Avec 10.000 euros par mois, "je n’ai plus les moyens de payer": un père divorcé condamné pour abandon de famille

Un père divorcé a été condamné pour abandon de famille par le tribunal correctionnel de Monaco. Si la partie civile a été déboutée de ses demandes d’arriérés, le prévenu devra lui verser 3.000 euros pour tous préjudices confondus.

Article réservé aux abonnés
JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 09/12/2022 à 09:08, mis à jour le 09/12/2022 à 13:40
Le prévenu devra s’acquitter de la somme de 3.000 euros. Photo S. B.

En son âme et conscience, aurait-il eu l’intention de payer la pension alimentaire fixée par le juge conciliateur en janvier 2019, s’il disposait encore des mêmes moyens financiers qu’à l’époque?

À la barre, un ressortissant italien est venu justifier du non-paiement de la somme de 6.800 euros, due à son épouse dans le cadre du divorce, et de la part contributive de 1.500 euros par enfant, pendant plus de deux mois.

C’était un temps, révolu depuis juin 2021, où ce gérant de société émargeait un état d’appointements de 45.000 euros. Un salaire confortable qui aurait fondu aux trois quarts avec la chute de l’activité principale de son entreprise!

Avec 10.000 euros par mois, "je n’ai plus les moyens de payer"

Le président Florestan Bellinzona s’est enquis des raisons qui ont entraîné son comportement d’abandon de famille. "Je suis dans la plus mauvaise des situations, a commenté le prévenu de 57 ans. Je n’ai pas les moyens de régler les sommes annoncées. Il me reste bien des sociétés africaines, mais elles ne me rapportent plus rien..."

Le magistrat l’interrompt pour l’informer: "Votre ex-épouse prétend le contraire et malgré la réduction de votre sphère commerciale vos dividendes plafonneraient encore à 35.000 euros mensuels. Elle fait même état de votre chiffre d’affaires en 2021, avec quelque 1.700.000 euros."

Le ton du quinquagénaire est monté d’un cran: "Avec une rémunération actuelle d’à peine 10.000 euros par mois, je n’ai vraiment plus les moyens de payer..."

L’assertion a irrité, voire agacé le conseil de la partie civile. "Les pièces produites à la dernière minute pour cette audience sont inacceptables, s’est indigné Me Grégoire Gamerdinger. Les faits concernent la capacité ou son contraire de s’acquitter de la pension à cause de difficultés financières? On peut s’interroger sur la réalité de cette situation inversée quand c’est le prévenu qui fixe lui-même son salaire. Outre d’autres excuses et dépenses étrangères avancées dans cette affaire, quand on est propriétaire d’un chalet, on le loue au moins pour solder ses dettes."

"Ma conscience est propre"

Et l’avocat de préciser aussitôt: "Il a préféré en faire don à son fils. Avec des comptes positifs, Monsieur ne fait que se venger de la plainte déposée par ma cliente, dépourvue de tout revenu. Obligée d’être hébergée par des amis, forcez le prévenu à s’acquitter d’une somme totale de 71.000 euros, tous préjudices confondus."

Le procureur général Morgan Raymond, après le constat d’un versement de 12.000 euros pour éponger une partie des sommes en souffrance depuis six mois, a hésité entre deux réflexions: "Le défaut de paiement, est-il volontaire ou non ? C’est cela qui doit vous préoccuper à la suite d’une baisse importante des revenus avérée par le prévenu. N’oubliez pas toutefois les biens immobiliers en Italie de ce Transalpin qui pourraient participer au paiement réclamé. Prévoyez une amende de 2.500 euros."

La réaction du mis en cause, afin d’assurer sa propre défense, est sévère pour son ex-épouse accusée de tous les maux. "J’ai fait tout ce qui était possible. Ma conscience est propre..." a-t-il conclu.

Le tribunal, après en avoir délibéré, a suivi les réquisitions du ministère public. S’il a débouté la partie civile du paiement des arriérés, il lui a octroyé la somme de 3.000 euros au titre des préjudices matériel et moral.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.