Elle supervisait la vidéosurveillance de Nice le soir de l’attentat du 14 juillet 2016, la policière municipale Sandra Bertin ne déposera pas au procès

Planning bouclé, crainte d’"instrumentalisation", le président de la cour d’assises spécialement composée de Paris a refusé que la jeune femme, qui avait assisté en direct à la tuerie au camion, témoigne. La policière municipale avait été accusée de diffamation par Bernard Cazeneuve dans la polémique sur la sécurisation. Elle avait été relaxée.

S. G Publié le 25/09/2022 à 16:30, mis à jour le 25/09/2022 à 16:33

"Sandra Bertin avait envie de témoigner, c’est elle qui a tout coordonné. Elle voulait donner son point de vue. Et ça n’aurait pas été redondant avec l’enquêteur qui a visionné les images. Lui, ce n’était pas en temps réel, elle oui", avance, prudemment Me Marie-Pierre Lazard qui vient de se faire retoquer à l’audience devant la cour d’assises spéciale de Paris, au procès de l’attentat du 14 juillet 2016.

Le président Laurent Raviot a refusé que celle qui dirigeait le centre de supervision urbain (CSU) et qui était en service le soir du massacre, dépose à la barre. Il ne souhaite pas que la cour soit instrumentalisée, dit-il, avant d’invoquer un planning serré.

L’avocate niçoise n’a pas insisté : "C’était tout sauf de la volonté d’instrumentaliser la cour… Mais, je comprends. Comme il y a une autre procédure, il veut éviter les soucis, les questions dérangeantes. Et la demande était tardive."

"Des victimes m’ont dit il faut y aller"

"Quelques jours avant le début du procès, j’ai croisé des familles de victimes et elles pensaient que je ne voulais pas témoigner. Je leur ai expliqué que c’était faux. Alors elles m’ont dit il faut y aller, contextualise Sandra Bertin. Au départ, j’avais été surprise quand j’ai vu qu’aucun agent de la police municipale, alors qu’ils étaient présents et qu’ils ont été primo-intervenants, n’était cité au procès. Et finalement, je me suis dit que c’était normal. Ce n’est pas le terroriste qui est jugé, puisqu’il est mort. La police municipale n’a pas de pouvoir d’enquête, elle n’est intervenue que dans l’instant et n’avait donc aucun élément à apporter sur les huit accusés."

Sandra Bertin qui a assisté, derrière les écrans du CSU, en direct au massacre perpétré par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel n’est pas non plus partie civile. Pour deux raisons : "Je suis une victime psychologique, mais j’estime que ce n’est rien par rapport à tant d’autres. Et je n’étais pas en danger ce soir-là. D’autres agents ont fait la demande, ce n’était pas dans les clous, ils n’ont pas été acceptés, ça aurait été pareil pour moi."

 

Peur qu’on charge le service "vidéo"

L’ancienne directrice du CSU avait autre chose en tête : "Je voulais déposer parce que j’avais peur qu’on charge le service “vidéo”. Notamment au sujet des onze repérages. J’ai des agents qui ont craqué de la culpabilité, ils se disaient : “C’est notre faute.” Alors que c’était indétectable. Indécelable. Le chauffeur a été très malin, il a adopté l’attitude d’un livreur. Et même si on l’avait détecté, qu’est-ce qu’on en aurait fait ?", se désole Sandra Bertin. L’enquêtrice de la Sdat [Sous-direction antiterroriste, elle a témoigné la première semaine du procès] a dit l’essentiel à l’audience et c’est le principal : le camion était inarrêtable. Au point Gambetta, j’avais estimé sa vitesse à 90km/h : il était, en fait, à 86km/h. Un camion à cette vitesse ne peut pas être arrêté par des policiers, même armés… C’est une notion importante pour les policiers nationaux et municipaux : ils ont fait ce qu’ils ont pu."

La demande de déposition formulée par Sandra Bertin a été refusée par la cour d’assises spécialement composée à Paris au procès de l’attentat du 14juillet 2016 à Nice. Franz Chavaroche / Nice-Matin.

La policière municipale qui avait accusé Cazeneuve

Qui est Sandra Bertin ? C’est la policière municipale qui a été accusée de diffamation, juste après l’attentat, par l’ex-ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Et qui a été relaxée en septembre 2017, "au bénéfice de la bonne foi". La justice estimant qu’elle avait pu mal interpréter une demande du ministère, en raison de son état de fatigue. Bertin avait riposté avec une plainte pour abus d’autorité. Classée sans suite.

Des "pressions"

Le soir de la tuerie de la promenade des Anglais, Sandra Bertin est responsable de la vidéosurveillance, au centre de supervision urbain. Elle assiste, en direct, à la course meurtrière du 19-tonnes. Le lendemain, elle rédige un rapport, détaillé, du déroulé des évènements. De 22 h 33, instant auquel le monstre de fer est signalé sur les images en s’engageant sur la Prom’, jusqu’au moment où il est stoppé, face au palais de la Méditerranée.

Dans les jours qui suivent, Sandra Bertin affirme publiquement qu’elle a subi des pressions de la part du ministère. Un membre du cabinet de Bernard Cazeneuve voulait qu’elle modifie son rapport en ajoutant la présence d’effectifs de police nationale, à deux points de contrôle. Mais, jure-t-elle, il n’y en avait pas. Alors, elle a refusé. Sandra Bertin modifie son rapport, y incluant les « pressions » et l’envoie à sa hiérarchie.

Une autre instruction

La présence policière, le barriérage, les plots de sécurité, mais aussi les repérages effectués par le terroriste au volant du camion, notamment le jour même de son passage à l’acte sont au cœur du dossier de la sécurisation de la promenade des Anglais, le 14 juillet 2016. Ce point fondamental pour de nombreuses victimes et leurs proches fait l’objet d’une instruction distincte. Enquête pour laquelle ont été entendus sous le régime de témoins assistés le préfet et le sous-préfet de l’époque, Adolphe Colrat et François-Xavier Lauch, Philippe Pradal, alors maire, et Christian Estrosi, adjoint délégué à la Sécurité. L’instruction est toujours en cours. Ce volet "sécurisation" pourrait faire l’objet d’un deuxième procès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.