Rubriques




Se connecter à

Comment continuer à apprendre pendant les vacances?

De quelle manière inviter les enfants et adolescents à poursuivre l'apprentissage? Les cahiers de vacances une bonne idée? Nous avons demandé à André Giordan, spécialiste des “sciences de l’apprendre”, de nous livrer ses clés.

Gaëlle Belda Publié le 16/07/2022 à 17:15, mis à jour le 16/07/2022 à 16:54
C’est l’été, l’envie est au farniente… Mais peut-être ne faudrait-il pas trop laisser les cervelles fondre comme neige au soleil. Photo Ben White - DR - Unsplash

C’est l’été, les têtes blondes sont en ébullition après une année scolaire dense. L’envie est au farniente… Enfin! Mais peut-être ne faudrait-il pas trop laisser les cervelles fondre comme neige au soleil. Alors comment entretenir les acquis, voire les étoffer, sans pressuriser nos jeunes vacanciers? 

"La première chose à faire? Couper avec l’école!" André Giordan, enseignant, chercheur, conférencier et auteur, rit. Puis il poursuit: "Quand vous êtes en vacances, vous n’avez pas envie d’entendre parler du travail… ben les enfants n’ont pas non plus envie de penser à l’école, au collège, au lycée, à l’université." Il faut appuyer sur pause. Tout le mois de juillet. En août, on commencera à reprendre doucement. A retrouver un rythme, à faire quelques révisions.

Lui qui milite depuis plusieurs dizaines d’années pour un autre modèle d’école, qui susciterait "l’envie d’apprendre", n’est pas un grand fan du sempiternel cahier de vacances. 

 

Donc, on ne s’acharne pas. Quelles que soient les difficultés de l’enfant. Se reposer et favoriser l’oisiveté est quelque chose de positif. L’enfant peut et doit même s’ennuyer. Cela fait partie de sa construction.

Ce qui ne veut pas dire que l’on ne doit pas travailler à développer sa curiosité, sa logique, son envie de comprendre et de chercher, sa confiance en soi, son autonomie. Mais en empruntant des chemins qui ne sont pas spécialement ceux du système scolaire classique. 

Le bonheur de lire, le plaisir d’écrire

"Le journal intime est outil intéressant pour travailler sur soi. Pour apprendre à bien se connaître, à définir ses goûts, ses aspirations, ses compétences." Photo Marcos Paoulo Prado - DR - Unsplash.

"Ceux qui aiment déjà lire, pourront se faire plaisir." Les vacances sont l’occasion de plonger dans des ouvrages qui nous correspondent. Romans, bd, magazines… Ils les explorent à leur rythme. Et s’ils n’aiment pas ça? "On peut jouer avec eux… se balader en ville et lire les panneaux, les publicités. On peut échanger autour de ce qu’on lit, poser des questions, ouvrir un dialogue."

Pour André Giordan, lire avec le parent est également très intéressant. "On peut lire à deux. Trois phrases toi, trois phrases moi. Ou une page, une page, pourquoi pas. Et puis si le parent lit devant l’enfant, c’est encore mieux. Il est un modèle que l’on aura davantage envie d'imiter que s’il n’ouvre jamais un bouquin."

 

 

Le journal de bord est un outil intéressant pour travailler sur soi.

Ecrire? Entretenir le poignet et la plume, c’est important. Mais on ne va pas faire des lignes de conjugaison… on va privilégier la carte postale aux grands-parents, la lettre à un copain ou même le mail. 

A partir d’un certain âge, on peut proposer un journal de bord. Ou journal intime. Y coucher le quotidien, les pensées, les réflexions. "Comment je me sens? Qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui et de quoi j’ai envie pour demain. Quelque chose m’a contrarié ou m’a beaucoup enthousiasmé." Des idées simples mais histoire de garder une trace, pour y revenir, pourquoi pas. Ou juste prendre de la hauteur sur les événements de la semaine, d’un été…

"C’est aussi un outil intéressant pour travailler sur soi. Pour apprendre à bien se connaître, à définir ses goûts, ses aspirations, ses compétences. On liste ce que l’on sait faire. On développe sa confiance."

Compter, tracer, expérimenter

En cuisine, il y a de quoi faire: on peut partir sur un gâteau, calculer les proportions, doser, ajuster. Multiplier, soustraire, additionner. Photo Hannah Tasker - DR - Unsplash.

On n’en a pas tous conscience, tout dépend de la façon dont cela  nous a été amené, mais les maths sont partout. Tout le temps. Faire des courses au supermarché peut devenir un exercice très ludique. On regarde les prix, on compare, on calcule. "On peut les noter aussi, pour les connaître, s’en souvenir et tout additionner." 

André Giordan suggère même de proposer à l’enfant de faire un plan du lieu. "Comme ça, on sait où sont les choses. C’est pratique pour les retrouver la fois suivante." On fait de la géométrie, du calcul, on prend la règle et le crayon. Surtout, on donne toujours du sens à ce qui est entrepris.

En cuisine, il y a aussi de quoi faire. On peut partir sur un gâteau, calculer les proportions, doser, ajuster. Multiplier, soustraire, additionner. Notre expert suggère autre chose: "On peut faire des sciences très facilement… en proposant un atelier glace, par exemple. Comment le fruit ou la crème se transforme-t-il en glace?" Il y a plein d’autres idées à glaner dans les magazines ou sur le net.

Miser sur l’exploration et bouger

"L’exploration est toujours quelque chose d’enrichissant. Observer ce qui se passe dans la nature, les fleurs, les fruits, les insectes." Photo Caroline Hernandez - DR - Unsplash.

"L’exploration est toujours quelque chose d’enrichissant. Observer ce qui se passe dans la nature, les fleurs, les fruits, les insectes." Faire du jardinage, reconnaître des variétés de plantes, sentir et goûter, est toujours d’un grand enseignement. Et puis, il y a cette notion de patience: on plante et on prend le temps de voir pousser le végétal. On en prend soin, on attend. "Même sur un petit balcon, on peut faire pousser des radis!"

 

"Si on a la chance d’avoir un ciel dégagé, on peut s’amuser à regarder les étoiles et à essayer de comprendre ce qui se passe là-haut." L’idée n’est pas de s’appuyer sur un parent érudit. S’il est présent et qu’il peut suivre, tant mieux, mais l’enfant doit doper sa curiosité et donc avoir envie d’aller chercher les réponses par lui-même. "On peut lier ça à l’actualité. Piquer sa curiosité en lui parlant du nouveau télescope et des images qui en sont sorties. L’inviter à aller les regarder et ainsi donner encore plus d’attrait au ciel…"

Si on vit en ville? Pour les petites bêtes, c’est un soupçon plus difficile.  "Il y a beaucoup à analyser! A Nice, il y a de belles façades, des styles différents que l’on peut jouer à identifier." On marche, on court, on bouge. C’est aussi l’intérêt. On nage! Les façades sont belles à observer aussi depuis la mer! Leurs couleurs, leur taille, leur alignement. Le sport est aussi tellement important. Seul, avec les copains, les parents. On en profite pour se dépenser d’une autre façon. Pas comme dans la cour d’école ou avec le prof de sport.

Et puis partout, on peut bricoler. Construire des cabanes ou travailler sur de petites maquettes. Découper, coller, assembler, plier, tordre, clouer, peindre… Se concentrer et s’évader.

La philosophie, les jeux et les autres

"La rencontre est quelque chose d’essentiel et les vacances sont là aussi pour ça." Photo Janko Ferlic - DR - Unsplash.

"La rencontre est quelque chose d’essentiel et les vacances sont là aussi pour ça", insiste André Giordan. "Aller vers d’autres enfants est quelque chose de spontané. Mais les vacances c’est aussi l’occasion d’échanger avec les parents, les frères et soeurs, la famille. C’est un temps de dialogue." L’enseignant martèle que l’on peut philosopher ensemble. S'interroger sur le sens de chaque chose, prendre de la hauteur. Poser des questions, aussi. Et pourquoi pas s’appuyer sur des auteurs, des textes accessibles. "La philosophie arrive au lycée seulement alors qu’elle est là, tout autour de nous. Je la proposerais dès la maternelle!"

Il faut jouer le jeu du débat et accepter que l’on ne soit pas tous d’accord.

A chaque âge son niveau de lecture et d’interprétation. A chaque âge son analyse et son besoin. On peut débattre et argumenter. "Il faut surtout jouer le jeu et accepter que l’on ne soit pas tous d’accord." Laisser l’enfant s’exprimer et accueillir son opinion. Cela développe son sens critique et son ouverture d’esprit.

Quelque chose qu’il aura peut-être, par la suite, envie de développer les autres. Avec ceux de son âge, ou pas. Au-dessus d’un plateau de jeux de société, pourquoi pas. Voilà une autre manière d’apprendre en s’amusant. Stratégie, travail d’équipe, patience, respect des règles et des autres. Goût de l’aventure, du défi, du dépassement. On rit, on s’accroche, on râle, on boude, on exulte. Le jeu favorise l’expression de nombre d’émotions. Apprendre à les canaliser comme à gérer sa frustration est également très intéressant.

 

En août, une reprise en douceur…

"En août, on crée comme un rituel. On peut démarrer très lentement avec quelques minutes de lecture ou autre par jour… et on puis on va crescendo jusqu’à la rentrée." Photo Alexis Brown - DR - Unsplash.

"On reprend un peu. La conjugaison, les tables de multiplication. On révise mais toujours sans pression." André Giordan enchaîne: "On doit en parler avec l’enfant, lui expliquer pourquoi il est important de s’y remettre. On peut planifier les choses et le faire ensemble."

Décider d’une méthode, d’un rythme acceptable de reprise… Pas question de bosser toute la journée non plus, cela reste des vacances. "On crée comme un rituel. On peut démarrer très lentement avec quelques minutes de lecture ou autre par jour… et on puis on va crescendo jusqu’à la rentrée." L’expert insiste: "Ce qu’il faut, c’est réguler le sommeil. Recommencer à se coucher plus tôt, pour être en forme le lendemain."

L’énergie est importante. Selon lui, le mois d'août est aussi l’occasion de s’entraîner à travailler tout en s’accordant des temps de détente. Apprendre à se relaxer entre deux révisions: ranger, goûter, jouer un peu, bouger… Et puis on reprend. C’est quelque chose que l’enfant, l’ado ou le jeune adulte pourra mettre en pratique tout au long de l’année. Il optimisera ainsi les choses.

Les parents sont stricts mais ils n'ont aucune exigence de résultat.

Autre point prépondérant: l’objectif. "Il faut le définir. Souvent les parents sont stricts, ils imposent des règles mais ils n'ont aucune exigence de résultat. De ce fait, l’enfant peut perdre l’envie et le goût d’apprendre."

Il doit savoir où il va, pour quelle raison. Cela lui permettra de définir une méthode et de mieux l'appréhender. Et si le message est difficile à passer, André Giordan est clair: "Ne pas forcer, ne pas vouloir absolument passer en direct avec son enfant. Si on ne parvient pas à avoir cet échange avec lui, il faut confier cette tâche à quelqu’un de son entourage. Un membre de la famille, un ami en qui l’enfant a confiance."

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.