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Rencontre avec Zachary Mamane, un réfugié Nigérien ayant vécu l'enfer en Libye : "L’intégration, c’est respecter les règles du pays"

Son visage presque juvénile ne laisse rien apparaître des aventures périlleuses qu’il a vécues avant d’atterrir à Toulon. Le Nigérien Zachary Mamane est ce qu’on appelle un migrant. Témoignage.

P.-L. Pagès Publié le 17/12/2021 à 08:27, mis à jour le 17/12/2021 à 08:27
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Après avoir traversé le Sahara, puis la Méditerranée, Zachary Mamane, alias Zac, a finalement atterri à Toulon. Modèle d’intégration, il y suit des études de droit et rêve de devenir avocat pour défendre les migrants. (Photo Frank Muller). Frank Muller / Nice Matin

Si l’émission de télévision Vis ma vie existait encore, Zachary Mamane - "Zac" souffle-t-il aussitôt - aurait probablement lancé le défi aux hommes et femmes politiques français qui stigmatisent les migrants à longueur de journée.

"C’est injuste ce qu’on nous reproche, mais ces paroles ne me blessent pas. Ils ne savent pas ce qu’on a dû affronter pour tenter de trouver une vie meilleure ici, alors je leur pardonne". À 28 ans à peine, Zac fait preuve d’une étonnante sagesse. Le Niger, son pays d’origine, n’y est sans doute pas étranger.

La route de l'exil, l'enfermement, les coups ... 

Un pays qu’il a dû quitter pour sauver sa peau. Laissant derrière lui ses parents et ses trois frères et sœur. "En 2014, je me suis insurgé contre le racket imposé par les groupes terroristes. Je trouvais ce système injuste. J’ai alors mobilisé les habitants de mon village Abala pour manifester. Mais certains m’ont dénoncé comme étant le leader de ces protestations".

Menacé de mort, Zac n’a d’autre choix que de prendre la route de l’exil. Aidé financièrement par sa mère, il parvient à rejoindre la Libye, passage redouté mais obligé pour tous les migrants africains qui tentent de gagner l’Europe. Zac ne préfère pas s’étendre sur ces deux années passées à Tripoli en attendant de pouvoir se payer la traversée de la Méditerranée. Comme tant d’autres de ses compagnons d’infortune, il a été enfermé, frappé.

 

 

Pour ma propre survie, j’ai dû faire des choses qui me hantent encore aujourd’hui

"On a essayé de me faire cracher un numéro de téléphone pour ensuite extorquer de l’argent à ma famille. Mais je n’ai rien lâché", raconte-t-il calmement. Puis il glisse: "Ma maîtrise de la langue Haoussa m’a permis de m’en sortir. Pour ma propre survie, j’ai dû faire des choses qui me hantent encore aujourd’hui". On n’en saura pas plus… Si ce n’est qu’il a un temps travaillé comme manœuvre dans le bâtiment et agent de sécurité dans un supermarché de la capitale.

Un avenir français

Comme pour plus de 20.000 de ses "frères" africains qui ont fait naufrage en Méditerranée, la traversée de la Grande Bleue aurait pu lui être fatale. "On était 80 à faire le voyage ce jour-là. Quand, après douze heures de mer, l’embarcation a commencé à montrer des signes de fatigue, certains des passagers ont parlé de jeter des gens par-dessus bord. Je me suis alors assis à cheval sur le flotteur et j’ai menacé de le crever avec un couteau. Ça a calmé tout le monde". Finalement, tous les passagers seront récupérés sains et saufs par un navire de sauvetage et débarqué à Trapani, en Sicile.

De petits boulots en petits boulots, "au black" précise-t-il, Zac passera une année aux confins sud de l’Europe, avant de mettre le cap sur la France. "Après un an, je n’avais toujours pas de papiers. Je me suis rendu compte que l’État italien ne me connaissait pas, que je n’avais aucun avenir dans ce pays. Alors j’ai pris le bus jusqu’à Milan, puis le train pour Marseille". Malgré les mises en garde, le passage de la frontière italo-française se fera sans difficulté.

 

Il étudie désormais le droit en deuxième année 

Fauché, ce fils d’imam trouvera tout naturellement refuge pour une ou deux nuits dans une mosquée de la cité phocéenne, avant de poursuivre son voyage jusqu’à Paris où il arrive début 2017. "Un musulman m’a payé le billet". Trois ans après son départ du Niger, Zac peut enfin faire sa demande d’asile auprès de l’office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). Sept mois plus tard, il est envoyé en Provence-Alpes-Côte d’Azur et atterrit finalement à Toulon en novembre 2017.

À 28 ans, Zac, étudiant en deuxième année de droit à la faculté de Toulon, peut envisager le futur avec sérénité. "Après avoir obtenu mon équivalence du bac, je me suis inscrit à la fac de droit. À terme, j’aimerais devenir avocat pour défendre les migrants comme moi. J’ai toujours eu horreur de l’injustice et je me suis rendu compte que ceux qui arrivent en France sans bien parler la langue sont mal armés pour obtenir leurs papiers", affirme-t-il avec conviction.

Bien sûr le Niger lui manque. Mais Zac ne regrette aucun de ses choix. "Ma vie, je la vois très clairement en France maintenant". Quant à son intégration dans son pays d’adoption, question qui revient souvent dans la bouche des politiques stigmatisant les migrants, Zac rétorque: "ça m’arrive encore de revêtir un boubou. Je ne vois pas où est le problème. L’intégration, c’est respecter les règles du pays dans lequel tu vis. Ça n’a rien à voir avec la façon de s’habiller". La sagesse encore et toujours.

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