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Auteur d'une lettre diffamatoire pour anéantir un rival de Monaco, il ne l'avait jamais diffusée: le prévenu relaxé

C’est une affaire typique du microcosme local à Monaco. Un fait supposé en vue de représailles pour anéantir un rival jugé présomptueux. Mais le litige, un recel de faux en écriture privée, n’a jamais été divulgué. Le dossier a tout de même été évoqué au tribunal correctionnel.

Jean-Marie Fiorucci Publié le 22/12/2020 à 07:30, mis à jour le 21/12/2020 à 23:01
Le palais de justice de Monaco. Photo JFO

À l’époque, il était question de nuire à un responsable de la fédération monégasque de ski après les mauvais résultats obtenus dans cette discipline sportive par sa fille.

Un document dans son coffre-fort

À l’audience, l’objection captieuse oppose deux nationaux. Un prévenu de 68 ans, gérant de société au confortable salaire de 250.000 euros mensuels (dixit l’intéressé), et la victime de 64 ans, adjoint à la mairie du Rocher.

Le premier, en froid avec la justice depuis 2018, détenait dans son coffre-fort, un document découvert au cours de la précédente enquête.

Écrit de la main d’un ancien pilote automobile (absent au débat) le 21 février 2013, sous la dictée de l’agent immobilier, il éveillait avec ostentation les éventuels soupçons de corruption reprochés à l’élu.

 

Quand le plaignant occupait le poste de surveillant au port Hercule, l’obtention d’un mouillage aurait été conditionnée par le versement obligé d’un bakchich. " Les places sont chères pour s’ancrer sur le plan d’eau de la Condamine, reconnaît le demandeur à la barre. Mais l’assertion de rémunération occulte est illusoire et infondée. Cela m’a porté préjudice, sans pour autant me mettre en danger. La demande était injustifiée. Cet homme était dans le déni. Car tout avait été entrepris au niveau des entraînements pour donner des chances de victoire à sa fille..."

Me Régis Bergonzi, pour la partie civile, a rebondi sur les conséquences. " Ce personnage malfaisant voulait écarter carrément mon client avec cet enfantillage sur fond de chantage et donner du crédit à des balivernes. Jusqu’à faire cosigner le document par le numéro deux de la police monégasque pour l’authentifier. Même lu simplement en diagonale, cela reste effroyable ! C’était une arme basée sur la mauvaise foi en prévision de bouleverser la carrière de la victime au moment de la pleine période électorale. C’est une découverte très choquante..."

Le document n’a pas été utilisé

Il est réclamé l’euro symbolique pour le préjudice d’image subi par le demandeur et 2.500 euros pour les frais de procédure.

 

Le président Jérôme Fougeras Lavergnolle (assesseurs : Mme Françoise Dornier et M. Adrien Candau), des plus pointilleux au cours de l’instruction du dossier, s’est inquiété de telles manœuvres. " Vous êtes poursuivi pour recel et complice de la rédaction. Expliquez-vous ! "

Pour le prévenu, c’est une erreur... Remuant le couteau dans la plaie, le premier substitut Olivier Zamphiroff a rappelé les rôles de l’auteur de la machination, puis du commandeur qui dicte le sujet infamant. " Il se sert d’une rumeur qui circule à Monaco. Ce n’est pas très beau de faire un faux afin de protéger la destinée de sa fille. Même s’il est resté dans un coffre, cela n’efface pas la constitution du délit. Une amende ferme entre 8.000 et 10.000 euros ".

À l’issue d’un long délibéré, le tribunal a relaxé le mis en cause. Faut-il s’en étonner ? Le document a été retrouvé trois ans plus tard dans le coffre de l’agent immobilier. Il y a prescription.

Puis, on ne peut être à la fois auteur et receleur d’un même fait. Seul l’usage de ce document aurait permis une condamnation.

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