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Pourquoi l'usine de chimie fine La Mesta à Gilette est une pépite de notre territoire?

La Mesta, usine de chimie fine basée à Gilette depuis 1971, fait des effluves. Son savoir-faire se retrouve dans nombre de produits du quotidien. Et ce n’est pas près de faire pschitt.

Agnès Farrugia Publié le 16/11/2021 à 18:30, mis à jour le 15/11/2021 à 11:41
"Tout le monde parle de relocalisation. Nous, on y travaille depuis 20 ans", explique le directeur général de La Mesta à Gilette. A.F.
C’est l’une des 11 usines classées Seveso des Alpes-Maritimes, détenue par un groupe industriel français, Yxens. Passée la première barrière d’accès au site de plus de cinq hectares, on sent que la sécurité y est primordiale. Le directeur général de l’usine, en place depuis 2013, Pierre Giuliano, est très clair : "Oui, nous manipulons des produits dangereux et oui, tout est mesuré, sécurisé. L’industrie d’aujourd’hui ne doit plus faire peur comme celle d’hier. Nos donneurs d’ordre ont besoin d’un sous-traitant propre, dans tous les sens du terme."

Sécurité d’abord

Et il s’y emploie. Dans les labos comme dans les bureaux, rien ne dépasse, tout est bien orchestré. Quelque 85 salariés font tourner cette usine de chimie fine, l’une des trois en Europe autorisées à manipuler du propène (hydrocarbure gazeux), qui connaît une belle croissance. On y fait entrer 4.000 tonnes de matières premières chaque année pour en ressortir 400 tonnes de produits, essentiellement des principes actifs contenus dans des produits du quotidien. L’Hexomedine (antiseptique local) c’est La Mesta, le Rhinotrophyl (solution nasale décongestionnante), c’est aussi La Mesta, la Nautamine (contre le mal des transports notamment), c’est encore La Mesta. De même, des produits cosmétiques : antichute de cheveux, anti-oxydant, anti-rides ou encore des exhausteurs de goût, des fixateurs de parfums et autres coupleurs de photos (qu’ils sont les seuls à fabriquer pour Fuji films). Leurs donneurs d’ordre? De grands groupes comme Givaudan, Firmenich, Sanofi, Janssen, Merck, l’Oréal "qui développent des molécules originales  pour des produits qui n’existent pas encore sur le marché  explique Pierre Giuliano. Ils viennent chercher notre savoir-faire, une chimie particulière à laquelle nos équipes sont capables de répondre. Ils nous confient les bijoux de la couronne."

La seule à fabriquer

80% de ce qui se cuisine ici se vend à l’export, quasiment dans tous les pays du monde et 70% du chiffre d’affaires de l’usine de Gilette sont réalisés avec des produits qu’elle seule fabrique. "En ce moment, on parle beaucoup de réindustrialisation. Ici, nous y travaillons depuis 20 ans." Le patron, qui a fait toute sa carrière dans l’usine et y a exercé presque tous les métiers, s’est battu pour que La Mesta ait tout d’une grande. Pour cela, et pour être plus compétitifs vis-à-vis de la Chine ou de l’Inde, dès 2004, les équipes planchaient sur un réacteur en chimie continue (voir encadré). Une dizaine d’années de R & D plus tard, le fameux réacteur est au point. Une petite révolution.

Le virage vert

Pour Pierre Guiliano, "C’est cette technologie miniaturisée qui porte notre développement. Elle nous permet de chauffer vite, de contrôler les débits, de limiter les risques et de maîtriser nos déchets." 16 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2020, 20 millions d'euros bientôt atteints cette année et 25 millions d'euros visés pour 2022, La Mesta a réussi son pari. D’autant qu’elle accompagne désormais ses clients dans un virage vert, utilisant des matières premières biosourcées couplées à cette techno peu consommatrice d’énergie. Sur le site de La Mesta, vous trouverez également un bassin de rétention qui récupère les eaux de pluies et une station d’épuration qui traite les déchets du site (pour l’équivalent d’une ville de 4.000 habitants).

 

Usine d’innovation

La chimie, dit le patron, c’est comme un célèbre jeu de briques. On empile les formules chimiques des matières premières pour provoquer la bonne réaction et parvenir à la juste création. "Avec nos ingénieurs chimistes, poursuit le directeur général, nous avons créé une voie de synthèse particulière [suite de réactions chimiques, ndlr] pour la fabrication du Propofol (produit anesthésique). Nous serons ainsi les seuls à le fabriquer en Europe et aspirons à devenir le 2e fournisseur mondial de ce produit."

Alternative à la Chine et l’Inde

Fou, Pierre Giuliano? Pas du tout. L’autorisation de mise sur le marché devrait être délivrée en décembre et la commercialisation débuter au premier trimestre 2022. "Sa fabrication nécessite des technologies très pointues, justifie le patron, notamment la maîtrise de l’utilisation du Propène sous forte pression." Une belle réussite pour l’équipe qui s’attaque déjà à un nouveau produit: un antirétroviral utilisé dans les cas de HIV. "Le produit existe déjà mais nous avons créé une nouvelle voie de synthèse qui intéresse notre client. Désormais, le produit sera fabriqué en France." Pour être encore plus vertueux et suivre l’évolution du marché, 2 ME par an sont consacrés à l’investissement. L’entreprise est régulièrement en phase de recrutement alors si vous souhaitez intégrer une équipe dynamique, déposez votre CV et voyez si l’alchimie est au rendez-vous.

la-mesta.com

A noter : Une journée portes ouvertes est organisée sur le site, pour les riverains, le vendredi 26 novembre à partir de 14h30. Inscriptions par mail à contact@la-mesta.com

Réacteur miniaturisé en continu

Le premier réacteur miniaturisé en continu a été installé dans l’usine de La Mesta en 2004. Il est issu d’une réflexion des équipes R & D de l’usine. Une petite révolution. Cinq matières premières peuvent être insérées dans le réacteur, profitant chacune d’une réaction chimique qui lui est propre. Avec une chauffe possible jusqu’à 200°. Pour Pierre Giuliano, le directeur général de La Mesta, cet équipement est une réelle avancée: "C’est comme un réacteur normal sauf que tout y est miniaturisé. Cela limite les risques, réduit la consommation d’énergie et de solvants, mais également nos déchets et nous permet de diminuer notre empreinte carbone". Une technologie très prisée des grands donneurs d’ordre de l’usine que sont les laboratoires pharmaceutiques par exemple.

Offre numérique MM+

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