2019: Belmiloud et un autre complice partent aux Pays-Bas pour s’approvisionner, cette fois, en cocaïne. Le produit doit être livré à Menton et à Nice Saint-Isidore. Les voyages se poursuivent début janvier en Espagne mais aussi en Belgique.

Le 23 janvier 2020, la PJ décide de mettre fin à ces allers-retours si rémunérateurs et lance une opération sur l’A8. Quatre voitures sont interceptées: un total de 374kg de résine de cannabis est découvert. A 4.000 euros le kilo, cela représentait 1,5 million d’investissement pour les trafiquants et la promesse de juteux bénéfices.

 

Le tribunal juge cette affaire tout au long de la semaine et rendra son jugement sans doute lundi 3 octobre.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.