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Saint-Saëns : le prince Albert 1er l’appelait "Mon cher confrère"

Le 16 décembre marquera le centenaire de la mort du grand compositeur Camille Saint-Saëns, ami du prince Albert 1er.

André PEYREGNE Publié le 13/12/2021 à 11:06, mis à jour le 14/12/2021 à 13:47
Le pianiste, compositeur français Camille Saint-Saëns. DR

Qui est ce vieux monsieur qui vient d’entrer à l’Opéra ?… Oui, ce monsieur à la barbe blanche, au chapeau melon, à la sacoche portée en bandoulière ?

- C’est Monsieur Saint-Saëns, vous ne l’avez pas reconnu ? Le grand compositeur dont on va représenter l’opéra « Déjanire ».

- Quel âge a-t-il ?

- Oh, près de 80 ans. Mais il joue toujours du piano, et continue à composer. Il se prépare à partir en tournée aux États-Unis…

 

- Et de quoi parlera son opéra ?

- De la jeunesse d’Hercule !

- Hercule ? Le héros mythologique qui fonda notre pays de Monaco ?

- Oui, c’est bien celui-là ! Déjanire fut sa dernière femme. Dans l’opéra de Saint-Saëns, le rôle sera chanté par la grande Felia Litvine.

- La grande Litvine ? Celle dont on dit qu’elle a trouvé dans sa loge, l’autre soir, une rivière de diamant offerte par un admirateur ?

- C’est elle-même !

 

- Oh, je vais amener ma femme. Je ne savais pas quoi lui offrir pour marquer la première Journée internationale de la femme qui aura lieu le 8 mars prochain. Une grande journée dans l’histoire des femmes que ce 8 mars 1911 !

- Mais attention à l’horaire ! Vous savez que samedi prochain, 11 mars 1911, la France (et Monaco) changera d’heure, nous quitterons le méridien de Paris pour nous aligner sur le méridien de Greenwich.

- Oui, ce sont toujours ces Anglais qui gagnent ! En échange, ils ont promis de passer au système métrique… Mais nous nous éloignons de l’opéra et de Saint-Saëns ! Merci, Monsieur, bonne journée, au plaisir de vous revoir la semaine prochaine à l’opéra !… »

Ce dialogue imaginaire aurait pu se tenir à Monaco au début du mois de mars 1911, peu avant la création de l’opéra « Déjanire » de Saint-Saëns, prévue le 14 mars.

Une enfance surdouée

Si nous parlons du compositeur Camille Saint-Saëns aujourd’hui c’est qu’on s’apprête à célébrer le centenaire de sa mort survenue à Alger, à l’âge de 86 ans, le 16 décembre 1921.

Il fut un ami du prince Albert 1er.

Son enfance fut celle d’un surdoué. Ayant commencé à jouer du piano à 3 ans, il déchiffrait à 6 ans la partition de l’opéra « Don Juan » de Mozart comme d’autres parcourent un livre d’images. A 10 ans, il donnait un concert, salle Pleyel à Paris, au cours duquel il jouait un concerto pour piano et orchestre de Mozart et un de Beethoven.

 

Il a composé le célèbre opéra « Samson et Dalila », l’encore plus célèbre « Carnaval des animaux » et fut élu en 1881 à l’Académie des Beaux Arts.

Sa vie personnelle fut endeuillée par l’abominable tragédie de la mort de son fils, tombé du balcon de son immeuble à Paris.

Ses liens avec le prince Albert 1er remontent à 1891, lorsque le souverain monégasque est nommé correspondant de l’Académie des Sciences de Paris en raison de ses travaux océaniques. Saint-Saëns étant membre de l’Académie des beaux-arts, tous deux se retrouvent aux séances de l’Institut de France. Ils s’écrivent « Mon cher confrère ».

La première musique de film

À partir de 1904, Albert 1er va faire jouer presque chaque année à Monaco un opéra de Saint-Saëns.

Le prince Albert 1er va ainsi partager son amitié entre deux compositeurs : Massenet et lui - ce qui ne manquera pas de susciter une jalousie entre eux.

« - Monsieur Saint-Saëns, pourquoi dites-vous du bien de Massenet alors qu’il dit du mal de vous, questionne un de ses admirateurs.

- Oh, il arrive souvent qu’on dise exactement le contraire de ce qu’on pense ! »

 

Le 8 février 1904 est créé à Monaco, l’opéra « Hélène » de Saint-Saëns. Qui est la chanteuse vedette ? Nelly Melba - oui celle à qui a été dédiée la célèbre « pêche. »

L’opéra « Hélène » sera redonné en 1905, 1908, 1916.

A la demande d’Albert 1er, Saint-Saëns crée en 1906 un autre opéra, « l’Ancêtre », une histoire située en Corse. Felia Litvine en est la vedette.

En 1907, représentation du « Timbre d’argent ».

En 1908, Saint-Saëns compose la première musique de film de l’Histoire du Cinéma pour l’ « Assassinat du duc de Guise ».

Cette même année, il fait représenter à Monaco son opéra « Henri VIII », d’après Shakespeare.

Une musique pour le Musée Océanographique

En 1909, Saint-Saëns reçoit une lettre d’Albert 1er. « Mon cher confrère, vous savez que l’inauguration du Musée Océanographique aura lieu pendant la semaine de Pâques devant une assistance d’élite. Comme la science et l’art sont les deux forces qui ont déterminé l’évolution de l’humanité, je voudrais les réunir dans cette solennité qui couronnera ma carrière scientifique. C’est pourquoi je sollicite votre concours par une œuvre que vous composeriez en cette circonstance. »

 

Le résultat fut cette « Ouverture de fête » qu’on a bien oubliée depuis, mais qu’on réentendra le 17 juillet prochain dans la cour du Palais Princier.

Et nous voilà en 1911, à la création de « Déjanire ». L’opéra a tant de succès qu’il est redonné en 1912. En 1914, ce sont les « Barbares » de Saint-Saëns que l’on joue. En 1916, pendant la guerre les activités culturelles se poursuivent en Principauté, on reprend « Hélène » puis l’on donne « Etienne Marcel » en 1918.

Tous ces opéras de Saint-Saëns ont été oubliés. Il faut que leur compositeur soit mort il y a cent ans pour qu’on puisse au moins se souvenir de leur nom.

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