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VIDEO. Un étudiant découvre des armes de guerre dans une ancienne mine du pays de Brignoles

L’Urbex, pour “exploration urbaine”, truste souvent le haut du classement des vidéos partagées sur Internet. La pratique, qui consiste à visiter, caméra au poing, des lieux abandonnés, comporte des risques. Mais offre parfois des découvertes insolites à celui qui passe outre. Clément Monjo, Youtubeur et étudiant en histoire, en a fait l’expérience, en trouvant, dans une mine abandonnée située autour de Brignoles, des armes datant sans doute de la Seconde Guerre mondiale.

Romain Alcaraz ralcaraz@nicematin.fr Publié le 22/03/2021 à 09:42, mis à jour le 22/03/2021 à 17:13
Pour le spéléologue Robert Durand, dont on voit ici une descente, la "découverte" publiée sur Internet n’en est pas une: "On connaît cet endroit depuis longtemps." Mais à ses yeux, sa visite devrait être encadrée comme celles que propose le club de spéléo varois. Photo DR

La découverte n’en est pas forcément une. "Nous avons cartographié les mines de la région il y a quelques années, et celle-ci en faisait partie. Nous savions ce qu’il y avait à l’intérieur."

C’est Robert Durand qui parle, président du club spéléologique méditerranéen. Et la mine en question est une carrière abandonnée de bauxite, située dans la région de Brignoles. Et s’y trouvent des munitions laissées là il y a environ 75 ans…

Reste que le secret était du genre bien gardé. Et c’est devant la caméra de Clément Monjo, jeune étudiant en histoire à Aix-en-Provence, que s’est dévoilée cette planque datant de la Seconde Guerre mondiale.

Pour des milliers de spectateurs, c’est aussi une belle découverte. Les commentaires enthousiastes postés sous la vidéo publiée sur YouTube sont là pour le prouver.

Et cela confirme que l’exploration urbaine (Urbex pour les intimes) a encore de beaux jours devant elle. Ce format, à mi-chemin entre le reportage amateur et le film d’aventures, comptabilise des millions de vues sur Internet.

Retour sur l’histoire d’une découverte pas comme les autres…

 

Clément Exploration: "Cette mine représente une vraie trace de l’histoire locale"

C’est un peu le "clou" de la vidéo: la découverte de munitions datant de la Seconde Guerre mondiale. Photo capture écran Youtube .

Au détour d’une galerie creusée dans la roche varoise se dévoile un amas de ce qui ressemble d’abord à des détritus. Mais en s’approchant, Clément découvre des munitions datant sans doute de la Seconde Guerre mondiale. Que font des armes de guerre dans cette mine oubliée? Voilà l’intitulé de la vidéo traitant de l’exploration d’une mine de bauxite dans la région de Brignoles.

L’auteur de la vidéo raconte sa découverte.

Comment avez-vous trouvé cet endroit?
J’ai un ami explorateur qui avait trouvé cette entrée de mine. Il n’a pas osé s’y aventurer seul. Il m’a proposé de l’accompagner, pour le faire ensemble.

 

Vous êtes tombés sur quelque chose d’inattendu…
On est descendu au fond de la mine, assez profond. Au bout d’un moment, on avait terminé. En remontant, je vois une galerie cachée derrière des gros blocs. Je passe au travers, c’est un peu étroit. Et je tombe sur du matériel. Je pensais qu’il s’agissait du matériel minier, mais mon ami me dit qu’il s’agit de cartouche de masques à gaz. Et en fouillant un peu, on tombe sur des chargeurs.

Que se passe-t-il ensuite?
On fait attention, parce qu’on ne sait pas si c’est dangereux, s’il y a des grenades… Bref, on ne sait pas s’il y a un risque. C’est une fois dehors que l’enquête commence.

Avec des résultats?
On commence à découvrir l’histoire du site. On comprend que c’est un réseau de résistance qui avait entreposé ces munitions dans cette mine. Quarante ans plus tard, dans les années 80, ils y sont retournés et ont pris une photo, qu’on a pu consulter.

Êtes-vous retourné voir?
Oui, avec des personnes qui connaissent un peu l’histoire des lieux. On a trouvé des pièces de monnaie de l’époque, mais aussi du matériel médical, des balles, des restes de grenades. On a réussi à identifier le matériel, et c’est bien d’origine anglaise. Les alliés avaient fourni du matériel aux résistants du coin.

Que représente cette exploration pour vous?
C’est une vraie trace de l’histoire locale.

 

Comment êtes-vous devenu "explorateur urbain"?
Très jeune, j’ai toujours été intrigué par ces mines, ces lieux oubliés. Il y en a un peu partout dans la région, et on en connaissait les entrées quand on était petits. Je me suis toujours dit que quand je serai prêt, j’irai. Puis c’est devenu une mode effectivement. J’ai découvert des vidéos de Youtubeurs, et ça m’a encore plus encouragé à franchir le pas.

 

Le chiffre

3.400 abonnés à la chaîne YouTube de Clément Exploration. Une sacrée performance pour le jeune homme de 21 ans. D’autres explorateurs urbains dépassent le million d’abonnés, certains possèdent une communauté de plusieurs millions d’adeptes.

L’Urbex: une pratique qui comporte des risques

Des aventures incroyables dans les lieux les plus secrets de France. Voilà la promesse de l’Urbex (pour urban exploration - exploration urbaine), cette tendance qui se répand sur YouTube, qui convertit chaque jour de nouveaux adeptes. Pour le meilleur… et pour le pire.

Le meilleur, ce sont effectivement des images parfois incroyables de zones totalement inaccessibles que l’on découvre dans ces vidéos postées sur Internet. Le pire, c’est la course au clic qui parfois l’emporte sur la pertinence des lieux visités, avec parfois des prises de risques inconsidérés. À quelle catégorie appartient la vidéo de Clément Exploration, ce Youtubeur qui est venu explorer cette ancienne mine dans une forêt de Provence?

Si chacun peut se faire son avis, celui de Robert Durand, président du club spéléologique méditerranéen (1) est du genre tranché: "C’est très dangereux: ce genre d’exploration représente un risque important pour un intérêt très faible. Et le pire, c’est que la vidéo peut inciter d’autres personnes à courir les mêmes risques."

Difficile de départager les deux hommes, dont on ne doute ni pour l’un ni pour l’autre de la sincérité. Reste le public, qui répond au rendez-vous de l’explorateur : la vidéo de la mine varoise dépasse les 150.000 vues. Une telle audience appelle forcément un sens des responsabilités. Car les risques existent, c’est certain. Quels sont-ils?

Explorons donc la question…

1. Contact pour des visites ou des conseils: csmspeleo@free.fr

1. Les risques juridiques

Pour Clément, ce risque est quasi nul.

"L’exploration urbaine se situe dans un flou juridique. On va sur des propriétés privées, mais on ne rentre pas par effraction. On ne détruit rien. Ça fait partie des règles que l’on se fixe en tant qu’explorateur. Et si on ne peut pas rentrer, on ne rentre pas, tout simplement."

Des propos que ne confirme pas un avocat brignolais. "La violation de propriété privée n’est pas forcément assujettie à une effraction. C’est évidemment une pratique illégale."

C’est d’ailleurs ce que disent de nombreux Youtubeurs dans des vidéos de prévention. 

2. Les risques de dégradation du patrimoine

 
Pour Clément, impossible d’altérer les lieux visités. Tous n’ont pas la même philosophie, comme le constatent les spéléologues dans certaines mines du Var ou d’ailleurs.... Photo DR.

Pour Clément, le problème n’existe pas. Lui, il explore pour "mettre en valeur le patrimoine". Et s’il concède que "les dérives, ça existe, avec des gens qui monétisent les découvertes par exemple", il ajoute: "Ce n’est pas notre philosophie. Moi j’explore pour découvrir l’histoire, mais aussi me plonger dans le passé. C’est plus intéressant par cet aspect-là : on voyage dans des lieux concrets. On imagine plus facilement ce qu’il s’est passé dans ces lieux-là."

Louable intention, qui se heurte, selon Robert Durand, aux dérives sensationnalistes encouragées par l’appât du clic.

"Le véritable problème, c’est que c’est dangereux. S’il incite, par sa vidéo, des personnes à partir dans ces mines, elles vont se mettre en danger. Et c’est nous qui ensuite allons devoir aller les chercher!"

Il y a aussi le problème de l’impact de la visite sur le patrimoine trouvé.

"Il nous arrive, pour des missions que nous donne le Cirka [Centre interdisciplinaire de recherches karstiques appliquées, NDLR] de tomber sur des outils voire des munitions. On a même trouvé des dessins faits par les mineurs au début du XXe siècle. Mais on ne touche pas."

Clément se défend pourtant d’altérer les lieux visités: "Dans nos règles, on ne doit pas laisser de traces. L’idée, c’est de laisser le lieu tel qu’on l’a trouvé, pour que le prochain explorateur qui va passer trouve exactement ce qu’on a trouvé. Et c’est aussi pour ça qu’on reste discret sur la localisation précise."

D’expérience, Robert sait en revanche que tous les explorateurs n’ont pas la même préoccupation. "On a vu des marques qui indiquent le chemin, notamment dans l’est de la France…"

3. Les risques physiques: "On ne s’engage pas dans une mine comme dans une grotte"

Un pilier de soutènement, même immobile depuis des décennies, "peut céder à tout moment", explique le président du club de spéléo méditerranéen.

C’est sans doute là le grief le plus important porté par Robert Durand, notamment pour ce qui concerne la vidéo varoise.

"Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’endroit visité se situe dans une zone à risque. On ne s’engage pas dans une mine comme on s’engagerait dans une grotte."

Il sait de quoi il parle. "Si un problème survient, c’est nous qui sommes appelés en secours." Et à la vision de cette vidéo, l’homme a noté d’énormes manquements aux règles de sécurité élémentaires.

"Ils ne sont pas du tout équipés, commence Robert. En baskets plates qui peuvent glisser sur des zones humides ou des planches en bois. Ou avec un sac à dos aussi rempli, ça peut provoquer des éboulements en touchant les parois."

 

Aux yeux de Clément, au contraire, toutes les précautions nécessaires sont prises. "Mais déjà, on fait un peu de repérage, pour savoir de quoi on va avoir besoin. C’est important de prendre un sac, avec de l’eau, et une trousse à pharmacie. Mais on reste prudent, en général, on ne se blesse pas. Et on a un casque, une lumière, notamment une lampe frontale."

Un matériel largement insuffisant pour Robert. "Vu comme ils sont équipés, ils vont tout droit vers l’accident."

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