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Comment ce refuge pour animaux des Alpes-Maritimes s'est transformé en "ferme de l'horreur"

Mis à jour le 12/05/2021 à 09:11 Publié le 12/05/2021 à 07:30
Cécilia Fruleux (à gauche), présidente d’ASA 06, s’est battue pour que le couple Blangis cesse ses appels aux dons alors que certains animaux, notamment les chevaux, n’étaient pas bien traités.

Cécilia Fruleux (à gauche), présidente d’ASA 06, s’est battue pour que le couple Blangis cesse ses appels aux dons alors que certains animaux, notamment les chevaux, n’étaient pas bien traités. Photo Ch.P

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Comment ce refuge pour animaux des Alpes-Maritimes s'est transformé en "ferme de l'horreur"

Les appels aux dons, depuis le refuge de l’Estéron, pour des animaux prétendument handicapés ou voués à l’euthanasie trouvaient un large écho mais cachaient surtout une escroquerie.

"Aujourd’hui, j’ai de la colère, de la rage, de la haine. On peut me reprocher des tas de choses mais dire que je suis maltraitant envers les animaux… Jamais je ne pourrais faire du mal à une bête. Vous pouvez me condamner mais laissez-moi mes animaux!" supplie Christian Blangis, 67 ans.

"Ce sont des années d’investissement par amour des animaux. On a pris du personnel pour nous aider. On a travaillé sept jours sur sept. Certains savent qu’on a de la considération pour les animaux. C’est notre vie", renchérit Corinne Blangis, 62 ans.

Donateurs endettés​

Si le couple a réussi à émouvoir des milliers de donateurs en lançant des cagnottes en ligne pour des animaux fantômes ou des soins imaginaires, il a été moins persuasif avec le tribunal correctionnel. Le couple de Revest-les-Roches, dans l’Estéron, a été lourdement condamné hier soir, coupable d'escroquerie en récidive (lire par ailleurs). Les appels aux dons des associations Artémis Handicap Animal et Animosave ont permis de récolter en deux ans plus d’un million d’euros. Certains donateurs se sont endettés dans l’espoir d’opérer un cheval ou d’appareiller un sanglier amputé.

"Enquête à charge"

​De belles histoires qui cachaient une réalité plus prosaïque. Le couple confondait allègrement le compte des associations et son compte bancaire personnel. Il achetait des animaux pour en faire l’élevage mais n’en plaçait quasiment jamais chez des particuliers. Surtout, le refuge avec près de 300 animaux domestiques et sauvages fonctionnait sans respecter les normes en vigueur malgré les mises en demeure de l’administration. Le parquet de Nice, contrairement aux demandes de l’association ASA 06 et de Me Parriaux, n’avait pas poursuivi le couple pour le délit d’acte de cruauté envers animaux. La procureure Joëlle Casanova, estimait qu’il s’agissait avant tout de "privations de soins et de nourritures et de conditions d’hébergement inadapté" passibles de simples contraventions.

Un avis partagé par le tribunal. En revanche, la procureure s’est attardée sur le volet "escroquerie" de cette affaire. Ou comment, avec l’aide d’un webmaster aguerri (par ailleurs relaxé à la satisfaction de Me Marafico, son avocate) et d’habiles relances par courriel, Corinne Blangis parvenait à brasser des sommes considérables. Certains donateurs ont contracté des prêts (jusqu’à 40.000 euros pour l’un d’eux), d’autres ont sacrifié leur épargne… Dans son réquisitoire, Joëlle Casanova constate que "Corinne Blangis ne se remet jamais en cause" tout en réclamant contre elle cinq ans de prison dont deux avec sursis.

Plusieurs salariés ou bénévoles sont venus dire à la barre lundi le manque criant de moyens du refuge au regard de l’importance du cheptel. Des témoins à charge, tous en conflit avec le couple, soulignent les avocats de la défense qui critiquent vivement "l’enquête uniquement à charge des gendarmes".

"Nous n’avons pas eu sept parties civiles mais sept procureurs", ironise Me Cathie Guittard, sévère avec le député Loïc Dombreval et certaines associations de défense des animaux "qui se sont déchaînés au mépris de la présomption d’innocence".

"Femme de cœur"

"C’est un dossier orchestré sur les réseaux sociaux et médiatisé. Mais qui s’est préoccupé des animaux depuis que Christian Blangis est en détention?" s’indigne Me Guittard. Me Elisabeth Roustan, avocate de Corinne Blangis, se montre tout aussi critique envers les enquêteurs, "venus voir les donateurs pour les inciter à déposer plainte".

"Il nous manque un éclairage différent dans un dossier qui aurait mérité une instruction", regrette la pénaliste. "Corinne Blangis est une femme de cœur, pas une femme de tête", plaide Me Roustan qui reproche à certaines associations d’avoir agi par jalousie.

Quatre ans de prison (dont deux ferme) à la responsable du refuge

Corinne Blangis, 62 ans, présidente de l’association Artémis Handicap Animal, a été reconnue coupable, mardi soir, d’escroquerie en récidive. Elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Nice à quatre ans de prison dont deux ans avec un sursis probatoire pendant trois ans. Une amende de 8 000 euros lui a été infligée. Elle est également frappée d’une interdiction de gérer et d’avoir une activité en lien avec les animaux. Elle est sanctionnée pour défaut de soins et hébergement inadapté à des contraventions. En revanche, elle est relaxée des délits de blanchiment, d’actes de cruauté envers des animaux et de subornation de témoin. Son association est condamnée à une amende de 20 000 euros. Le parquet avait suggéré une amende de 150 000 euros.

Christian Blangis, 67 ans, coupable des mêmes délits, est condamné à deux ans de prison dont un an sursis probatoire pendant trois ans. Au juge d’application des peines d’estimer si la peine peut être aménagée ce qui lui permettrait d’être rapidement libéré. Lui aussi se voit interdit de gérer une entreprise commerciale pendant dix ans et d’avoir une activité liée aux animaux. L’association Animosave qu’il présidait devra verser 15 000 euros d’amende.

L’ensemble des animaux du couple (domestiques et sauvages) a été confisqué par la justice.

Un jugement accueilli avec satisfaction par des associations de défense de la cause animale (ASA 06, Fondation Brigitte Bardot, Confédération nationale de la défense de l’animal...) qui s’étaient constituées parties civiles et dénonçaient depuis 2017 le fonctionnement de ce refuge clandestin de l’Estéron.

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