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Braquage de bijouterie : Pink Panthers ou pas ?

Le procès de Nikola Ivanovic, l'un des braqueurs de la bijouterie Ciribelli en 2007, se poursuit aujourd'hui autour de sa personnalité. Il est soupçonné de faire partie de l'organisation criminelle

Amélie Maurette Publié le 12/01/2016 à 05:11, mis à jour le 12/01/2016 à 05:12
Hier, au premier jour de son procès devant le tribunal criminel de Monaco, l'accusé a présenté ses excuses aux victimes. Jean-François Ottonello

C'est un grand costaud, l'air un peu abattu, nerveux, qui s'est présenté hier devant le tribunal criminel de Monaco, l'équivalent de la cour d'assises française. Nikola Ivanovic, Monténégrin né en 1973, est jugé jusqu'à ce soir pour le vol à main armée de la bijouterie Ciribelli, le 21 juin 2007 à Monte-Carlo (lire ci-dessous). Avec un complice, Zoran Kostic, lui aussi Monténégrin - absent à l'audience car purgeant une peine en France pour d'autres faits commis dans l'Hexagone - ils avaient fait main basse sur 33 montres de luxe. Montant évalué du butin : 453 456 euros.

Arrêtés à Paris en 2009, les deux hommes, qui ont reconnu le braquage, sont soupçonnés de faire partie des Pink Panthers, organisation criminelle des Balkans spécialisée dans le braquage ultrarapide de bijouteries à travers le monde.

Vendues à Milan

« Vous nous dites que nous avons affaire à des professionnels, mais ça ne l'est pas vraiment de laisser ses empreintes partout comme ça sur les lieux du braquage ? Soit ce sont des pieds nickelés, soit ils se sentent supérieurs… », s'interroge la présidente du tribunal, Virginie Zand, face au premier témoin, un commandant de police de la Sûreté publique ayant participé à l'enquête.

« C'est justement la méthode des Pink Panthers. Ils se savent connus, ils s'en fichent », estime l'enquêteur.

 

C'est l'une des questions qui est revenue au cours de cette première audience : réseau ou pas réseau ?

« Pourquoi venir sur la Côte d'Azur ? » demande la présidente. « Pour les vacances », répond Ivanonic, en faisant l'effort de parler français malgré la présence d'une interprète. Pourquoi le braquage ? « Je devais beaucoup d'argent », poursuit-il. « Vous venez en vacances sur la Côte sans argent ? » ironise la présidente.

Les liens entre les deux hommes ? « On est du même village. Je ne l'avais pas vu depuis cinq, six ans. »

« Et vous partez en vacances avec ? »

Et quid des montres volées ? « Toutes de la même marque, ça ressemble à une commande », lance Virginie Zand. « Non, c'est parce qu'elles sont plus chères, faciles à revendre », reprend Ivanovic. « Comment savez-vous ça ? On dirait bien que vous êtes un homme de l'art… »

Où ont-elles fini ? « Vendues 200 000 euros à un gitan de Milan », indique l'accusé. « Vous saviez donc qui appeler ? »

 

« Oui. »

À l'évocation des Pink Panthers, Nikola Ivanovic est catégorique : c'est non. « Je n'ai pas de chef, je fais ce que je veux », répète-t-il, après avoir confirmé la liste des fric-frac qu'on lui attribue. Six entre 2004 et 2009. France, Monaco, Allemagne, Suisse.

Puis, face aux victimes, la vendeuse de la bijouterie d'abord, le jeune papa entré dans la bijouterie avec son fils ensuite, Nikola Ivanovic s'est montré plus mal à l'aise. Ne sachant que faire de ses mains, les croisant et les décroisant dans son dos, il a, à plusieurs reprises, présenter ses excuses.

« J'ai eu le temps de réfléchir en prison. Qu'est-ce que j'ai fait de ma jeunesse ? », souffle celui qui est incarcéré depuis le 11 mai 2009 en France et qui a été extradé à Monaco en mai dernier. « Je vais arrêter, je n'ai pas le choix. »

Excuses aux victimes

Pour les faits qui lui sont reprochés, vol à main armée, Nikola Ivanovic risque de cinq ans de prison ferme à la réclusion à perpétuité. « L'enjeu n'est évidemment pas de jouer sur la culpabilité, il a avoué. Mais je demanderai une application de peine bienveillante. Une peine qui soit la plus humaine possible, confiait hier soir Me Christophe Ballerio, l'avocat du braqueur. J'insisterai aussi sur le fait que, malgré les antécédents, c'est un homme que l'on juge, et c'est seulement l'affaire de Monaco. »

Son procès se poursuit aujourd'hui en se concentrant sur sa personnalité.

Son complice, lui, fait l'objet d'une demande d'extradition. À la fin de sa peine en France, il doit être jugé pour cette même affaire, pour vol à main armée et menaces de mort. Ce sera à Monaco.

 

Un père, son bébé et la vendeuse mis en joue

Le scénario est assez simple. Et se joue en quelques minutes.Les bandes de vidéosurveillance de la boutique, visionnées à l’audience hier, viennent le rappeler. Ce 21 juin 2007, il est 11h50 quand Nikola Ivanovic entre dans la bijouterie Ciribelli. Vêtu d’un costume clair, il se présente comme un client et demande à voir plusieurs montres de luxe. Un couple de clients entre à son tour, puis ressort.Avant qu’un nouveau client et son fils de deux ans et demi, pénètrent à leur tour dans la boutique pour faire changer un bracelet de montre. La vendeuse s’exécute.Et continue de s’occuper de Nikola Ivanovic.
À 11h56, un homme en costume sombre arrive dans la bijouterie.C’est Zoran Kostic.En quelques secondes, il met en joue le père et son fils, la vendeuse, et donne sa mallette à Nikola Ivanovic. Lui s’occupe d’ouvrir les vitrines et de saisir les marchandises. En quelques secondes, les deux hommes emportent 33 montres, 32 en présentation dans la bijouterie et celle que le client était venu faire réparer.
Ils prennent ensuite la fuite à pied en direction de la rue des Citronniers et récupèrent leur voiture, une Fiat 500 volée à Nice quelques jours plus tôt, stationnée au Portier.Entre-temps, un jeune homme se lance à leur poursuite : Zoran Kostic le stoppe en le menaçant avec son revolver. Les deux hommes quittent finalement la Principauté par Cap-d’Ail. Le véhicule sera retrouvé sur le parking d’une résidence cap-d’ailloise, le 18 juillet suivant, contenant notamment un téléphone et l’arme ayant servi au braquage. Nikola Ivanovic et Zoran Kostic sont finalement interpellés dans un hôtel parisien, le 11 mai 2009.

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