Ce qu'il faut retenir de l’audition de Christian Estrosi au procès de l’attentat du 14-Juillet

Le maire de Nice, Christian Estrosi, était entendu ce jeudi comme témoin par la cour d’assises spéciale de Paris, ce jeudi après-midi, au 30e jour du procès. Effectifs, caméras, plots en béton... Voici ses déclarations les plus notables, après trois heures d’audition.

Christophe Cirone Publié le 20/10/2022 à 17:47, mis à jour le 20/10/2022 à 17:47
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Christian Estrosi a été entendu par la cour d’assises spéciale, dix jours après l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, ici à Nice dans la nuit du 14 au 15 juillet. (Photo archives Franck Fernandes)

Des dizaines de parties civiles, mais aussi de simples citoyens, assistent à l’audition de Christian Estrosi au palais Acropolis, ce jeudi après-midi, lors du procès de l’attentat du 14-Juillet retransmis à Nice. L’actuel maire de la ville est entendu comme témoin par la cour d’assises spéciale de Paris, avant de céder la place à Philippe Pradal, qui était maire au moment du drame. Amorcée voilà trois heures, son audition était toujours en cours. Voici ce qu’il faut en retenir à ce stade.

Sur la forme

14h35. Paris, palais de justice historique, salle "grands procès". Un bruit de pas décidés rompt le silence. Christian Estrosi s’avance à la barre, costume et cravate sombres. Le président de la cour, Laurent Raviot l’accueille par un "M. le Ministre", au regard de ses fonctions gouvernementales passées.

À l’entame, Christian Estrosi apparaît assez nerveux. Il gagne peu à peu en assurance, en s’appuyant sur les notes étalées sur son pupitre. Le président Raviot fait un rappel préalable: "Vous êtes cité comme témoin aujourd’hui. On n’est pas là pour rechercher une quelconque responsabilité dans les faits qui sont reprochés aux accusés."

Manifestation d’empathie

D’emblée, le maire de Nice songe aux victimes - plus de 250 ont témoigné depuis cinq semaines. "Les Français auront découvert tant de témoignages poignants, éprouvants, si déchirants. Que mes mots ne soient pas mal interprétés: moi, je ne les découvre pas. Je les ai vécus dans cette nuit tragique. Depuis six ans, je ne cesse de les vivre et de les partager."

Christian Estrosi a aussi une pensée pour tous ces intervenants traumatisés. Il évoque son rapport intime à la promenade des Anglais, lui, "fils de Nice", "petit-fils d’immigrés italiens". "J’avais besoin de me confier aussi sur cet avant, qui ne sera plus jamais. Oui, c’est mon avant. Et depuis, il y a mon après." La mort, il l’a côtoyée dans ses vies privée et publique. "Mais ce niveau d’horreur absolue, je ne l’ai jamais connu."

Les responsables de la sécurité

Dans un exposé assez technique, Christian Estrosi rappelle la convention de partenariat nouée à Nice entre police nationale et police municipale. Un partenariat qu’il a voulu, bien que rien ne l’y obligeait, souligne l’édile. Pour autant, chacun son rôle: "Je rappelle que le maire dispose de pouvoirs de police administratifs, mais absolument pas judiciaires."

Christian Estrosi confirme, par ailleurs, qu’il n’existait pas de transmission radio directe entre police nationale et police municipale. Il rappelle au passage que ses équipages avaient appréhendé le futur terroriste, en janvier 2016, pour des violences sur un automobiliste. Et que c’est la police municipale qui a passé le premier message d’alerte, le 14 juillet, à 22h33.

Le rôle de la vidéoprotection

Chez les parties civiles, la question est sensible. Comment le terroriste a-t-il pu faire une dizaine de repérages au volant d’un 19-tonnes, dans la ville la plus vidéosurveillée de France?

Christian Estrosi rappelle que ce réseau de caméras, il l’a voulu et développé. "Nous avons recruté 100 agents de plus [pour visionner les images]." Le 14 juillet 2016, il y avait à Nice 1836 caméras à Nice, dont 21 sur la Prom’, qui n’en avait pas avant. "Les images sont vues par des opérateurs qui se relaient. La Ville n’en a pas un usage exclusif. Ceci est un usage totalement partagé."

Les repérages? "Aucun être humain ne peut visualiser 1836 caméras au même moment, et toutes ne peuvent être retransmises sur les écrans", insiste le M. Sécurité de l’époque. "La réitération et la détection de ces passages ne pouvaient être détectées à l’œil humain. Il faudrait pour cela un algorithme. Aujourd’hui encore, la réglementation ne le permet pas. Je le réclame depuis de nombreuses années. J’avais demandé la reconnaissance faciale pour la sécurisation de l’Euro et de la Prom’ Party."

L’absence de plots en béton

"La menace terroriste est toujours protéiforme, fait observer Christian Estrosi. À l’époque, il n’a jamais été demandé à la ville de Nice, comme partout ailleurs, d’utiliser des glissières en béton, contrairement à ce qui a été affirmé à de nombreuses reprises. Aucune glissière n’avait été installée pour l’Euro."

La meilleure mesure de protection envisagée, à l’époque, est celle du "positionnement de policiers en arme longue". "Alors certes, a posteriori, on peut toujours se demander pourquoi on n’a pas imaginé ce qui était alors impensable. Mais de fait, aucune réunion préparatoire ne l’avait envisagé."

L’anticipation de la menace

Dans ses questions, le président Laurent Raviot insiste néanmoins. De nombreuses victimes ont pointé du doigt un "manque de sécurisation de la manifestation" à leurs yeux. "Est-ce que vous ne pensez pas, rétrospectivement, qu’il a pu manquer quelque chose dans la vigilance des pouvoirs publics sur la sécurité de la ville de Nice?"

Christian Estrosi rappelle que la Ville avait pour vocation de "répondre strictement aux préconisations" du préfet, renvoyant à son tour la balle dans le camp de l’Etat. Y a-t-il eu "relâchement", insiste le président? "C’est une question qu’on peut se poser tous, convient l’ex-premier adjoint chargé de la sécurité. Il suffit de voir nos feuilles d’effectifs pour se dire qu’à l’époque, il n’y a eu aucun relâchement par rapport à l’Euro." Et de préciser: "Depuis, nous n’avons plus la même doctrine d’organisation d’événements partout en France. Je ne suis pas sûr que la plupart des grandes avenues de France, aujourd’hui encore, soient sécurisées de la même manière..."

Le sens du procès

Tant dans ses déclarations spontanées que dans ses réponses, Christian Estrosi aura très majoritairement évoqué la sécurité du 14-Juillet à Nice, bien que ce ne soit pas l’objet de ce procès. "Face aux interrogations légitimes, il faut apporter des réponses. L’attentat a été perpétré par un ignoble barbare. Il a été commis avec l’appui de complices qu’il appartient à la cour de juger", souligne-t-il. Le président Raviot le reprend au vol: "Ce sera le rôle de la cour de juger si Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a bénéficié de complicités".

Comment il a vécu l’attentat

Christian Estrosi aura un peu fendu l’armure au moment d’évoquer son rapport à l’attentat. Sa gorge se noue lorsqu’il évoque son inquiétude pour ses filles, la découverte des "cadavres à perte de vue", ses agents effondrés, l’appel réconfortant du Pape François. "Je devais ne pas me laisser submerger par l’émotion." Il admet, aussi, avoir réagi de manière "véhémente" quand il a été écarté d’une réunion en préfecture avec le ministre de l’Intérieur. Une polémique retentissante éclatera entre eux.

Reste à voir comment les parties civiles auront perçu cette expression d’humanité, dans la voix de l’un des organisateurs des festivités du 14-Juillet.

Après lui, Philippe Pradal, ce fidèle à qui Christian Estrosi avait laissé sa place de maire pour cause de cumul des mandats un mois avant l’attentat, devait à son tour être entendu par la Cour. 

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