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Migrants bloqués, représailles, réactions... Tout comprendre de la crise entre la Pologne et la Biélorussie

L'afflux de migrants à la frontière entre la Pologne et le Bélarus provoque une grave crise diplomatique entre ces deux pays et l'inquiétude de l'Europe. Voici les clés pour comprendre ce qui se joue actuellement aux confins de l'est de l'Union.

La rédaction Publié le 16/11/2021 à 14:35, mis à jour le 16/11/2021 à 14:13
Les forces de l'ordre polonaises observent des migrants se réunir à la frontière avec le Belarus, le 15 novembre 2021 BELTA/AFP / Leonid SHCHEGLOV

Depuis plusieurs semaines, la Pologne et l’Union européenne s’opposent au Bélarus. Tous deux accusent l'autre de faciliter l'entrée de façon illégale de dizaines de milliers de migrants sur le territoire européen. En ce mois de novembre, la tension s'est accentuée et a creusé le sillon d'une grave crise diplomatique.

Des dizaines de milliers de personnes sont actuellement bloquées à la frontière entre la Pologne et le Bélarus. Ce mardi 16 novembre, les autorités polonaises ont déclaré que la police tirait des lacrymogènes contre les migrants à la frontière avec le Bélarus. 

Quelle est la situation sur le terrain ?

Plusieurs milliers de migrants voulant gagner l'Europe sont bloqués le long des quelque 400 kilomètres de frontière entre le Bélarus et la Pologne, dont plus de 2.000 dans un camp de fortune face au village polonais de Kuznica. Ces personnes, parmi lesquelles se trouvent des enfants et des femmes, vivotent dans des conditions difficiles. La nuit, les températures descendent sous zéro degré Celsius.

D'après les autorités polonaises, des groupes ont de forcer la frontière en plusieurs points. Des vidéos publiées par les autorités polonaises montrent certains migrants utilisant des troncs d'arbres comme béliers pour abattre la clôture surmontée de fils de fer barbelé érigée par Varsovie à la frontière. Au moins dix personnes sont mortes ces dernières semaines, dont sept sur le sol polonais, selon le quotidien Gazeta Wyborcza.

 

D'où viennent les migrants ?

¨Principalement des pays en guerre. Il s'agit pour l'essentiel de personnes qui ont fui des conflits ou la misère au Proche-Orient ou en Afrique. Un grand nombre d'entre eux sont des Kurdes du nord de l'Irak. Ces trois derniers mois, 1.600 personnes ont rallié le Bélarus grâce à un visa de tourisme depuis le Kurdistan irakien, selon l'Association des réfugiés du Kurdistan.

Des personnes venant de Syrie, pays en guerre depuis dix ans, sont également présentes à la frontière. Une Polonaise qui vient en aide aux migrants sur place a également dit à l'AFP avoir vu des ressortissants du Yémen, de Côte d'Ivoire et, même, de Cuba.

Pourquoi l'UE accuse-t-elle le Bélarus d'avoir orchestré cette "crise migratoire" 

Bruxelles accuse l'autoritaire président bélarusse Alexandre Loukachenko d'avoir orchestré cette crise migratoire pour se venger des sanctions occidentales imposées à son régime pour la brutale répression de manifestations l'an dernier. Fin juin 2021, Minsk suspend sa participation au Partenariat oriental - noué entre l'Union européenne et six ex-Républiques soviétiques -, en représailles à des sanctions imposées au président du Bélarus Alexandre Loukachenko et aux membres de son régime impliqués dans la répression de la contestation de la présidentielle du 9 août 2020. 

Situé aux portes de l'UE et frontalier de la Pologne, la Lettonie et la Lituanie, le Bélarus brandit aussi implicitement la menace de cesser de coopérer en matière de lutte contre l'immigration illégale et le crime organisé. Les "drogues et les migrants" ne seraient plus stoppés par le pays, dans leur trajet vers l'Europe. 

Le 9 juillet, la Lituanie annonce sa décision de construire un mur à sa frontière avec le Bélarus après une augmentation "effrayante" du nombre de migrants - la plupart originaires du Proche-Orient et d'Afrique -, arrivant via ce pays. Les tensions entre Minsk et Vilnius se sont renforcées quand la Lituanie est devenue, en 2020, un refuge pour l'opposition bélarusse. Le 10 août, la Lettonie met en place un état d'urgence le long de sa frontière avec le Bélarus. 

 

Comment réagit la Pologne? 

De con côté, Varsovie accuse Minsk de délivrer des visas de transit aux ressortissants de plusieurs pays afin d'attirer les candidats à l'exil, de les acheminer jusqu'à la frontière et même de leur fournir des outils pour découper la clôture. Face à l'afflux de migrants, Varsovie a dénoncé une "attaque" de Minsk, musclé son dispositif à la frontière, où elle a déployé quelque 15.000 militaires, et décidé de construire un mur en décembre prochain. 

Le 2 septembre, la Pologne, après avoir lancé la construction d'une clôture barbelée et déployé 2.000 soldats, impose un état d'urgence interdisant aux non-résidents, y compris aux médias, de se rendre dans la zone frontalière avec le Bélarus. Des ONG accusent la Pologne de pratiquer des refoulements illégaux de migrants, en les empêchant de présenter des demandes d'asile et en les forçant à revenir au Bélarus. La Pologne a légalisé mi-octobre cette pratique controversée et Bruxelles s'inquiète de la situation de l'Etat de droit dans ce pays membre. 

Paris dénonce un "trafic" d'êtres humains

Paris accuse la famille de Loukachenko d'être derrière un "trafic" d'êtres humains "savamment organisé" avec des pays tiers, vers l'Union européenne, via la Turquie et Dubaï. Début novembre, Varsovie convoque le chargé d'affaires bélarusse après une incursion, qualifiée de "provocation", de personnes armées et en uniforme sur son territoire depuis le Bélarus. 

Ce mardi 16 novembre, Gabriel Attal a indiqué sur France Inter que La France est "en solidarité" avec la Pologne et n'a "pas de leçons à (lui) donner" alors que Varsovie va y construire un mur. Interrogé sur France Inter pour savoir si Paris soutenait cette construction, il a indiqué que "la France ce qu'elle dit, l'Europe ce qu'elle dit, c'est qu'on doit faire respecter nos frontières. Ce qu'elle dit, c'est qu'elle est en solidarité avec les pays confrontés à cette situation".

Il s'exprimait au lendemain d'un entretien entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine qui se sont mis d'accord pour œuvrer à une "désescalade" de cette crise et "un effort sur la situation humanitaire des migrants en renforçant l’implication du HCR" (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés). Le président russe a indiqué, selon l'Elysée, qu'il allait "en parler" à son homologue bélarusse Alexandre Loukachenko.

L'escalade de ces derniers jours

Le 8 novembre dernier, les autorités polonaises disent craindre une escalade "de nature armée" à la frontière avec le Bélarus où se massent 3.000 à 4.000 migrants selon Varsovie. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, appelle à de nouvelles sanctions contre Minsk, tandis que les Etats-Unis "condamnent fermement l'exploitation politique et la manipulation de personnes vulnérables" par Minsk.

Le 9 novembre, la Pologne dénonce une "attaque hybride" menaçant l'UE tandis que Loukachenko s'entretient au téléphone avec le président russe Vladimir Poutine.

Le 10 novembre, Varsovie accuse Poutine d'orchestrer la crise migratoire et Minsk de "terrorisme d'Etat"

Le lendemain, Minsk menace de couper le gaz à l'Europe en cas de nouvelles sanctions, Poutine appelle l'Europe au dialogue. 

Le 12 novembre, le Kremlin assure que ses livraisons de gaz continueront. La Turquie interdit aux ressortissants de trois pays du Proche-Orient de prendre l'avion pour le Bélarus depuis son sol. Les armées russe et bélarusse annoncent mener des exercices aéroportés communs près de la frontière polonaise.

Le président Alexandre Loukachenko, tout en dénonçant le comportement européen et niant toute responsabilité dans la crise, a assuré lundi 15 novembre, travailler au retour des migrants, en majorité venus d'Irak. L'ambassade irakienne à Moscou a de son côté indiqué mardi qu'"environ 200" de ses ressortissants allaient être rapatriés du Bélarus jeudi. Il s'agit notamment de femmes et d'enfants. Bagdad avait indiqué que de tels vols, sur la base du volontariat, seraient organisés dès cette semaine. 

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