Du sursis pour un Monégasque qui cultivait du cannabis dans son appartement

Vingt et un plants poussaient dans l’appartement d’un Monégasque aux Moneghetti afin d’assurer sa consommation de trois à six joints par jour. Il a écopé de six mois avec sursis.

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 01/12/2022 à 10:00, mis à jour le 01/12/2022 à 08:08
Le mis en cause a écopé de six mois assortis du sursis sous le régime de la liberté d’épreuve pendant deux ans et obligation de soins. Photo d’illustration DR

Un ancien jardinier avait la main un peu trop verte… Jusqu’à cultiver du cannabis dans son appartement du quartier des Moneghetti pour sa consommation personnelle. En quantité impressionnante. Vingt et un plans poussaient dans une pièce spécialement aménagée de son F3 domanial, dont les plus grands pieds atteignaient 2mètres de hauteur.

Il lui suffisait de semer les graines, achetées entre 50 et 100 euros suivant les variétés sur Internet. A l’intérieur, il disposait d’une véritable installation appropriée, dotée d’un éclairage artificiel, destinée à produire un bon rendement. Soit suffisamment de substances psychotropes pour entretenir la dépendance du quinquagénaire de trois à six joints chaque jour.

"Je ne fais du mal à personne"

Mais cette "mauvaise herbe" a été sa perte. Les effluves enivrants et particuliers de ce champ de cannabinacées ont dépassé le volume de sa "serre stupéfiante" et indisposé un voisin qui a fini par dénoncer le mercredi 23 novembre l’étrange horticulteur à la Sûreté publique.

L’infraction est reconnue et l’addiction confirmée à l’audience de flagrance où le prévenu est parvenu menotté. Pour justifier de sa pratique illicite, ce Monégasque sans emploi a démontré des intentions d’éviter de s’approvisionner en produit à l’origine douteuse auprès des dealers niçois. Pas question d’en faire un trafic… Mais de bénéficier d’une substance aux propriétés thérapeutiques pour calmer les souffrances d’une maladie grave.

"Cette pratique demeure dans tous les cas, illégale", a rétorqué le président Jérôme Fougeras Lavergnolle pour tenter de faire reprendre conscience au prévenu dans le box. "Chaque jour où vous prenez votre véhicule, vous êtes en infraction en conduisant sous l’effet d’une drogue." Aucun écran de fumée en réponse. "Je n’ai jamais eu d’accident. C’est mon mode de vie légal. Il me permet de pratiquer du sport et de dormir. Je ne fais du mal à personne. Cela découle d’une décision de justice sévère en France. Elle m’a privé de travailler en Principauté, chez moi, depuis dix-sept ans. A cause de cette condamnation, l’État ne m’a jamais plus renouvelé mon poste au SDAU. J’ai bien tenté de faire le taxi. Mais l’agrément m’a été retiré en 2006. Tout le monde m’en veut…"

Sursis et obligation de soins

C’est justement un des effets typiques du cannabis pour le magistrat. "Celui de rendre parano et oisif." Toutefois, le prévenu réfute toute dépendance au chanvre. Certes, il a commencé à 20 ans, avec l’héroïne et la cocaïne. Après un arrêt, il a recommencé quand il a ressenti un apport thérapeutique. " C’est mieux que l’alcool, a-t-il estimé pour calmer les douleurs et déstresser. Je peux aller au supermarché. Mais avec un budget de 1.000 euros mensuel… Alors je consomme du cannabis. Au point d’avoir envisagé de vivre dans des pays où cette drogue était légale. Oui, je pourrais aussi travailler dans le pays voisin. Mais je suis Monégasque. Monaco reste et demeure mon unique pays. Malheureusement, mes antécédents judiciaires ont précipité ma perte…"

La destination des produits stupéfiants est confirmée par le parquet. "Monsieur est cultivateur, utilisateur pour satisfaire ses besoins, mais pas fournisseur, en a déduit le premier substitut Julien Pronier. On retrouve chez lui deux constances. Celle d’un gros consommateur de cannabis, comme le sentiment de persécution et d’oisiveté. Dix-sept ans sans travailler? Le refus de l’État concerne diverses raisons. La meilleure peine pour l’aider? Six mois assortis du sursis sous le régime de la liberté d’épreuve pendant deux ans et obligation de soins." Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public.

* Assesseurs: Geneviève Vallar et Adrien Candau.

La défense a apprécié les réquisitions du ministère public, de ne pas poursuivre son client pour de la vente. Uniquement pour de la détention.

D’autant que les faits ne sont pas contestés. "Il faut comprendre les douleurs chroniques ressenties à cause d’une pathologie grave de ce Monégasque de 54 ans, a cautionné Me Grégoire Gamerdinger. Depuis le box, il ne cherche pas à s’excuser et assume son addiction. Entre autres raisons, il n’a pas eu une enfance facile, il vient de perdre son frère et il est sans travail. Malade, il est enfermé dans sa bulle et essaie de s’en sortir. Pour ne rien arranger à ses malheurs, il gagne un millier d’euros par mois. Il en résulte une consommation de cannabis pour économiser… Mais aussi une complète déconnexion de la réalité. Il faut l’obliger à se soigner. Prononcer une peine lourde, mais intégralement assortie du sursis. Ne remplacez pas les stupéfiants par des barreaux. Troquez vos robes noires et épitoges d’hermine contre une blouse blanche. Aidez ce quinquagénaire en lui tendant la main."

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