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Des OVNIS traversent-ils le ciel de Menton?

Régulièrement sollicité par des témoins, le Groupe d’étude et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan) s’efforce d’apporter des réponses. Exemple sur le secteur.

Alice Rousselot Publié le 28/10/2021 à 19:00, mis à jour le 28/10/2021 à 18:10
Pour répondre aux sollicitations de témoins ayant observé des étrangetés, le Geipan s’appuie sur le savoir scientifique actuel. Photo d'illustration DR

Pour qui a vu la série OVNI (s), le Geipan n’est sûrement pas inconnu. Mais l’ensemble des spectateurs, au même titre que ceux qui en ont été privés, ne sait pas forcément qu’un tel organisme existe. Pour de vrai.

Chargé de récolter les témoignages de visions étranges, de les analyser, et d’y apporter une réponse tant que possible. Rattaché au Centre national d’études spatiales (Cnes), le Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés est composé de trois personnes et de deux supports techniques. Il coordonne par ailleurs un réseau de collaborateurs extérieurs, à l’instar d’experts scientifiques ou d’enquêteurs bénévoles.

Au 1er juillet 2021, 2 923 cas avaient été traités en France, et référencés sur le site - volontairement très didactique - du Geipan. Sept observations ont été faites à Menton, une à Sospel.

Deux ont été classées "A", synonyme de parfaitement identifié. Les six autres ont été affublées de la lettre "C" - phénomène non identifié faute de données suffisantes - même si des hypothèses sérieuses sont avancées. Focus.

 

Sospel, septembre 2008, l’un des plus intriguants observés dans la région

Les témoins qui étaient entrés en contact avec le Geipan ont vraisemblablement assisté à trois phénomènes distincts. Photo archives Nice-Matin.

Le 5 ou 6 septembre 2008, entre 22h30 et 23h, plusieurs personnes observent en direction du col de Braus les déplacements de phénomènes lumineux dans le ciel. Un homme de 43 ans rapporte avoir assisté aux apparitions successives de boules lumineuses de couleurs, dont certaines semblent tourner entre elles. Deux autres boules se déplacent parallèlement et à grande vitesse. Sans qu’aucun bruit suspect ne soit entendu.

"Cette observation est la succession de trois phénomènes que nous estimerons indépendants: un point lumineux à l’horizon Ouest, orangé, disparaissant lentement après 30 minutes: on peut penser à l’étoile Arcturus à son coucher très brillante, proche de la direction indiquée par l’observateur. Des boules blanches lumineuses s’agitant de façon désordonnée sur le fond nuageux: cette description correspond tout à fait à l’aspect d’un laser de discothèque, bien que l’observateur ne voie pas le rayon ascendant. Enfin, le passage rectiligne très rapide de deux points lumineux: ce phénomène fait clairement penser à une rentrée atmosphérique de météoroïde ou de débris spatial", exposent les enquêteurs du Geipan, conscients que l’étrangeté du cas vient surtout de la succession de ces trois phénomènes qui suscitent alors "surprise" et "beauté" chez les témoins.

"Le 3e phénomène nous a laissés sans voix et avec beaucoup d’interrogations", indique l’auteur du signalement, précisant que son histoire a globalement été bien accueillie par ses proches, même s’il n’a pu échapper aux traditionnelles boutades des collègues de travail.

Faute d’éléments suffisants pour éclaircir le mystère, le dossier est classé "C". Le Geipan explique qu’une étoile filante (synonyme de météore) est un "phénomène lumineux produit par la rentrée dans l’atmosphère d’un petit grain, nommé alors météoroïde, de la taille d’un grain de sable, qui arrive de l’espace avec une vitesse de l’ordre de 11 à 70km/s. Ceci produit une traînée lumineuse dans le ciel, d’une durée d’une ou deux secondes. Les plus grosses peuvent produire une traînée qui traverse la voûte céleste durant quelques secondes, dizaines de secondes voire, exceptionnellement, 1 ou 2 minutes: on parle alors de bolide". Il n’existe pas de méthode infaillible pour les repérer. Mais on peut estimer que plus les observateurs sont nombreux, plus le phénomène est important.

Un vieux dossier daté... de 1978

La lueur rouge a été aperçue non loin du mont Agel. Photo d’archives F. C..

Bien que créé en 1997, prenant deux autres noms avant l’actuel, le Geipan détient des dossiers antérieurs dans sa base de données.

En fouinant sur le site Internet du groupe d’études, on se réjouira ainsi de pouvoir tomber sur un PV édité par les gendarmes de Menton en 1978. Avec pour mention introductive: "Observation d’un objet volant non identifié".

 

Le 1er septembre de cette année, à 21h05, les trois membres d’une même famille - dont un homme de 20 ans, et sa mère de 50 ans - observent en effet le passage d’une lueur rouge dans le ciel, d’une durée de deux à trois minutes. Celle-ci, "aussi grosse qu’une pièce d’un centime tendue à bout de bras", se déplace lentement dans le secteur du Mont Agel.

"Je me suis mis au balcon pour regarder les étoiles lorsque tout à coup une lueur rouge est apparue. Ce qui m’a semblé bizarre, c’est que cinq minutes auparavant, il n’y avait rien dans le ciel, donc cette lueur a dû m’apparaître comme une lampe qui s’allume. Sa vitesse était si lente que j’ai eu le temps d’appeler mes parents", témoigne le fils, qui, à l’aide de jumelles, apercevra plus précisément deux petits rectangles jaunes autour de la lueur.

"J’ai été très heureux de constater que quatre gendarmes sont sortis de leur caserne pour essayer de voir ce phénomène", se réjouit-il dans le PV.

Également entendue par les gendarmes, la mère n’hésitera pas, quant à elle, à parler d’ovni.

Mais encore aujourd’hui, le mystère demeure. "Aucune observation ne sera faite par les gendarmes contactés aussitôt par téléphone. Aucun autre témoignage ne sera recueilli sur ce phénomène pour lequel nous manquons d’informations", résume le Geipan.

Dossier classé grâce à la suggestion d’un internaute près d’un an plus tard

La Station spatiale internationale. Photo Nasa.

À l’époque, Thomas Pesquet n’envoyait pas une myriade de photos de la Terre sur les réseaux sociaux, permettant de géolocaliser la station spatiale internationale (ISS). Alors forcément, quand un homme de 40 ans rapporte, le 15 novembre 2011, avoir observé le passage d’une "sphère lumineuse blanche /jaune au-dessus de la résidence voisine" un an et demi auparavant, on ne pense pas immédiatement à cette hypothèse.

 

"Au bout de 5 secondes, le témoin constate que la sphère se déplace lentement et de façon rectiligne vers une autre résidence avant de disparaître rapidement en s’élevant sans bruit dans le ciel. La description du témoin fait penser à un avion vu de face, avec son projecteur de piste allumé, mais l’objet observé était silencieux et le témoin, qui a l’habitude de regarder le ciel à cette heure du jour, n’a pas reconnu un avion", indique-t-on dans le rapport du Geipan, précisant que l’affaire est dans un premier temps classée "C", par manque d’informations.

Dans ses réponses au questionnaire du Geipan, l’homme détaille: "Pendant un court instant, je crus à une fusée éclairante, ou à une surdose de caféine, mais c’était bien un Ovni (...) J’y ai toujours cru avec réserve, mais maintenant mes vingt ans d’études ont été récompensés".

Sauf qu’un revirement de situation surviendra un an plus tard. À la suite d’un signalement d’un internaute suggérant un passage de l’ISS, le Geipan ne tarde pas à confirmer: la station internationale passait exactement sur la trajectoire décrite à l’heure dite. Le dossier est classé "A". Mystère résolu.

Sur son site Internet, l’organisme explique la marche à suivre pour vérifier si l’étrangeté aperçue dans le ciel est un satellite ou l’ISS: "Repérer très précisément (à la seconde près) le passage du satellite à proximité d’une étoile bien connue, et vérifier sur Heavens-above, ou Calsky après avoir indiqué votre lieu d’observation".

Victime d’un spectre?

Le lundi 20 mai 2013, vers 16h05, un septuagénaire allongé sur une plage de Menton est intrigué par un phénomène observé au large, au-dessus de la mer. Il explique avoir vu un objet blanc au centre d’une auréole concentrique translucide dans le ciel dégagé.

"Le phénomène avance rapidement de l’Ouest vers l’Est-Sud-Est et le témoin n’entend aucun bruit. L’observation dure 10 à 15 secondes avant que le phénomène ne disparaisse dans le lointain. Un seul témoignage est recueilli", rapporte le Geipan, soulignant que les relevés faits par la météo locale indiquent un ciel partiellement nuageux.

La description fournie par le Mentonnais "évoque un avion observé au milieu d’un halo lumineux provoqué par le reflet du soleil sur le fuselage, selon un phénomène d’optique atmosphérique nommé spectre de Brocken", suggèrent les enquêteurs, précisant néanmoins que, d’après le témoin, la vitesse du phénomène n’est pas compatible avec celle d’un avion. Faute d’éléments suffisants, le dossier est classé "C".

Le spectre de Brocken est défini ainsi: "l’ombre considérablement agrandie d’un objet, observée d’un sommet montagneux dans la direction opposée au Soleil, sur un nuage de gouttelettes d’eau ou sur du brouillard. Elle est parfois entourée d’un cercle lumineux".

Dupée par Mickey

Par principe, le Geipan prend tous les signalements au sérieux. Et ne se permettrait bien évidemment ni jugement ni moquerie déplacés. Les conclusions de l’histoire dont il est ici question n’en demeurent pas moins amusantes.

Le 14 novembre 2011, entre 15h50 et 16h, une femme de 50 ans filme les évolutions d’un point noir dans le ciel nuageux. "Je fumais une cigarette sur ma terrasse. Quand j’ai vu un objet assez loin, je suis allée chercher mon caméscope pour pouvoir le voir de plus près en zoomant. Cela m’a pris 3 minutes. Il était déjà très haut dans le ciel par rapport à la première fois que je l’ai aperçu", indique-t-elle dans son témoignage.

Trois cercles dans le ciel

Dans leur rapport, les enquêteurs du Geipan envisagent rapidement la possibilité qu’il s’agisse d’un ballon à l’hélium.

"Le témoin fait part de la difficulté qu’il a eue à gérer la stabilité de la prise de vue alors qu’il zoomait fortement l’objet. En conséquence, l’autofocus a du mal à maintenir la mise au point sur cet objet lointain et à la forme apparemment changeante, ce qui en complique encore l’interprétation. Les premières images montrent un objet noir d’apparence triangulaire évoluant sous les nuages. L’objet est visiblement animé d’une lente rotation sur lui-même, et semble être formé de trois cercles. Les dernières images confirment la parenté de l’objet avec un célèbre personnage de Walt Disney. Le visionnage du film fait fortement penser à un ballon à hélium à l’effigie de Mickey (ou Minnie!) emporté et ballotté par le vent", finissent-ils par déduire, ajoutant avoir poussé leurs recherches jusqu’à retrouver l’annonce d’un vide grenier qui s’était tenu à Menton à cette date sur la promenade la Mer, située à 2 km à l’Est du lieu d’observation.

"La direction de déplacement observée est compatible avec le vent du Sud Est et avec la promenade de la Mer comme point d’origine", glissent-ils. L’affaire est classée "A".

Satellite militaire?

Le 7 août 2012, vers 21 h 31, un homme observe le déplacement dans le ciel d’une sphère lumineuse de forte intensité. "Le récit de l’observation fait nettement penser au passage d’un gros satellite en orbite basse (300 à 400 km)", indique le Geipan.

Ajoutant qu’une vérification à partir de la base de données mondiale des satellites ne montre pourtant aucune corrélation avec l’observation. De quoi imaginer qu’il puisse être question d’un objet non répertorié - pourquoi pas un satellite militaire.

Méthodologie

Le Geipan s’attache à expliquer une observation étrange avec un ou des phénomènes connus en se reposant sur le savoir actuel, sans aller dans les sphères métaphysiques. Quand bien même les phénomènes seraient inexplicables, l’objectif est de les caractériser le mieux possible pour être transmis à la science.

La méthodologie suit sept étapes: réception du témoignage/création du dossier/ première analyse/enquête et traitement/classement en A, B, C, D1 ou D2/anonymisation du dossier/information du témoin et publication sur le site web.

Si le témoignage se révèle facile à expliquer sans enquête, une réponse rapide est donnée au témoin, sans publication sur le site Internet. Dans les autres situations, un dossier de cas d’observation est créé.

Le Geipan traite en priorité les deux extrêmes : les cas faciles à élucider et les cas très étranges.

L’analyse d’un témoignage consiste à retrouver ce qui a été vu, en ne disposant souvent que du récit du témoin - potentiellement entaché de facteurs humains (défaut de vision, erreur de perception, interprétation de l’étrange, émotion...)

Pour ce faire, le Geipan utilise une technique d’entretien cognitif mise au point par le Laboratoire CNRS de Psychologie de la Cognition à Toulouse. Une méthode qui permet au témoin de se remémorer le contexte et contenu de son observation et de limiter les faux souvenirs.

Pour le Geipan, les dossiers suivis présentent tous un intérêt, quelle que soit leur issue: "Les sciences physiques peuvent trouver un enjeu avant tout dans les cas inexpliqués, tandis que les sciences humaines le trouvent tout autant, sinon plus, dans les cas expliqués".

Signalement tardif

Les témoins tardent parfois à sortir du bois. À l’exemple d’un homme - âgé de 25 ans à l’époque de l’observation - qui attendra le 24 avril 2008 pour faire état d’une situation suspecte vécue un soir d’été entre 1993 et 1997.

"Le témoin et cinq autres personnes, ont observé entre 21h et 22h un phénomène lumineux particulier dans un ciel dégagé. Des points formant deux triangles isocèles semblaient tourner autour de l’axe central de chaque triangle. Brusquement ces points ont cessé leur mouvement et les triangles ont pris des directions opposées: le premier, se dirigeant vers le Mont Gros, a disparu caché par le paysage, le second s’est tout d’abord immobilisé au-dessus de la mer avant de reprendre sa rotation et disparaître subitement", résume-t-on du côté du Geipan, précisant qu’il est très difficile - voire impossible - d’enquêter sur un témoignage aussi tardif.

Mais une explication très plausible peut être avancée: "Nous avons fréquemment des observations de triangles volants, certains sont encore inexpliqués, mais beaucoup d’autres sont des confusions avec des avions vus sous un angle particulier."

Offre numérique MM+

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