Un retraité menaçait d'empoisonner et d'assassiner son épouse à Monaco, il écope de prison ferme

Élément perturbateur dans un couple dysfonctionnel, un retraité monégasque a été reconnu coupable de menaces d’assassinat et d’empoisonnement sur son épouse. Sentence: 6 mois ferme.

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Jean-Marie Fiorucci Publié le 28/12/2022 à 15:02, mis à jour le 28/12/2022 à 15:04
Le tribunal a tranché, ce sera la case prison pour le sexagénaire. Photo Sébastien Botella

À l’audience de flagrance, un prévenu de 60 ans, menotté, accède au box. La justice lui reproche de très récentes menaces d’assassinat et d’empoisonnement sur son conjoint. Angoissé, tourmenté, désappointé, ce retraité monégasque fixe du regard les trois juges arrivés dans le prétoire. En face, assise sur un banc de la salle d’audience, son épouse laisse apparaître une expression contrariée sur son visage.

C’est surtout un drôle de couple dont il semble être question pour l’après-midi. La cohabitation matrimoniale s’est vidée progressivement de tous sentiments d’affection pour adopter une attitude de rancœur, de haine accumulées au fil des années. Pourtant, depuis huit mois, mari et femme ne vivent plus ensemble. Mais à chaque rétablissement d’une énième relation interrompue, ils s’accusent mutuellement de tous les maux. L’un comme l’autre, au cours du procès s’estiment malades mentalement. Alors, le tribunal entend les deux parties sur leurs divergences.

« Pars de la maison sinon je vais te tuer »

Lui d’abord. Violences, suspicions, accusations, provocations… sont devenus le quotidien d’un mode de vie sédentaire si l’on fait référence aux raisons de l’altercation. À la source, une bouteille vide trouvée dans la salle de bains. « La perversion de cette femme va jusqu’à savoir ce qui peut me mettre hors de moi ! Chercher le moindre prétexte à une scène… » Au président Florestan Bellinzona de compléter en examinant le fond de l’affaire : « Madame s’est présentée à la Sûreté Publique pour avoir été violentée et menacée. Copie d’un texto où il est écrit ‘‘Pars de la maison sinon je vais te tuer’’, et trois photos sont montrées où apparaissent des coups donnés avec un balai. »

Le prévenu a reconnu aussitôt qu’il avait « tiré très maladroitement la sonnette d’alarme. Je suis son tuteur. Je dois m’occuper d’elle. Comme je préparais Noël, j’étais content. Jusqu’à son réveil. Insultes, sarcasmes… Je lui ai dit de partir et pris des photos pour montrer la situation… Je ne sais plus quoi faire pour divorcer. On fait chambre à part depuis un an ! Je veux en finir avec ces angoisses. J’ai toujours peur de ce qui peut m’arriver. Ce n’est pas possible de subir la condition d’une incarcération à 60 ans ! Je pensais que l’action sociale allait intervenir et lui procurer un logement… »

Un silence propice à la réflexion. « Ce sont des gestes que je regrette, approuve-t-il. Mais que faire ? Ses accusations sont un tissu de mensonges. Elle cherche à se venger de me voir passer quelques jours avec ma fille. Je suis une victime. Les traces de coups ne sont pas la conséquence du coup de balai, mais ceux du mois de novembre. »

Menaces, alcool et violences

La victime écoute. Elle apparaît froide et semble agacée par pareil numéro du prévenu. Pour la partie civile, Me Maeva Zampori, avec lucidité et honnêteté, évoque « un lourd passif dans ce couple avec des violences permanentes et un homme dans le déni. La mauvaise foi ? Elle est des deux côtés ! Ma cliente s’est toutefois retrouvée en situation de danger ce jour-là. Elle est irritée par le processus de victimisation de son mari. Nous demandons l’euro symbolique. »

Le ministère public veut mettre les choses au clair et refuse d’être utilisé comme une cellule pour soigner les problèmes psychiatriques. « Les soins ne relèvent pas de notre compétence, rapporte le premier substitut Valérie Sagné. En revanche, on est là pour requérir. Les menaces de mort afin que Madame quitte le domicile ; les MMS avec les trois couteaux pour lui signifier barre-toi ou je te tue ; les photos pour intimider les services sociaux afin de démontrer qu’il subit la violence, qu’il n’est plus maître chez lui. Il ment, car il décide du rapport de force. Alcool et violences entachent son casier. Quant à son épouse, elle semble accepter la violence. »

La parquetière demande l’application de la loi : six mois d’emprisonnement, dont trois assortis du sursis, liberté d’épreuve pendant deux ans, obligations de soins et interdiction d’entrer en contact. Cette contiguïté justement, aussi bien dans l’espace que dans le temps, dont aucun des deux n’arrive à trouver la solution, est clamée par la défense. « Le divorce apparaît le plus difficile, pour Me Xavier-Alexandre Boyer. Séparation en Italie et autres moyens délictuels pour alerter les services sociaux. Quel comportement stupide, alors qu’aucun des deux n’envisage un passage à l’acte. Mon client conteste les violences. Sanctions toutefois il y aura quand on espère trouver la solution par des menaces. Une peine ferme ? Sa mère à 90 ans et il s’en occupe. Prévoyez au moins le fractionnement. »

Six mois ferme… et six mois avec sursis

Avant le retrait du tribunal pour délibérer, le prévenu lance à la formation collégiale : « Aidez-nous ! Je ne veux pas divorcer ! » Pour le magistrat, le mariage demeure une institution sérieuse. « Trois ans que vous êtes ensemble ! Trois années de procédures ! Quelque chose ne fonctionne pas. Si cela vous plaît de vivre ensemble, il n’y a pas trente-six solutions. Vous êtes un couple dysfonctionnel. Ou vous faites preuve de bonne volonté dans votre relation ou vous divorcez. »

Le délibéré ne sera pas prémonitoire sur ce dernier sujet. Mais il enverra le prévenu pour six mois à la maison d’arrêt, plus six mois assortis du sursis et les autres applications de la loi requises par le ministère public.

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