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Retour en images sur la "Conférence de la paix" du 6 janvier 1922 à Cannes

Il y a cent ans, Français et Anglais s’opposaient sur l’avenir de l’Allemagne.

André Peyregne magazine@nicematin.fr Publié le 08/01/2022 à 16:00, mis à jour le 08/01/2022 à 13:51
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Au golf de Mandelieu, Aristide Briand courbe l’échine devant David Lloyd George. Photo DR

Comment obliger les Allemands à rembourser à la France les dommages de guerre? Trois ans après la fin du premier conflit mondial, la diplomatie internationale achoppait toujours sur cette question. Il y avait les tenants du laisser-aller et les partisans de l’intransigeance. C’est autour de cette épineuse question que fut organisée la Conférence de la paix, ouverte il y a cen ans, le 6 janvier 1922, à Cannes.

Il y avait déjà eu deux conférences sur ce sujet, à San Remo, en Italie en 1920 et à Spa, en Belgique, en 1921. Mais les résultats avaient été insuffisants. Passant sa main dans sa longue barbe de patriarche, André Capron, le maire de Cannes, eut une idée: proposer sa ville pour accueillir une nouvelle conférence. Il y voyait non seulement un intérêt diplomatique, mais aussi une opération publicitaire pour Cannes.

Il multiplia les télégrammes en direction de Londres afin de vanter les mérites de sa ville. Il proposa à David Lloyd George, Premier ministre britannique, de mettre à sa disposition une somptueuse résidence privée. Il lui rappela que la station balnéaire de Cannes avait été lancée au début du XIXe siècle par le Britannique Lord Brougham et qu’il se sentirait donc chez lui à Cannes.

 

Une fois que David Lloyd George fut séduit, il ne fut pas difficile de convaincre Aristide Briand, président du Conseil et ministre des affaires étrangères français. La Conférence de la paix aurait donc lieu à Cannes.

Les voitures officielles devant le Carlton à Cannes. Photo DR.

De nombreuses personnalités au rendez-vous

Les préparatifs allèrent bon train. Le lieu choisi fut le Cercle nautique (situé à la place de l’ancien Palais des Festivals, aujourd’hui Hôtel Marriott sur la Croisette). Les services du Quai d’Orsay s’activèrent. Le tapis vert fut amené de Paris. Il fallait accueillir deux cents personnes des délégations françaises et étrangères ainsi que soixante journalistes. Deux étages entiers furent réservés au Carlton pour les délégations et les représentants de l’État (préfet, sous-préfet, directeur de la police).

Selon la proposition que lui avait faite le maire de Cannes, David Lloyd George fut logé à la villa Valetta, dans le quartier de la Californie. Le secrétaire d’État Winston Churchill séjourna, lui, à l’hôtel Montfleury, le maréchal de l’armée britannique John French à l’Hôtel de la Californie.

Les personnalités arrivèrent dès la mi-décembre, ainsi que le rapporte l’historien Jean-Rémy Bézias. On prenait son temps à l’époque et l’occasion de passer Noël et le Jour de l’An sur la Côte d’Azur ne se refusait pas.

On vit donc arriver côté anglais, outre David Lloyd George et Winston Churchill, le secrétaire au Foreign Office Lord Curzon, le chancelier de l’Échiquier Sir Robert Horne, mais aussi le président du Conseil italien Ivanoe Bonomi, le marquis della Torretta, ministre des Affaires étrangères italien, le Premier ministre belge Georges Theunis et le ministre belge des Affaires étrangères Henri Jaspar, l’ambassadeur du Japon Ishii Kikujiro, l’ambassadeur des États-Unis le colonel Harvey. La délégation française se composait du président du Conseil Aristide Briand, du ministre des Régions libérées Louis Loucheur et du ministre des Finances Paul Doumer.

La presse suit les délégués dans leurs pérégrinations sur la Côte. David Lloyd George, qui est arrivé le 27 décembre, se rend au golf de Mandelieu, visite les parfumeries de Grasse, va prendre le thé au Negresco à Nice. Ivanoe Bonomi, lui, se rend aux courses à l’hippodrome du Var qui se trouve, à l’époque, à l’emplacement actuel de l’aéroport. Aristide Briand va se restaurer à La Réserve de Beaulieu et rend visite au sénateur Menier, au cap Ferrat, dans la somptueuse villa de son grand-père, fondateur des célèbres chocolats Menier.

 
Aristide Briand arrivant au Carlton. Photo DR.

Des photos compromettantes

Parmi les journalistes se trouve Benito Mussolini, alors directeur du Popolo d’Italia. Il profitera de la Conférence de Cannes pour s’introduire auprès des hommes politiques les plus influents du moment. Aristide Briand lui accordera une interview.

Sur le fond du sujet - le remboursement des dommages de guerre par l’Allemagne -, les points de vue divergent. Les Anglais sont pour un allègement des charges. La France y est opposée.

Le dimanche 8 janvier, David Lloyd George et Aristide Briand se retrouvent sur le golf de Mandelieu. Ce qui ne devait être qu’une rencontre amicale va avoir un effet désastreux. Car les journalistes sont là. Et des photos sont diffusées sur lesquelles le président du conseil français se faisant initier au golf par David Lloyd George apparaît comme un petit élève de l’Angleterre.

Il n’en faut pas plus aux journalistes pour montrer la France en position d’infériorité par rapport au Royaume-Uni. De l’influence de photos au golf de Mandelieu sur la diplomatie internationale! Les choses, nous le verrons, vont mal se terminer...

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