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VIDEO. Cette école initie ses élèves à la philo, pour désamorcer la violence

Mis à jour le 11/04/2019 à 16:58 Publié le 12/04/2019 à 11:30
A l'école Ronchèse à Nice, les écoliers en atelier philo

VIDEO. Cette école initie ses élèves à la philo, pour désamorcer la violence

Pour améliorer le climat scolaire, favoriser l'empathie, prévenir le harcèlement scolaire, cette école niçoise teste des ateliers philo. Comment les enfants accueillent-ils ces séances? Qu'en retirent-ils? Quel est l'impact? On a suivi ces "apprentis philosophes" pendant cette expérience.

Lundi matin 8h20. La cour de récréation de l'école Ronchèse à Nice bruit de rires et de cris.
La sonnerie met fin aux courses poursuites et bousculades. Pour Sarah, Marlène, Léo, Lucas et les autres élèves de CM2 c'est l'heure de l'atelier philo. Une première dans cette école du centre-ville de Nice.

Pour préparer "ses" élèves à l'entrée en 6e, leur permettre d'être mieux armés face à la violence, au harcèlement, Marie Grimaldi, la volubile directrice a décidé d'inviter la philo à l'école.
"Pour les faire grandir", elle a contacté l'association Seve "Savoir être et vivre ensemble".  Fondée par le médiatique philosophe Frédéric Lenoir, à l'affiche du film "Le cercle des petits philosophes", elle a été agréée par le ministère de l'Education nationale.

Voix calme, doux sourire accroché aux lèvres, Sylvie Sicamois, art-thérapeute, accueille les écoliers dans une salle baignée de lumière où sont exposés des portraits d'enfants.

Elle les invite à s'asseoir en cercle. L'atelier peut commencer.

Il démarre par 5 minutes de méditation laïque.

Dos droit, les yeux fermés, les écoliers ressentent leur souffle, et s'initient à la pratique de l'attention.
Dos droit, les yeux fermés, les écoliers ressentent leur souffle, et s'initient à la pratique de l'attention. Photo Philippe Bertini

"Dans ce monde où tout le monde court, explique-t-elle à l'isssue de l'atelier, on n'a pas le temps de s'occuper de ses sensations. C'est important d'apprendre à ressentir ce qu'il se passe à l'intérieur de notre corps par des temps où on se pose. C'est une habitude qu'on peut donner aux enfants et aux adultes, comme se laver les dents le matin pour revenir à soi, ressentir ses émotions."

Sylvie Sicamois, art-thérapeute, anime l'atelier philo.
Sylvie Sicamois, art-thérapeute, anime l'atelier philo. Photo Philippe Bertini

Fixer les règles de communication

Puis c'est au tour des écoliers de prendre la parole afin de fixer les règles de communication
"Pour communiquer en confiance, on a besoin de quoi?" interroge Sylvie.
Quelques doigts se lèvent, timidement.
"On lève la main avant de parler."
"On laisse la personne terminer."
"On écoute."
"On ne se moque pas."

"Avec la philo on ne se trompe pas, on se pose des questions"

Quand Sylvie leur demande ce qui peut les empêcher de s'exprimer, une fillette répond: "j'ai peur de me tromper." Un autre avoue redouter le jugement des autres.
"Avec la philo, on ne se trompe pas, leur explique Sylvie Sicamois. On se pose des questions, toutes les réponses sont bonnes."
Le cadre ainsi fixé - ne pas se moquer, être bienveillant, faire attention à ne pas blesser l'autre - la discussion peut se poursuivre.

Parler de ses émotions

La peur, la colère, la tristesse. Les écoliers parlent de leur émotions. De ce qu'ils font pour se détendre, ou quand ils sont en colère.

"Quand je suis énervée, je me défoule sur quelque chose ou quelqu'un", lance une élève.
Les autres témoignages s'enchaînent: "Je claque les portes", "je fais peur au chat", "je tape dans un ballon"...
Puis Sylvie résume: "la colère c'est une énergie qu'on a besoin de défouler."

"Le fait de nommer les émotions ça a un effet réparateur, analyse-t-elle après la séance. Le fait de dire : "Je me sens triste, j'accueille l'idée d'être triste" ou "je suis en colère, ce matin j'ai reçu de la colère, qu'est qu'il se passe? Qu'est ce qu'il y a derrière, de la peur, de l'inquiétude, de la fatigue?" Peut-être"

Un écolier livre sa peine, la perte d'un être cher. L'émotion le submerge, elle gagne le cercle des petits philosophes.

Alors qu'il s'éclipse avec la directrice, Sylvie interroge les enfants : "vous aussi vous pouvez ressentir la tristesse de votre camarade. Vous savez comment ça s'appelle?"
Les écoliers restent silencieux, alors elle nomme "l'empathie."

Sarah, 10 ans en donne la définition.

Sarah, 10 ans: "l'empathie c'est quand tu ressens ce que l'autre ressent."
Sarah, 10 ans: "l'empathie c'est quand tu ressens ce que l'autre ressent." Photo Philippe Bertini

"L'empathie c'est la bienveillance, c'est quand tu ressens ce que l'autre ressent. S'il y a quelqu'un qui est triste, tu es triste pour lui aussi. Par exemple, s'il a perdu un membre de sa famille, et bien je suis triste moi aussi."
Lucas estime que l'empathie permet à celui qui a de la peine "de se sentir moins seul."

Débattre, accepter les idées de l'autre

Vient le temps du débat. Il est question du bonheur, de la liberté, de la peur…
"On part sur des thèmes qui concernent tout le monde. Avec le débat philosophique, ils apprennent à réfléchir sur ces thèmes. A exposer leurs idées, mais aussi à accueillir les idées de l'autre.

"Petit à petit, ils intègrent cette gymnastique d'argumentation, de réflexion, à travers leur ressenti"

C'est important parce qu'on peut se sentir agressé quand l'autre a des idées différentes. Petit à petit ils intègrent cette gymnastique d'argumentation de réflexion, à travers leur ressenti."
Ils construisent leur réflexion, se confrontent aux autres avis, remettent en question leurs certitudes, font évoluer leurs opinions.

Débattre, accueillir les idées de l'autre, faire évoluer son avis...
Débattre, accueillir les idées de l'autre, faire évoluer son avis... Photo Philippe Bertini

Puis, au milieu de la séance, Sylvie diffuse deux dessins animés, pour aborder le harcèlement.
Le premier raconte l'histoire d'un oiseau, différent des autres, mis à l'écart et raillé par les autres. Et le second met en scène des crabes qui sauvent un petit, menacé par une mouette.
Les enfants réagissent, analysent ce qu'ils viennent de voir et tout naturellement commencent à débattre de la différence, de la peur de l'autre, de la solidarité…

Quel impact?

"Le fait de comprendre qu'il y a des comportements qui sont liés à la peur, pour les enfants c'est important. Le fait de se mettre à la place du harceleur, de la victime, c'est aussi important, commente Sylvie Sicamois. ça leur fait comprendre beaucoup de choses, et comprendre c'est un pas vers les solutions."
L'une des clés pour désamorcer la violence poursuit-elle passe par l'empathie.

"Les neurosciences ont observé que développer l'empathie chez les enfants permettait de changer les attitudes de vie, de communication et de vivre ensemble."
"Les neurosciences ont observé que développer l'empathie chez les enfants permettait de changer les attitudes de vie, de communication et de vivre ensemble." Photo Philippe Bertini

"Les neurosciences, les psychologues, les psychiatres ont observé que développer l'empathie chez les enfants permettait de changer les attitudes de vie, de communication et de vivre ensemble."

"Je les ai vus se transformer. Ils sont plus attentifs aux autres. Le climat scolaire s'est amélioré."

Marie Grimaldi, directrice de l'école, a noté ces petits changements dans leur façon d'être.

"Je les ai vus se transformer. Ils sont plus attentifs aux autres. Le climat scolaire s'est amélioré. Même s'ils se chipotent et se disputent encore."

A l'issue d'un atelier un peu "remuant", Sylvie Sicamois raconte comment les écoliers sont venus s'excuser.

Au-delà des formules de politesse, elle retient surtout leur sincère préoccupation: "ils étaient préoccupés, inquiets de m'avoir fait de la peine." Elle sourit. L'atelier a contribué à semer une petite graine de bienveillance, de réflexion…

De son côté Clémentine Galessi, leur maîtresse mesure déjà le bénéfice sur ses élèves: "ça leur fait du bien de s'exprimer, d'aller au fond des choses. Ils attendaient d'ailleurs ce 3e atelier avec impatience."

Et les écoliers qu'en retirent-ils?

Alors que les élèves filent en récré, un petit groupe reste pour répondre à nos questions. Sarah, Selma, Marlène, Léo, Imran et Lucas veulent partager leur expérience. 

Marlène: "ça m'a appris la patience. Ce serait bien qu'il y ait de la philo dans toutes les écoles."
Marlène: "ça m'a appris la patience. Ce serait bien qu'il y ait de la philo dans toutes les écoles." Photo Philippe Bertini

"Après un atelier, je me sens calme, bien et serein", commente Léo. Selma, Marlène ou encore Lucas "qui n'a pas l'habitude de se détendre" lui font écho. Ils se disent tous apaisés.
"Ça m'a appris la patience vu qu'avant j'étais plutôt coléreuse, et j'étais plutôt stressée et là grâce à ça j'ai pu réfléchir", confie Marlène. 

"J'ai appris que selon les émotions on pouvait avoir des réactions différentes, si on agit selon la peur, on peut être agressif, distant…"

"Il ne faut pas se moquer des gens différents, on est tous pareils, humains" enchaîne Sarah.

Lucas, lui, veut parler du harcèlement. "Si je vois quelqu'un se faire harceler j'en parlerai à un adulte, ou j'irai le défendre." Imran, a aimé parler des émotions. Même si ce n'est pas toujours facile.

"Quand on est content ça va, mais quand on est triste, en colère, c'est plus difficile."

"Ce serait bien qu'il y ait de la philo dans toutes les écoles"

Ces petits philosophes souhaitent voir ces temps se développer. "Ce serait bien qu'il y ait de la philo dans toutes les écoles, suggèrent Marlène et Sarah. A midi, après la cantine, comme ça les enfants pourraient se relaxer, parler, et en classe ils seraient soulagés."

Fort de cette expérience, l'école Ronchèse prévoit d'étendre à la rentrée ces ateliers à toutes les classes.

Léo, écolier-philosophe: "J'ai appris que selon les émotions on pouvait avoir des réactions différentes, si on agit selon la peur, on peut être agressif, distant…"
Léo, écolier-philosophe: "J'ai appris que selon les émotions on pouvait avoir des réactions différentes, si on agit selon la peur, on peut être agressif, distant…" Photo Philippe Bertini

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