Le patron de John Taylor décrypte l'année 2021 de l'immobilier de luxe sur la Côte d'Azur et Monaco

Le patron de l’agence immobilière made in Riviera, Nicolas Orlowski, balaye l’actualité d’un marché florissant dans la gamme luxe et révèle une vente record ultraluxe à Monaco en 2021.

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Thomas Michel Publié le 03/02/2022 à 11:07, mis à jour le 03/02/2022 à 12:58
Nicolas Orlowski, président de John Taylor: "On a la chance d’être en place depuis 150 ans sur la Côte d’Azur et donc d’avoir des clients qu’on accompagne de génération en génération. Ils entrent en contact avec nous en priorité, par réflexe." Photo Jean-François Ottonello

"Il y a deux ans on nous prédisait un écroulement du marché de l’immobilier et il s’est passé tout le contraire. Le marché s’est redressé dans certains secteurs, comparé à 2018 et 2019."

Attablé dans un salon de l’Hôtel Hermitage, le président de l’agence immobilière de luxe John Taylor, Nicolas Orlowski, ne goûte guère les prédictions de plateaux TV et guette la faculté de rebond et de résilience des acteurs économiques mondiaux lorsqu’il s’agira de sortir réellement de la crise Covid et, mécaniquement, de stopper les perfusions dans les États où l’aide publique perdure. "Je me demande même s’il n’y a pas plus d’incertitudes dans les deux ans qui viennent que dans les deux précédentes", admet ainsi le président-fondateur du groupe Artcurial.

Ultraluxe et campagne

Un groupe dont les activités de ventes aux enchères (Artcurial, et Arqana pour les chevaux), de ventes en ligne d’objets de luxe (Collector Square), et de ventes immobilières (John Taylor) pèse 1,5 milliard d’euros d’activités en 2021.

Au son du marteau des commissaires-priseurs en fond, rythmant les vacations hivernales d’Artcurial, Nicolas Orlowski détaille l’évolution de l’immobilier de luxe sur la Côte d’Azur depuis une position de choix. "Je pense que John Taylor détient 50% de parts de marché dans l’hyperluxe, c’est-à-dire des maisons au-dessus de 10-15 millions d’euros." Et cette année, un record est tombé à Monaco dans ce domaine (lire ci-contre).

Le carton de l’année revenant à la tranche luxe (1 à 2 millions d’euros) sur la Côte d’Azur. "On a vendu tellement de maisons dans cette gamme de prix qu’on a un problème de stocks", confie Nicolas Orlowski.

En cause notamment, la volonté de nombreux urbains d’investir dans l’arrière-pays, voire de s’y installer. Un lifestyle en vogue qui a conduit John Taylor a créé un pôle "countryside" dans sa nouvelle agence de Mougins. "Avec Mougins nous comptons 25-30 personnes de plus et sommes en phrase de recrutement."

Une dynamique phénoménale sur le luxe

Côte d'Azur: berceau fertile de John, Taylor

Créée en 1864 à Cannes, John Taylor est une institution locale dont le siège international est situé à Monaco. Nicolas Orlowski dresse le bilan d’une année mitigée en termes de location mais parsemée de jolis coups à la vente.

Des locations en berne faute d’étrangers

Covid oblige, de "très gros clients" étaient aux abonnés absents sur les bords de la Méditerranée en 2021. Américains, Anglais, Russes… Résultat: "L’activité location est en baisse. On a eu beaucoup d’annulations sur de très grosses maisons depuis deux ans. ça va mieux, mais ça reste dur".

DES VENTES PORTéES PAR LES MONéGASQUES

Les Monégasques friands d’hyperluxe jusque dans le Var

À la vente, le secteur de l’hyperluxe (supérieur à 10 millions d’euros) a conservé une bonne dynamique en 2021, malgré l’absence d’investisseurs étrangers et la difficulté évidente de vendre à distance.

Mais les acteurs locaux ont été gourmands, à commencer par les Monégasques. "Nous enregistrons beaucoup de transactions avec des Monégasques pour des maisons en bord de mer comme dans l’arrière-pays. Pas mal de Monégasques ont été jusqu’à Saint-Tropez et la demande est très forte sur des secteurs comme Saint-Jean."

Autre constat, le bouche-à-oreille fonctionne et les biens d’exception se cèdent entre voisins.

Mougins, La Colle-sur-Loup, Saint-Paul-de-Vence… tellement de succès que les biens manquent

"Il y a une dynamique phénoménale sur le luxe. Sur la tranche entre 1 et 4 millions d’euros, on a une progression à deux chiffres du nombre d’actes de vente", se réjouit Nicolas Orlowski.

Après le rachat d’une grande agence immobilière de Mougins, John Taylor a notamment décidé d’ouvrir un pôle "countryside" très porteur sur les communes de Mougins, Valbonne, La Colle ou encore Saint-Paul. Un arrière-pays « très dynamique » grâce à un atout majeur: l’aéroport de Nice. "C’est le gros avantage, tous les clients étrangers le disent. C’est l’un des très gros arguments pour le rayonnement de la zone, avec la proximité de Monaco, qui offre une sécurité et où ça vit toute l’année. C’est d’ailleurs pour ça aussi que certains clients étrangers ne vont pas à Saint-Tropez, parce que tout est fermé neuf mois de l’année. Je suis très optimiste pour la Riviera à long terme. C’est stable et globalement sécurisé."

Monaco: un refuge familial

"Monaco va plutôt bien et son attractivité s’est même renforcée pendant le Covid. Les demandes d’installation sont nombreuses et de plus en plus de clients s’installent vraiment et en famille. On le voit dans les rues où la population se rajeunit et dans la fréquentation des écoles."

Un savoir-faire à entretenir

"On naît quasiment agent immobilier dans le Sud. Mais attention, il faut le faire d’une certaine façon. Il faudrait que la France, dans le Sud en particulier, aille dans ce sens. Il faut plus structurer ce marché. Il y a des gens qui font n’importe quoi et qui, plus grave, disent n’importe quoi. Ce marché de l’immobilier doit être sérieux, tout comme ses agents, dans le simple intérêt de nos clients."

En cela, la loi évolue à Monaco où le métier de marchands de biens tend à être de plus en plus encadré sous l’égide notamment de la Chambre de l’immobilier monégasque.

Suisse: la locomotive de l'hyperluxe

Présent dans une vingtaine de pays (hors États-Unis et Asie), John Taylor cartonne en Suisse où le cadre de vie attire les grosses fortunes. "Dans l’hyperluxe et le luxe, on a fait autour de Genève le plus gros chiffre de notre existence en 2021. On a vendu quatre maisons entre 35 et 70 millions d’euros. C’est notre plus gros pays après la France."

Trompe-l'œil à Paris

Une demande plus forte en dehors des villes

Si le marché de l’immobilier est "très dynamique" dans le Sud de la France, il n’échappe pas à un phénomène qui a émergé ces deux dernières années.

Actuellement, le marché est "à deux vitesses" avec, d’un côté le boom de la "demande rurale ou régionale"; de l’autre, l’urbain qui stagne. En cela, Paris est l’exemple le plus criant.

"Paris est flat depuis 2 ans", confirme Nicolas Orlowski. Pourtant, le patron de John Taylor annonce l’ouverture de nouvelles agences dans la capitale. "On en est très loin mais on souhaite, un jour, avoir la même dimension que dans le Sud."

Car le Paris "flat" est un trompe-l’œil. "D’abord parce qu’il ne faut pas oublier que les prix étaient montés très haut, et surtout on a perdu 80% de nos acheteurs étrangers avec la crise, qui sont les acheteurs les plus dynamiques."

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