Rubriques




Se connecter à

A Monaco, le violeur qui prétendait être le petit-fils d'Aimé Césaire écope de 15 ans de prison

Mardi soir, très tard, à l’issue de sept heures de délibération, le Tribunal criminel de Monaco s’est prononcé sur la culpabilité de Frédéric Césaire-Valéry. Sa peine est assortie d’une injonction de soins

Jean-Marie Fiorucci Publié le 10/02/2021 à 21:31, mis à jour le 10/02/2021 à 21:38
L’accusé se prétendait le petit-fils de l’écrivain Aimé Césaire. Photo Jean-François Ottonello

Un verdict sans appel ! Frédéric Césaire-Valéry a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle, plus cinq ans d’injonction de soins par le Tribunal criminel. L’arrêt a été rendu avant-hier soir, vers 23 h 30, par la présidente Françoise Carracha, entourée de deux assesseurs (*) et de trois jurés populaires. L’accusé, un jardinier de Monaco natif de la Guadeloupe, a été reconnu coupable de viol, violences et tentatives d’assassinat sur sa compagne et des violences sur mineur. Que faut-il retenir après sept jours de débats à huis clos ? Une ambiance lourde qui a marqué les esprits par ses péripéties dramatiques !

"Ce procès doit servir d’exemple !"

L’homme a du mal à s’exprimer. Incapable d’éprouver des sentiments, il est sujet à de brusques attaques convulsives avec pertes de connaissance.

Alors, les plaidoiries des parties civiles sont sévères. Pour Me Anne Bouillon, du barreau de Nantes, « ma cliente n’a aucune responsabilité dans ce qui lui est arrivé. Le seul coupable du viol c’est l’homme qui est dans le box. Ce dossier est révélateur des violences conjugales. Un véritable système organisé et protéiforme de domination de l’autre et d’une prise de pouvoir qui peut conduire jusqu’au viol, au meurtre. En fond, les carences des institutions judiciaires et policières afin de protéger les femmes ! Ce procès doit servir d’exemple ! À chacun d’en tirer les leçons pour que la parole féminine puisse être dignement accueillie et une véritable protection accordée. »

Le Bâtonnier Régis Bergonzi en est persuadé : « après avoir battu et violé sa compagne, l’accusé, arrêté, a profité d’une remise en liberté, pour planifier l’assassinat de celle-ci une semaine plus tard. La préméditation devra être reconnue par le tribunal.

 

« Cet homme s’est crû bon de disposer du droit de vie et de mort sur cette femme et infliger des violences à son fils. Sa personnalité narcissique et paranoïaque explique la brutalité subie par ses ex-compagnes. Pour écarter le grand risque de récidive, il faut une décision apte à défendre cette famille et la société. À défaut, les victimes vivront dans la peur de sa prochaine remise en liberté. »

« Un menteur né »

Me Bernard Sivan, du Barreau de Nice, conseil du père de la victime, parle de son client « très malade. Ses médecins lui ont interdit d’être au procès, même s’il veut défendre l’honneur de sa fille adorée ! » Alors, l’avocat compare l’accusé à Janus, le dieu romain aux deux visages. « En société, c’est le beau parleur, dévoué, sympathique. Mais une fois la porte de la chambre fermée, il exprime sa fureur, sa jalousie. Il a besoin d’être la victime d’une autre… C’est un menteur né qui se prétend petit-fils d’un grand homme de lettres guadeloupéen. Ce qu’il a nié pendant les trois ans de l’instruction, il l’a reconnu a minima à ce procès. »

Les réquisitions millimétrées et la parfaite connaissance du dossier du premier substitut Cyrielle Colle ont été appréciées unanimement. Après la démonstration de la matérialité des infractions et les détails de l’affaire, dix-huit ans de réclusion ont été réclamés avec une injonction de soins dès la sortie de prison de l’accusé. Comme il avait fait un petit pas sur une infime partie des faits reconnus, la procureure a fait de son côté un petit pas sur une réduction minime de la peine réclamée initialement.

Un verdict « un peu bas » de l’avis des parties civiles

Le Bâtonnier Régis Bergonzi a souhaité réagir à l’annonce du verdict. « Je suis naturellement satisfait que l’accusé ait été reconnu coupable des deux crimes de viol et de tentative d’assassinat qu’il niait farouchement ainsi que de toutes les violences conjugales dénoncées. La parole des parties civiles a été entendue. Nous accueillons favorablement le fait que ses explications aient été écartées et que la justice soit faite. »
« Le verdict est en revanche un peu bas de l’avis des parties civiles au regard de la réalité de ces crimes particulièrement traumatiques qui ont si durement frappé les victimes dans leurs âmes et dans leur chair. Le Tribunal criminel a certainement voulu croire au très hypothétique amendement de cet homme au terme d’une longue période de réclusion. Mais il n’empêche que ce soir, elles ne pourront qu’appréhender le jour de la prochaine remise en liberté de leur agresseur. »

« L’amour paternel a manqué à mon client»

Me Thomas Brezzo, chargé de la défense de l’accusé, a insisté sur les raisons d’un drame humain au cours des deux heures de sa plaidoirie. « D’accord pour les violences. Mais mon client conteste le viol. D’ailleurs, les éléments connus ne permettent pas d’affirmer avec certitude ce qui s’est passé dans le huis clos conjugal cette nuit du 28 au 29 septembre 2017. Une semaine plus tard, il commettait l’irréparable : blesser le fils de sa compagne à qui il donnait un coup de couteau. Avait-il l’intention de la tuer ? Je ne pense pas ! Je n’y crois pas ! Au tribunal de répondre. Mais une chose est sûre : l’amour paternel lui a manqué… »


«Il s’agit d’une décision sévère, déclare l’avocat, mais je constate que le tribunal a pris en compte notre argumentation en accordant à mon client le bénéfice des circonstances atténuantes et ainsi réduit la peine bien en deçà du maximum encouru – la perpétuité – ou celle réclamée par le procureur général et les avocats et des parties civiles. »

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.