Éric Dupond-Moretti épinglé par Mediapart pour l'achat d'une Maserati à Monaco

Le site d'enquêtes avait déjà soupçonné le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, d'être "dans une situation de conflits d'intérêts dans ses relations avec le Parquet national financier". Des accusations fondées, puisque le faisceau de présomptions avaient abouti à une mise en examen.

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La rédaction Publié le 07/02/2022 à 18:10, mis à jour le 08/02/2022 à 14:43
Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice. Photo AFP

Le timing ne pouvait pas plus mal tomber... à moins qu'il ait été soigneusement choisi. Deux jours après que son ami Gérard Darmon se plaigne ouvertement, sur France 2, auprès du fondateur de Mediapart Edwy Plenel, de ses méthodes ("Vous savez tout et rien d'autre (...) Je vous reproche d'être un juge, un policier, de donner des infos en loucedé..."), Eric Dupond-Moretti se retrouve épinglé par ledit site d'investigation ce lundi 7 février.

Mediapart vient en effet de dévoiler que le ministre de la Justice, alors avocat, s'était acheté en janvier 2013 dans un garage monégasque une Maserati, avec de l'argent viré sur son compte par une société fictive offshore... basée aux Seychelles. 100.000 euros venus d'Exelyum, pour qui l'avocat-star n'aurait jamais travaillé. Ce transfert d'argent a d'ailleurs été révélé par l'instruction d'une affaire précédente. On remonte le fil.

De fait, le garde des Sceaux, auparavant avocat-pénaliste, a déjà été mis en examen en juillet 2020 pour "prise illégale d'intérêts", rappelle Libération. Ce qui en fait le premier ministre de la Ve République à rester en poste après une mise en examen. En 2017, Emmanuel Macron avait pourtant affirmé qu'un ministre devrait quitter le gouvernement si c'était le cas.

Mediapart vs Dupond-Moretti, 3e épisode

Si Gérard Darmon est persuadé que Mediapart a décidé de "se payer la tête d'Eric Dupond-Moretti ("il est mon ami, point. Lorsque je suis en société, je le défends comme je défends tous mes amis", a-t-il clarifié au micro de CNews ce lundi matin), c'est que le coresponsable du pôle "enquêtes" du site, le journaliste Fabrice Arfi, avait déjà soupçonné l'ex-avocat d'être "dans une situation de conflits d'intérêts dans ses relations avec le parquet national financier (PNF), auquel il est publiquement hostile depuis plusieurs années et sur lequel il a autorité".

En septembre 2020, le ministre avait a priori demandé à l'Inspection générale de la justice de mener une enquête administrative sur trois magistrats du PNF, à l’origine de l'enquête l'ayant visé. Un abus de pouvoir qui poussera, en janvier 2021, le procureur général près la Cour de cassation, François Molins, à ouvrir une nouvelle information judiciaire. Fin du premier épisode.

 

Le deuxième épisode date, lui, du 7 juillet 2021: Mediapart avait alors révélé qu’Éric Dupond-Moretti avait omis de déclarer à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) plus de 300.000 euros de revenus. Après un contrôle fiscal, "l'administration fiscale a reconnu la bonne foi d’Éric Dupond-Moretti et lui a accordé le bénéfice du droit à l’erreur", selon le ministère. 

Un "pacte" entre l'ex-avocat et deux détenus

Concernant le dernier scandale en cours (le troisième épisode, celui de la Maserati), selon Mediapart, il aurait pour origine un "pacte" passé entre Jean-Pierre Nitkowski et Immanuel de Agrella, deux détenus, et l'ancien avocat. Pour résumer, "Agrella [devait] donne[r] des tuyaux boursiers sur le trading haute-fréquence à Nitkowski; en échange, Nitkowski pay[ait] avec sa coquille aux Seychelles les copieux frais d’avocats d’Agrella, dont la femme v[enait] de prendre attache avec le cabinet Dupond-Moretti", détaille Fabrice Arfi dans son enquête.

Auditionné comme témoin en février 2019, Immanuel de Agrella a affirmé qu’Eric Dupond-Moretti n’avait finalement "pas fait grand-chose" pour lui. Toujours selon Mediapart, Agrella affirme même avoir demandé un remboursement: "Il a refusé en me disant que j’avais de l’argent." Le bolide italien était donc bien en sa possession. 

"L’entourage d’Eric Dupond-Moretti souligne que le Garde des Sceaux a non seulement travaillé sur le dossier, mais qu’il a obtenu satisfaction pour son client", précise Libération dans une mise à jour effectuée ce lundi après-midi. Affaire à suivre...

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