"Ces victimes viennent passer un message": au procès de l’attentat du 14-Juillet, la force des témoignages

Le procès de l’attentat du 14-Juillet entre mardi dans sa cinquième semaine. À Nice, Cécile Malo, déléguée régionale de la Fondation de France, évoque les enjeux pour les parties civiles.

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Christophe Cirone Publié le 02/10/2022 à 16:55, mis à jour le 02/10/2022 à 16:50
Cécile Malo, déléguée régionale de la Fondation de France Méditerranée, à la sortie du palais Acropolis où est retransmise l’audience. (Photo Christophe Cirone)

Elle a pris quelques instants avant de répondre à nos questions, jeudi dernier, sonnée par la force des témoignages au procès de l’attentat du 14-Juillet. Cécile Malo est déléguée régionale de la Fondation de France Méditerranée. À la sortie du palais Acropolis, elle explique les actions de ce réseau philanthropique et livre son éclairage sur ce procès historique, qui entre dans sa cinquième semaine ce mardi.

Comment est intervenue la Fondation de France après l’attentat?

Nous avons lancé un appel à dons pour intervenir en complément des dispositifs de droit commun - notamment du fonds de garantie d’aide aux victimes. 600 personnes ont ainsi bénéficié d’une aide directe, pour plus d’un million d’euros. Cela a permis d’assurer les premiers frais de soins, de rapatriement de corps, de faire face à une perte d’emploi... Nous sommes aussi intervenus sur des projets d’aides collectives, auprès de Promenade des Anges ou de la fondation Lenval, ainsi que pour l’aide à la recherche. L’idée, c’est de rester là tant que nécessaire.

Avez-vous participé à la préparation du procès?

 

Un an avant, nous avons constaté que rien n’était fait pour le préparer, alors qu’à Paris, c’était deux ans. Comme si le sujet avait été mis sous le tapis. La spécificité ici, c’est qu’il y a des enfants parmi les victimes, et que tout Nice a été impacté. Nous avons donc soutenu le projet de l’association Montjoye pour permettre aux enfants, ados et jeunes adultes de comprendre les enjeux du procès, à travers une plateforme, une vidéo, des livrets pédagogiques... Il y a chez ces jeunes une souffrance qui, à moment donné, les rattrape. Nous échangeons avec l’Education nationale, Lenval, Pasteur, la Ville... Il y a urgence à mettre des mots sur ce qui se passe à Nice. Et je crois beaucoup au procès pour cela.

Qu’avez-vous pensé des témoignages que vous avez écoutés?

J’ai été frappée par la grande intelligence dans les propos. Une maman a dit: "Ma fille est dans la salle, elle entend des choses que je ne lui ai peut-être pas encore dites..." On sent que ces mots sur les maux sont utiles non seulement pour ces personnes, mais pour la société. Pour que l’on comprenne l’impact humain d’un tel acte.

Pour les victimes, témoigner est une épreuve nécessaire?

Certaines ne viendront pas, et on n’a pas à le juger. Mais on voit à quel point venir témoigner à la barre peut apporter. Les gens ne viennent pas par hasard. Ils viennent passer un message, faire exister la victime. Ces photos, ces PowerPoint permettent de mettre des visages sur des noms. C’est très important de les incarner devant la société.

 

Croyez-vous à la dimension "thérapie collective" du procès?

Oui. Cet attentat a touché tous les Niçois. Je crois beaucoup à la nécessaire écoute, par nous tous, de ces gens. Ces gens sont courageux de venir à la barre. C’est notre devoir de les écouter avec respect et humanité.

Il reste trois semaines d’auditions aux parties civiles. Que leur conseilleriez-vous?

(Elle hésite) Très humblement, je leur conseillerais d’écouter leur cœur et de se faire confiance.

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