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Des doutes subsistent toujours sept ans après la mort du commissaire Muhlberger à Cap d'Ail

Sept ans après le drame qui a coûté la vie à l’ex-chef de la sûreté monégasque, happé par une hélice de bateau au large de la Mala à Cap d'Ail, deux hypothèses s’affrontent.

Christophe Perrin chperrin@nicematin.fr Publié le 02/04/2021 à 21:15, mis à jour le 02/04/2021 à 21:23
André Muhlberger Photo E.D

Quel bateau a causé la mort tragique d’André Muhlberger, 50 ans, le 23 juin 2013, vers 18h15 au large de Cap-d’Ail? Le commissaire de police au physique de playboy, fin connaisseur des mafias de l’Est, venait de quitter son poste de la sécurité à Monaco. Il avait aussi beaucoup d’amis slaves. De quoi alimenter les rumeurs et les fantasmes les plus fous.

La réalité paraît à la fois prosaïque et tragique à l’évocation du dossier par Marion Menot, présidente du tribunal correctionnel de Nice. Après avoir déjeuné sur la plage de la Mala avec des amis, André Muhlberger, sportif accompli, a décidé de regagner à la nage le Joïka, un yacht sur lequel il était invité. Les autres convives ont préféré revenir en bateau-taxi. A leur arrivée, le commissaire flottait dans une mare de sang près de l’hélice à bâbord.

Des expertises divergentes

Le seul mis en examen dans cette affaire est Marco, un Italien de 45 ans, capitaine expérimenté du Joïka. Il a toujours nié toute responsabilité dans cet "homicide involontaire". La présidente lui pose d’emblée la question: "Etes vous certain que votre manœuvre n’a rien à voir avec la mort de M. Muhlberger?" "Bien sûr", répond le prévenu, assisté d’une interprète.

Le vent se levait, la mer se formait et le boute d’un jet-ski risquait de s’emmêler. Marco aurait alors allumé l’un des deux moteurs pour repositionner le bateau de 22mètres et libérer ainsi le jet-ski.

 

Cette manœuvre anodine a-t-elle suffi à happer le nageur en train de regagner la plate-forme d’accès située à la poupe? Des experts ne sont pas d’accord. Un rapport des affaires maritimes a, dans un premier temps, incriminé une Vedette, "Les Boys", l’un des trois bateaux sur zone, mais d’autres expertises ont conclu que seul le Joïka avait pu provoquer d’aussi graves blessures à la victime.

Le fils et l’épouse du défunt, parties civiles, préfèrent garder le silence, traumatisés par le tumulte médiatique à l’époque du drame. "Les proches n’ont ni colère ni rancœur. Ils ont eu juste de l’incompréhension face à un geste involontaire qui n’est pas assumé par le prévenu. Il y a de l’autre côté de la barre une volonté acharnée de semer le doute", regrette Me Catherine Roth-Muller. Me Béatrice Eyrignoux s’étonne pour sa part "qu’une hôtesse, sans compétence, serve de marin pendant la manœuvre."

"Capitaine imprudent"

Vincent Edel, procureur de la République rappelle que la Vedette "Les Boys" est située entre 20 à 50mètres du Joïka. 

Comment la victime aurait-elle pu être tuée par les hélices de la Vedette alors des témoins voient M. Muhlberger nager à 5 ou 10mètres de la plate-forme du yacht. "Un halo de sang tout autour du corps trouvé près du Joïka laisse penser qu’on est sur la scène de l’infraction", souligne le magistrat du parquet qui requiert "huit mois avec sursis" contre le capitaine "imprudent".

En défense, Me Jean-Marie Tomasi et Me Muriel Roncaglia, plaident la relaxe du capitaine italien, à l’instar de l’assureur du yacht. Ils développent un point technique, selon eux, fondamental: "En marche arrière, l’hélice tourne à l’envers. Il faut donc prendre en compte les bords de fuites des pâles, mesurant de 1 à 5cm". Une épaisseur incompatible, selon les avocats parisiens, avec les blessures constatées sur la victime. "La Vedette Boys, elle, possède huit pales par moteur qui peuvent agir comme un hachoir. Cela se rapproche des blessures de M. Muhlberger." Le tribunal s’est donné deux semaines de réflexion avant de rendre son délibéré le 16 avril.

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