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Michel Dotta quitte la présidence de la Chambre immobilière monégasque

Président depuis 1999, le directeur de l’agence immobilière de luxe Dotta Immobilier a décidé de ne pas se représenter aux élections ce mardi. Il dresse le bilan de son action et ses souhaits.

Thomas MICHEL Publié le 21/06/2021 à 14:09, mis à jour le 21/06/2021 à 14:22
J.-F.O.

Une page se tourne dans l’immobilier monégasque. Réélu chaque année à la présidence de la Chambre immobilière depuis 22 ans, Michel Dotta passera le relais demain, non sans avoir préparé la transition avec ses équipes, dont le Secrétaire général, Alain Vivalda, et la trésorière, Carol Millo. "Il y a trois ans déjà, j’avais dit à mes collaborateurs de se préparer à mon départ. Et puis il y a eu le Covid et on m’a dit qu’on avait besoin de moi. Aujourd’hui j’ai trouvé une secrétaire juridique avec la Fedem, pour aider à la transition. Ils ne peuvent plus dire non. [rire]"

"J’étais parti pour cinq ans maximum. Il faut laisser un peu la place", poursuit Michel Dotta sans une once de regrets. "Je suis content d’arrêter. J’ai énormément travaillé et j’ai le sentiment d’avoir bien fait le boulot. Ce sera aussi du temps de gagner pour faire un peu plus de golf", plaisante celui qui exerce dans l’immobilier depuis 1974 et avait été poussé aux responsabilités par Jean-Paul Torrel [actuellement vice-président, ndlr], en 1999. "Il était Secrétaire général et il fallait un renouveau de la Chambre. ça faisait déjà 25 ans que je faisais le métier et j’étais connu. Il m’a dit : “Tu vas nous aider et faire la loi”. Il n’y avait pas de lois."

"Je voulais qu’on soit respecté"

Rapidement, Michel Dotta impose son style. "La Chambre était totalement inconnue. Il y avait 50 agences seulement, alors qu’on est 86 aujourd’hui. Je souhaitais apporter de la rigueur car c’était un peu “à la française”, un peu magouille." Une frivolité latine "incompatible" avec la méthode Dotta. "Je voulais qu’on soit respecté et consulté, et avec le temps on a pris une part majeure dans la vie monégasque. L’immobilier compte énormément aujourd’hui. Le bâtiment, c’est ce qui compte le plus. On a été intégré partout. Aujourd’hui, la Chambre est consultée de façon permanente par le gouvernement et le Conseil national, ça évite des erreurs, c’est du pragmatisme", se félicite Michel Dotta, citant pour exemple le récent texte de loi sur l’encadrement de la profession de marchands de biens. "Une aberration totale que je signalais depuis 10 ans".

Qui dit présidence, dit aussi parfois adversité. "Il y a eu une ou deux fois des tentatives d’actions contre moi, qui se sont éteintes sans que j’aie à faire de la politique", admet celui qui a "horreur des conflits et de la bagarre" : "J’ai toujours répondu que le but n’était pas que je sois aimé, mais que je sois efficace."

 

"Cool down sur les travaux..."

La solution ? "Il faut avoir son idée, être source d’idées." Avoir un cap, le garder, et savoir être patient dans l’avancée de négociations. "Si on n’a pas fait 100 et qu’on est à 80, c’est déjà bien alors qu’on était à zéro. Et la fois d’après on recommencera plus", résume celui qui a vu défiler une dizaine de Ministres d’État depuis André Saint-Mleux jusqu’à Pierre Dartout.

Un dernier souhait ? "Cool down sur les travaux. Quand on refait le port ou le Larvotto, ça a un intérêt social et c’est génial. Mais il y a des endroits où il y a des grues depuis deux ans pour des opérations de particuliers. J’en entends tous les matins, ça ne peut plus durer. C’est invivable, un enfer."

« Je suis fier de mes équipes et des personnes de mon agence. » J.-F. Ottonello.

Ce qu'il laisse et ce qu'il souhaite

À l’heure du bilan, la colonne des accomplissements est bien pleine sous les yeux de Michel Dotta : inciter les pouvoirs publics à ce qu’il y ait de nouveaux projets de construction, obtenir la reconnaissance de la profession, gagner en professionnalisme et augmenter le nombre d’adhérents, lutter contre les prête-noms et intermédiaires, ou encore le vote de la loi 1.252 sur les conditions d’exercice des activités relatives à certaines opérations portant sur les immeubles et les fonds de commerce.

Un combat "princier" fait aussi sa fierté. "On a fait barrage à une idée folle de Crédit Agricole à l’époque, qui voulait faire des cabinets immobiliers bancaires à Monaco comme en France. Ils avaient acheté une agence, on les a obligés à la revendre."

Des avancées sont aussi sur les rails avec la Direction de l’Expansion économique et le gouvernement. "On va faire en sorte que les gérants soient associés, et que les associés aient une certaine compétence dans l’immobilier. On demandera une licence, pas un doctorat non plus."

Si le président nourrit quelques regrets autour du mandat écrit, qu’il souhaitait rendre obligatoire, il se satisfait de la rédaction de mandats type, comme de la création de l’Observatoire de l’immobilier. "On s’est beaucoup battu sur la définition de la méthode d’évaluation des surfaces, qui était plus qu’opaque", souligne-t-il au passage.

Michel Dotta se félicite aussi de l’évolution des mentalités alors que deux lois sur la copropriété, attendues depuis 2007, avancent. "Le gouvernement et le Conseil national ont compris qu’il fallait que ça évolue. La nouvelle législature a compris qu’il fallait en permanence s’adapter, ne pas rester figé. Et pas seulement pour l’immobilier."

Enfin, 12 ans après avoir émis ses mêmes vœux au Conseil économique et social, Michel Dotta espère une refonte du bail commercial. "Il faut qu’on puisse appliquer une pénalité quand un local reste vide trop longtemps. Mais pour cela il faudrait connaître le prix moyen au mètre carré. Or, personne ne sait le prix moyen du loyer…"

"L'enfer du Covid"

Dès le 16 mars 2020, veille du confinement, il a fallu transiger pour les équipes de la Chambre immobilière. "Personne ne voulait payer le loyer. Il a fallu appeler les propriétaires un par an. ça a duré trois mois, un enfer. On a fini exsangues." Même après six mois de procédures, certaines grosses fortunes n’ont ainsi accepté de payer que 50 % du loyer.

Une tendance procédurière qui s’est étendue au fil des années selon l’expert immobilier. "Tout est beaucoup plus compliqué, je pense que c’est une question de mentalité en général. Avant les gens avaient peur du qu’en-dira-t-on, aujourd’hui ils ne sont même plus là et c’est difficile d’attraper un locataire étranger. Il n’y a pas d’exequatur."

Grand projet de ce XXIe siècle, l’extension en mer est en revanche hermétique aux tensions selon Michel Dotta. "Parce que Patrice Pastor a de l’expérience et un cabinet immobilier, il a anticipé les problèmes. Tu dois soumettre la candidature de ton client, qui doit ensuite répondre aux normes SICCFIN, et une fois qu’il est accepté il reste ton client. La Chambre immobilière va récupérer les reventes et on a d’ailleurs obtenu trois mois d’exclusivité."

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