"Si ma grand-mère revenait, elle ne s’y perdrait pas !"... A 88 ans, Josette se souvient du Mourillon, le quartier de son enfance

En cette fin d’année, découvrez les quartiers emblématiques de la ville à travers les souvenirs de Toulonnais. Redécouvrez Le Mourillon.

fanny roca Publié le 28/12/2021 à 15:38, mis à jour le 28/12/2021 à 15:35
Josette Leoni n’était qu’une petite fille pendant la guerre, mais elle garde des souvenirs très précis de son quartier à cette sombre époque. F. R.

Dans son petit appartement, à Claret, où elle vit désormais, Josette Leoni a disposé des petits gâteaux sur une assiette. Et préparé le café. Elle n’a pas manqué, non plus, de venir nous chercher en bas de l’immeuble.

Alerte, rigolote, pétillante, ce petit bout de femme de 88 ans n’a rien oublié de son enfance au Mourillon. C’était pendant la guerre. Elle en parle comme si c’était hier.

Le rationnement

"1943-44. La guerre est arrivée. Les envahisseurs étaient chez nous. Les restrictions aussi. On avait des tickets pour le pain. T1, T2, J1, J2, J3... Sur le marché, il fallait se battre pour avoir un poireau, une pomme de terre. J’étais une petite fille et j’écoutais tout ça."

La gare du sud

"Les mères de famille prenaient la jolie petite micheline à la gare du sud, qui était un peu plus bas. Là où se trouve aujourd’hui le lycée Dumont-d’Urville. La ligne allait tout le long de la côte, jusqu’à Saint-Tropez. Alors elles embarquaient là et descendaient à Carqueiranne à la recherche d’un paysan qui voudrait bien leur vendre quelque chose. Souvent, les Allemands étaient passés avant et elles rentraient bredouilles à la maison. D’autres fois, avec un peu de chance, elles ramenaient des légumes. Ah, ces pommes de terre... Plus désirables que de l’or tellement on avait faim ! La gare est restée longtemps, bien après la guerre, jusqu’au milieu des années 1950. On passait souvent devant elle. Elle était belle, avec les mosaïques qui ornaient ses murs. Quel dommage de l’avoir abandonnée. Mais tout le monde a une voiture, maintenant..."

Les comédiens à la Libération

"Après la Libération, on a vu venir des troupes de comédiens qui nous faisaient la surprise et venaient jouer le soir dans les maisons démolies du Mourillon. Ces jeunes gens étaient maquillés, costumés et arrangeaient des décors. Alors chacun de nous apportait sa chaise ou son pliant, car bien sûr, rien n’était prévu. À la fin du spectacle improvisé, les acteurs passaient parmi nous et nous demandaient une petite pièce ou de quoi manger. Et on rentrait chez nous la chaise à la main ou le pliant sous le bras. Et les parents blaguaient un moment les uns avec les autres. C’était peu de chose, mais après la guerre, c’était un vrai bonheur. C’est là que j’ai appris à aimer Molière. J’avais une douzaine d’années et ça m’a marquée. Ils m’ont fait rêver..."

 

L’école

"J’ai 88 ans mais j’ai été une petite fille du Mourillon. J’habitais rue Castel, et j’allais à l’école en face de ma maison, en hauteur, rue Ernest-Renan. Le jeudi, les sœurs venaient nous attendre pour nous amener au patronage et apprendre le catéchisme. Puis j’allais au lycée Tessé à pied, comme tous les autres enfants. Nous n’étions pas riches. "

La plage

"Ma mère me menait à la mer. Mais ça n’avait rien à voir avec maintenant. On allait dans la petite anse près du fort Saint-Louis et à La Mitre. Ces plages étaient minuscules. Il y avait déjà le Lido, et un ou deux autres restaurants. C’est tout. "

Un village qui n’a pas changé

"J’ai tant aimé mon quartier. C’était un petit village. Ma grand-mère avait tenu deux épiceries : une en haut de la rue Lamalgue, et une en bas. Ah, et une autre sur la place du petit Toulon ! Il y avait le marché au milieu de la rue Lamalgue. Je n’y habite plus mais j’y retourne souvent. ça me plaît de retrouver mon Mourillon. Je prends le bus, et je fais les différents petits marchés. Je monte et je descends la rue Lamalgue. Je promène boulevard Bazeilles, rue Castillon. Et je me sens chez moi. Le Mourillon n’a pas beaucoup changé. Maisons bourgeoises, petites maisons de trois étages collées les unes aux autres... Tout est resté pareil. Si ma grand-mère revenait, elle ne s’y perdrait pas !"

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