À Monaco, la justice a tranché pour les deux époux soupçonnés de violences conjugales sur fond de séparation conflictuelle

Le couple avait étalé ses démêlés pour prévoir un divorce aux enjeux financiers. Mais il ne pourra pas se servir du jugement dans le cadre de sa rupture du mariage civil

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JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 28/11/2022 à 14:35, mis à jour le 28/11/2022 à 14:34
Au Tribunal correctionnel de Monaco, les deux époux ont été relaxés, faute de savoir qui, de l’homme ou de la femme, a engendré le premier les violences annoncées. Photo archives photo N.-M.

Il était, sans grand étonnement, question d’un "procès de l’argent", afin de matérialiser la volonté de séparation entre époux, à l’audience!

Certes, une bataille de chiffres et des sommes conséquentes ont circulé pendant le procès.

Pour Me Pierre-Olivier Lambert, du Barreau de Paris, "à travers ses accusations, la prévenue - (une blonde de 35 ans, d’origine ukrainienne et sans profession) - utilise cette procédure pénale afin de bénéficier des 50.000 euros mensuels obtenus par la justice". Une volonté implicite peut-être.

Mais la somme a été fixée au titre de la contribution à l’éducation et à l’entretien de son fils mineur par le juge aux affaires familiales. Car cette mère et son petit occupent toujours l’appartement de 350 m2 du couple à Monte-Carlo.

"Une famille qui transpire des sentiments de pouvoirs"

Son contradicteur, Me Christophe Sosso, avait annoncé "le procès de la puissance avec une famille qui transpire des sentiments de pouvoirs".

L’adversaire corpulent de 44 ans est membre d’un empire pharmaceutique à la fortune évaluée à plus de 1,3 milliard d’euros. Cependant, l’argent ne permet pas tout pour l’avocat monégasque.

"Le préjudice moral de 150.000 euros, avancé par le prévenu, d’où sort-il? Nous demandons des dommages moraux, moins gourmands: 35.000 euros."

Au président Jérôme Fougeras Lavergnolle d’arpenter les responsabilités afin de capter les moindres subtilités dans les déclarations contradictoires des conjoints.

Faire la part du vrai et du faux? Pas facile quand l’un comme l’autre joue sur les deux tableaux de prévenus et victimes.

Plus clairement, Monsieur conteste les actes délictueux dénoncés par son épouse dans une plainte. S’il s’avoue coléreux, il a toujours respecté ses obligations sociales.

Dès lors, il atteste des tendances brutales de sa femme avec un certificat médical de deux jours d’ITT. Il réside actuellement dans une villa cossue de Cap-d’Ail.

Madame, en revanche, révèle un mari violent, bipolaire. Et surtout infidèle depuis la perception d’ébats érotiques avec une partenaire, entendus au cours d’un appel téléphonique pendant son voyage en train à Moscou pour voir sa mère. Furieuse, elle est aussitôt retournée au domicile conjugal pour se venger et entamer une procédure de divorce.

"On ne saura jamais qui a commencé le premier au sein du couple"

À partir du huis clos familial, les comportements divergent. Quand l’une s’est estimée agressée, blessée, humiliée, pour l’autre, il est évident et avéré que son attitude est demeurée pacifique et toute brutalité évitée. Chacun a campé éternellement sur ces mêmes thèmes. Au point d’exaspérer le substitut Emmanuelle Carniello.

"Dans cette affaire, on ne saura jamais qui a commencé le premier au sein du couple. Tout est à charge dans les deux sens. Si l’on s’en tient au contenu du dossier, chacun des conjoints est coupable. On ne doit jamais lever la main, d’un côté comme de l’autre.". Il est requis une peine commune d’un mois avec sursis pour les prévenus.

Le tribunal, après un long délibéré, s’est inspiré des réquisitions du ministère public puisqu’il a relaxé les deux époux rivaux.

Une décision marquée du sceau de la légitime défense. Car le dossier ne démontre à aucun moment qui, de l’homme ou de la femme, a engendré le premier les violences annoncées. Dans le doute, les juges les ont relaxés.

Un poste de diplomate refusé à l'époux

Dommages collatéraux? Dans sa plaidoirie, l’avocat parisien a mis l’accent sur l’honnêteté de son client au cours des débats. S’il comprend, en partie, la fureur de l’épouse dans ses allégations, il a réfuté toutes accusations de violences, de dépendance à la drogue, de faux témoignages, etc.

"Comment cette véritable armoire à glace de 120 kg aurait pu brutaliser la prévenue de 50 kg parce qu’il voulait s’enfuir de l’appartement? Une ITT de zéro jour sur le certificat médical prouve la véracité de son comportement. Mon client n’est pas une personne dangereuse. Il n’a jamais menti! Mais il a un préjudice sérieux. Il devait obtenir un poste de diplomate (Le couple a la nationalité kitticienne et névicienne. Saint-Kitts-et-Nevis est un territoire de 261 km² situé dans l’archipel de la Caraïbe et considéré comme le plus petit état souverain de l’hémisphère nord. Ce paradis fiscal a toutefois signé trente-quatre accords internationaux d’échanges de données fiscales et il figure sur la liste blanche de l’OCDE. L’impôt pour les personnes physiques n’existe pas. Mais celui sur les sociétés y est appliqué., ndlr). Impossible sans la résidence à Monaco. Or, à la vue des faits de violences dénoncés, la Sûreté publique a émis un avis négatif et sa nomination a été refusée. Les dommages sont conséquents! Cette décision de relaxe pourrait éventuellement permettre de rebattre les cartes..."

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