"On a mis tout ce qu’on avait pour acheter ce bien": pourquoi le futur écoquartier Marenda-Lacan crée la polémique

Une partie des acquéreurs du programme immobilier neuf au coeur d’Antibes porté par BNP Paribas Real Estate s’est réunie en collectif. Le but? Faire entendre leur incompréhension. Ils regrettent un manque de communication de la part du promoteur et espèrent un dédommagement pour les mois de retard du chantier. Une situation qui a fait plonger certains dans une forme de précarité...

margot dasque mdasque@nicematin.fr Publié le 10/12/2021 à 21:00, mis à jour le 10/12/2021 à 18:25
Le quartier Marenda-Lacan a été présenté en 2018: il aurait dû être livré en décembre 2020. Photo NM

De Charybde en Scylla. "On a mis tout ce qu’on avait dans cet achat", soufflent Maryse et André qui accusent le coup. Septuagénaire et octogénaire, le couple d’Antibois vit une galère qu’il n’avait pas vu venir.

"On a vendu notre maison pour acquérir un bien à Marenda-Lacan. Mais aujourd’hui, on se retrouve dans un Airbnb." Comme les autres acquéreurs du programme du centre-ville, ils demeurent dans l’expectative.

"En 2018, le programme annonçait une livraison des logements fin 2020 (1)", résume Frédéric: "Faites le calcul, personne ici n’a ses clés, les travaux ne sont pas terminés et on est un an plus tard."

Sauf que voilà, les futurs habitants du quartier construit par BNP Paribas Real Estate ne savent plus vers qui se tourner, en témoigne Marie: "On se sent oubliés. On écrit, on appelle, personne ne nous répond. Et pendant ce temps-là, ils n’oublient pas les appels de fonds."

 

Se sentant ignorés par le promoteur, une partie des acquéreurs s’est muée en collectif au nom on ne peut plus équivoque: " Marenda Lacan Retard".

Pour porter la voix des acheteurs désemparés, Maître Cécile Zakine prend en main le dossier. "C’est édifiant", constate l’avocate qui lance: "Il y a une réelle méprise du consommateur ici. On voit clairement un manque d’humanité."

Le docteur en droit évoque les situations précaires dans lesquelles se retrouvent certains, entre logement instable et finances dans le rouge. Un retard qui coûte cher.

"Juste pour vous donner un exemple. On nous avait dit que notre cuisine pouvait être installée ce mois-ci. Mais entre-temps, cela a changé, il faut encore attendre. Donc on doit payer un endroit pour stocker le matériel", résume Marie qui se dit soulagée d’avoir un toit sur la tête durant cette période.

"Si on avait su…", soupire Maryse qui reste interloquée: "On a fait confiance. C’est quand même un grand groupe, on se dit que ça ne peut que bien se passer."

 

Regrettant de s’être engagés dans cette aventure, les acquéreurs cherchent à comprendre les raisons "occultes" de ces mois de retard. "Il y a la crise sanitaire, mais le BTP n’a pas été complètement mis à l’arrêt durant des semaines et des semaines", précise Frédéric qui, document au poing, démêle: "On nous parle d’intempéries. Mais si dès qu’il y a un millimètre de pluie tout s’arrête..."

Dans le flou, le collectif émet des hypothèses: "Il reste encore des biens à vendre (2). Est-ce qu’ils attendent de trouver acquéreur pour accélérer les choses?"

Une question de plus en suspend. Face à cette galère, les acquéreurs espèrent obtenir dédommagement.

"Ce serait la moindre des choses", lance Marie qui verrait dans ce geste une forme de considération pour ceux qui comme elles continuent d’honorer les échéances de paiement. En temps. Et en heure.


1. À noter: Erilia a acquis 50 logements dans ce programme. Le bailleur social précise que "les commissions d’attribution de ces logements ont déjà eu lieu [...] Nous informerons nos futurs locataires de leur entrée dans les lieux dès qu’une date nous sera communiquée, date à laquelle toutes les conditions seront réunies pour nous permettre d’accueillir de façon sécurisée nos nouveaux habitants. L’échéance qui semble se dessiner pour la remise des clés est janvier 2022."

2. Il s’agit d’un programme en Véfa: vente en l’état de futur d’achèvement.

Dans le cadre de ce projet, l’actuelle Poste sera transformée en hôtel. Photo NM.

« Est-ce que nos voitures vont prendre l’eau ? »

Ce n’est pas un secret. Marenda-Lacan a, au gré des mois, cumulé les retards. En commençant par le parking comme le maire l’expliquait dans nos colonnes le 25 juin 2019: "Q Park et BNP Paribas ont signé une convention pour cet ouvrage et il y a un problème technique [N.D.L.R. : il s’agit notamment de modifier les accès]. Aujourd’hui, il y a un différend entre les deux parties et des pénalités vont être réclamées par BNP Paribas. Mais cela ne va pas faire avancer les travaux plus vite…"

Mais c’est la question des aménagements hydrauliques qui inquiète le collectif : "Est-ce que nos voitures vont prendre l’eau lors de futures intempéries?"

Des interrogations venant mettre le doigt sur le dimensionnement des réalisations. À ce titre, Maître Cécile Zakine a adressé un courrier au maire d’Antibes Jean Leonetti, également président de la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis – qui est en charge de la gestion des eaux pluviales. La collectivité assure donc qu’il "n’y a aucune difficulté concernant ces réseaux".

Et rappelle les longs travaux "sur l’ensemble du périmètre de la ZAC et jusqu’au port Vauban" où "la totalité des réseaux d’eaux pluviales a été redimensionnée" pour "garantir une meilleure gestion des eaux pluviales à l’échelle du centre-ville".

Concernant les études hydrauliques? Le collectif ne verra pas sa demande d’accès à ces documents aboutir car on leur répond que "les études hydrauliques poussées ne font pas partie des pièces exigées lors de l’instruction des permis de construire et ne sont pas fournies à ce stade de la concrétisation du projet".

La collectivité souligne que "ce projet a fait l’objet d’avis favorables avec prescriptions du service eaux pluviales de la commune d’Antibes Juan-les-Pins en date du 14 décembre 2017".

Des appartements sont encore en vente. Photo NM.

Livraison prévue au premier trimestre

Contactée au sujet des inquiétudes et situations complexes vécues par les membres du collectif, BNP Paribas Réal Estate a répondu via un mail adressé à notre rédaction par son service communication: "Nous avons régulièrement tenu les acquéreurs informés des retards et de leurs causes dues aux intempéries, au Covid et plus récemment au retard d’approvisionnement de matériaux, notamment les garde-corps. Le courrier le plus récent date de la semaine dernière et nous serons bientôt en mesure d’apporter des précisions aux acquéreurs concernant la date finale de livraison (qui devrait être faite dans le courant du T1 2022)."

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