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Comment un tableau attribué à Leonard de Vinci se retrouve au cœur de l'affaire entre Rybolovlev et le marchand d’art Yves Bouvier

Mis à jour le 18/10/2017 à 09:52 Publié le 18/10/2017 à 09:48
Dmitri Rybolovlev et Yves Bouvier.

Dmitri Rybolovlev et Yves Bouvier. Photos Jean-François Ottonello

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Comment un tableau attribué à Leonard de Vinci se retrouve au cœur de l'affaire entre Rybolovlev et le marchand d’art Yves Bouvier

Depuis 2015, Dmitri Rybolovlev reproche au marchand d’art Yves Bouvier de lui avoir surfacturé (127,5 M$) l’œuvre attribuée à Leonard de Vinci. Il s’apprête à la céder aux enchères à New York.

Le lieu: New York.

Le cadre: les fameuses "ventes d’automne", enchères d’art impressionniste, moderne et contemporain qui battent chaque année des records.

Le garant: Loïc Gouzer, vice-président du département d’art contemporain et d’après-guerre chez Christie’s, expert en vogue depuis qu’il a dynamité la session automnale de 2015 en permettant d’adjuger un Picasso (Les Femmes d’Alger) pour 179,3 millions de dollars.

L’objet: un tableau aussi mystique qu’historique.

Avant même la vente aux enchères (le 15 novembre) de son Salvator Mundi, œuvre magistrale attribuée à Leonard de Vinci, Dmitri Rybolovlev a déjà réussi, par la mise en scène autour de l’événement, à rebraquer les projecteurs sur son conflit avec le marchand d’art suisse, Yves Bouvier.

Une affaire née en 2013 et portée en justice le 9 janvier 2015. En cause: des marges exorbitantes – près d’un milliard d’euros – réalisées par Yves Bouvier sur la vente de 38 œuvres, dont le Salvator Mundi.

Une affaire éclipsée

Une affaire totalement éclipsée par un scandale bien plus retentissant. Celui d’un Dmitri Rybolovlev qui aurait, notamment par l’entremise de sa conseillère juridique Tetiana Bersheda, incité quelques policiers et l’ex-ministre de la Justice monégasques, à coopérer pour faire tomber Bouvier.

Au grand dam d’un clan Rybolovlev alors redondant dans sa repartie: "Aucune réponse ne sera apportée aux multiples et vaines manœuvres, médiatiques ou judiciaires, visant à éloigner le public du fond du dossier: une enquête instruite à Monaco pour escroquerie et blanchiment de plusieurs centaines de millions d’euros, une enquête instruite à Paris pour vol d’œuvres du maître Pablo Picasso, recel de ce délit et blanchiment. Ce système opaque et trompeur mérite d’être dénoncé et combattu pour assainir le marché de l’art."

Quoi de mieux pour combattre ce "système" que de l’utiliser? À la différence que, cette fois, c’est en public, et sous les yeux du monde, que le Salvator Mundi changera de main. "La vente aux enchères de cette œuvre mettra fin à un chapitre très douloureux pour la famille Rybolovlev. Bien sûr, cette peinture n’est que l’une des 38 œuvres concernées par cette affaire. La quête de justice reste en cours", nous a fait savoir la fiducie familiale Rybolovlev.

Une marge "grotesque"?

Une œuvre sur 38, et pas n’importe laquelle! Parmi les moins de 20 toiles de Leonard de Vinci référencées dans le monde, seul le Salvator Mundi est détenu dans une collection privée. Pourrait-il atterrir dans un musée? "Les musées et les institutions sont tout aussi actifs dans nos ventes que les collectionneurs privés. Cette œuvre pourrait devenir une bonne raison de voyager pour les visiteurs du monde entier amateurs de musées", assure Loïc Gouzer.
Une huile sur toile acquise à un consortium américain par Yves Bouvier, le 23 mai 2013, lors d’une vente de gré à gré orchestrée par la respectable maison de ventes aux enchères anglo-saxonne, Sotheby’s.
Un achat pour 80 millions de dollars suivi, deux jours plus tard, d’une revente au family trust Rybolovlev pour 127,5 millions de dollars. "Ajoutant ainsi une marge non autorisée et grotesque de 47,5 millions de dollars", selon ce dernier.
Un bénéfice justifié "par les capacités de négociateur de M. Bouvier", selon son avocat à Monaco, Me Franck Michel, qui étaye les conditions de la vente.

"Pas de contrat à PROPREMENT parler"

"Il n’y a pas de contrat à proprement parler, mais on a des e-mails dans le dossier entre l’agent d’affaires de M. Rybolovlev et le comptable d’Yves Bouvier. Ils laissent transparaître que, la plupart du temps, Dmitri Rybolovlev était intéressé par une œuvre et M.Bouvier la recherchait. Et, quand il parvenait à s’en rendre acquéreur, il lui cédait. On a des factures acquittées qui réduisent à néant les affirmations de M. Rybolovlev, qui prétend que M. Bouvier était un intermédiaire et qu’il n’était pas question qu’il achète les œuvres, les revende et fasse un bénéfice. Or, les paiements de M.Rybolovlev sont faits à la société d’Yves Bouvier donc il ne pouvait pas ignorer que c’était Yves Bouvier le vendeur."

"Une opération de courtage"

"M.Bouvier est un privé qui ne réalise ni plus ni moins qu’une opération de courtage", résume-t-on au Conseil des ventes volontaires, organe régulateur des ventes aux enchères publiques qui autorise les maisons de vente à pratiquer des after sales depuis l’an 2000 en France. "Dans les maisons de vente, tout est hypertransparent. Il y a un mandat de vente, un procès-verbal, une déclaration au fisc… Il n’y a pas de surprise!"
En l’occurrence, Dmitri Rybolovlev n’aurait jamais eu, entre autres, de documentation d’estimation de l’œuvre. "C’est ce que j’appellerais un caprice de milliardaire. Pour ce genre d’œuvres, il n’y a tout simplement pas de cote. Elles sont uniques et valent ce que quelqu’un est prêt à payer", estime Me Franck Michel. D’où un manque de formalisation et de «"préjudice", selon lui. "Tant qu’on n’a pas revendu une œuvre comme celle-là, on ne peut pas savoir si on l’a payée trop cher."

Du côté de Sotheby’s, hors de question de ressortir les fantômes du placard. Samuel Valette, en charge de la vente privée entre Bouvier et les Américains en 2013, préfère ne faire "aucun commentaire". On nous assure toutefois "qu’aucune affaire" n’oppose l’institution et Yves Bouvier.

Sotheby’s pas tendre avec Yves Bouvier

Les vendeurs américains du Salvator Mundi, découvrant dans la presse le montant payé par Rybolovlev à Bouvier, s’étaient en revanche retournés contre Sotheby’s, s’estimant lésés des 47,5 millions de dollars. "Tout est résolu à présent", précise Sotheby’s. Un contentieux réglé "depuis New York".
C’est justement vers le tribunal de New York que l’acheteur, Dmitri Rybolovlev, se serait aussi tourné à l’époque. Appelé à témoigner, Sotheby’s n’aurait alors pas été tendre avec Yves Bouvier selon un courrier exhumé, en substance, par Les Échos.
Fin janvier 2015, le marchand d’art aurait "indûment fait croire à Sotheby’s qu’il demeurait propriétaire du Salvator Mundi (pourtant cédé en 2013 à Rybolovlev), pour une expertise “à des fins d’assurance”". Le quotidien économique concluant: "Il essayait ainsi de rassurer un Rybolovlev suspicieux."

De quoi annuler la vente?

Foutaise selon Franck Michel: "Jamais aucune procédure n’a d’ailleurs été engagée là-bas malgré les efforts de la défense de M. Rybolovlev."
Idem pour les prétendus aveux de son client lors de sa garde à vue à Monaco qui, selon certains médias, aurait évoqué un système de "tiers fictifs" pour faire grimper le prix du Salvator Mundi. À hurler de rire pour Franck Michel: "C’est n’importe quoi! Il n’a jamais reconnu sinon il n’y aurait plus d’affaire! (rires)"
L’affaire en cours pourrait-elle annuler la vente? "Le titre de possession du family trust Rybolovlev n’est pas contesté aujourd’hui et la vente peut avoir lieu", tranche Brian Cattell, porte-parole du family office Rybolovlev.
Actuellement en tournée mondiale pour exposer le Salvator Mundi, Loïc Gouzer, nous affirme que non, depuis San Francisco: "Je peux vous certifier que nous pourrons donner un titre clair de propriété à l’acheteur de ce tableau, et nous avons hâte de le faire le 15 novembre prochain."
Quant à la mise à prix de 100 millions de dollars? Inférieure au prix d’achat de 2013… Le Wall Street Journal y voit un pied-de-nez de Rybolovlev, comme pour insister sur la surévaluation de 2013.
"Il n’y a aucune comparaison possible pour une œuvre de cet artiste. Notre estimation est bien plus élevée que n’importe quel tableau de maîtres anciens vendu aux enchères (Rubens 50M£ en 2001). C’est le marché qui décidera de son prix", assure Loïc Gouzer.
Une chose est sûre, dans les hautes sphères de Christie’s, on préfère parler "d’un important collectionneur européen", plutôt que de Dmitri Rybolovlev. On sait pourtant l’importance du pedigree et de la réputation du collectionneur dans les grandes ventes…


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