"Arrêtez cette situation invivable!": des époux dans la discorde condamnés à des amendes à Monaco

Tribunal correctionnel Quel fiasco pour ce couple de quinquagénaires. De l’intense émotion au jour de leur union en janvier 2020, le couple est très vite passé à une situation invivable.

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 29/01/2022 à 10:39, mis à jour le 29/01/2022 à 10:39
Après un mariage célébré en janvier 2020, les deux époux expliquent que leur quotidien se résumait ensuite à des empoignades et violences physiques. Photo d’illustration Franck Fernandes

Il était récemment question d’amour toxique dans un couple marié au Palais de justice. Le coup de foudre de leur rencontre en décembre 2019, et leur union célébrée en janvier 2020 faisaient place au tonnerre un mois plus tard. Aujourd’hui, ces quinquagénaires ne goûtent plus que reproches et violences réciproques étalées devant le tribunal correctionnel, où ils sont à la fois prévenus et victimes. Dans ce déballage de "linge sale", on évoque pêle-mêle, des empoignades, gifles, coups de pied et coups de poing où l’un comme l’autre a fini au sol.

Des petites phrases assassines à la barre

Toutes les interventions des policiers, pourtant expérimentés dans ce domaine conflictuel, n’apporteront aucun apaisement lors des affrontements. Au point de tenter des expertises psychiatriques personnelles. Résultat: aucun trouble, chez l’un comme chez l’autre. À part une certaine propension remarquée chez le mari à accompagner ses journées de quelques verres d’alcool.

À la barre, un garçon de bureau monégasque et une gérante de société suédoise poursuivent ce climat de tension. Avec plus de modérations certes devant les juges. Sans s’empêcher de balancer quelques phrases assassines où chaque conjoint en prend pour son grade. En fait, leur bonheur a été gâché par une mésentente réciproque entre la progéniture respective des époux.

"Dès que je suis au téléphone avec mes enfants ou ma mère, c’est le drame. Mon épouse devient furieuse et c’est toujours le voisinage qui intervient. Elle ne comprend pas la relation amicale poursuivie avec mon ex-femme. En février, elle a commencé à tout casser dans la maison. Quand j’ai voulu balayer, elle m’est tombée dessus. J’accepte l’humiliation. Mais jusqu’à quand?"

"Pourtant nous nous aimons"

Réaction instinctive du président Florestan Bellinzona (1): "Pourquoi êtes-vous encore mariés? Arrêtez cette situation invivable!"

 

La prévenue, attristée de livrer sa vie devant le tribunal, avance aussitôt: "En juin dernier, Monsieur m’a saisi par les poignets afin de m’arracher le sac. Il voulait récupérer son argent et m’empêcher de sortir." Un geste survenu dans un excès de nervosité, pour le mari. "Car il est difficile de se maîtriser quand on insulte en permanence votre famille. Pourtant nous nous aimons. Aujourd’hui mon épouse est partie..." L’occasion de clarifier la situation pour le magistrat: "N’est-ce pas le moment idéal pour mettre un point final à votre discorde?"

Plusieurs condamnations

Au rang des autres ratés du couple toxique, cet homme cumule huit condamnations pour ivresses, escroquerie, chèque en bois, violences depuis 2005. Madame, une seule. Le premier substitut Julien Pronier, en bon pédagogue, fait passer un message. "Ce dossier sort des schémas classiques de violences conjugales, mais il est plus complexe avec des infractions à répétition. L’agitation dénoncée par les voisins démontre leur incapacité de vivre ensemble et de ne plus se retrouver. 90 jours-amendes à 10 euros pour monsieur, 60 pour madame."

Le tribunal, après délibération, a conservé le quota réclamé par le ministère public, mais au prix de 20 euros (2).

La défense du couple, assurée par Maîtres Clyde Billaud et Maeva Zampori, évoque deux prévenus qui se sont trop vite mariés.

 

"Ils s’aiment, même s’il règne un climat de tension permanente. Si les difficultés rencontrées sont alimentées par le contexte familial très confus, la période de confinement n’a pas arrangé les choses. Complications et confusions ne s’expliquent pas quand elles sont liées à l’amour. Monsieur, véritable époux sentimental, propose la main tendue à son épouse. N’oubliez pas que la commission de discipline attend toujours votre décision pour l’autoriser à reprendre son travail ou de choisir la retraite anticipée. Alors, envisagez une dispense de peine ou bien de travail d’intérêt général…"

Il sera sollicité l’euro symbolique par la victime-prévenue pour des hématomes.

1. Assesseurs : Alexia Brianti et Aline Brousse.
2. À chaque tranche de 20 euros non payée correspondra à un jour de détention à effectuer.

Le confinement n’a pas arrangé les choses

La défense du couple, assurée par Maîtres Clyde Billaud et Maeva Zampori, évoque deux prévenus qui se sont trop vite mariés.

"Ils s’aiment, même s’il règne un climat de tension permanente. Si les difficultés rencontrées sont alimentées par le contexte familial très confus, la période de confinement n’a pas arrangé les choses. Complications et confusions ne s’expliquent pas quand elles sont liées à l’amour. Monsieur, véritable époux sentimental, propose la main tendue à son épouse. N’oubliez pas que la commission de discipline attend toujours votre décision pour l’autoriser à reprendre son travail ou de choisir la retraite anticipée. Alors, envisagez une dispense de peine ou bien de travail d’intérêt général…"

Il sera sollicité l’euro symbolique par la victime-prévenue pour des hématomes.

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