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Palais de la Méditerranée, Régina, Hermitage... Ces dix joyaux architecturaux qui font de Nice une ville Unesco

L’expression urbaine de Nice a contribué à son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. L’architecte niçois Luc Svetchine donne 10 exemples d’immeuble signant l’identité architecturale locale.

christine rinaudo crinaudo@nicematin.fr Publié le 06/08/2021 à 11:08, mis à jour le 11/08/2021 à 22:18
Le mythique Palais de la Méditerranée, l’un des dix joyaux sélectionnés par l’architecte niçoise Luc Svetchine. (Photo Eric Ottino) Photo Eric Ottino

Nice inscrite depuis juillet, sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Inscription assujettie à une condition: le site doit justifier d’une "Valeur Universelle Exceptionnelle".

L’ensemble urbain spécifique à Nice, façonné par une villégiature d’hiver cosmopolite, s’est approprié cette valeur. Notamment grâce à une architecture remarquable et variée.

Ce qui nous a donné l’idée d’aller questionner le célèbre architecte niçois Luc Svetchine, très attaché à la préservation du patrimoine, afin qu’il nous indique, selon lui, les 10 réalisations les plus emblématiques, de ce paysage à nul autre pareil.

L’affaire n’a pas été réglée d’un simple coup de crayon.

 

"C’est très difficile de répondre comme ça, estime le concepteur, car le sujet architecture à Nice est unique par son éclectisme."

Cosmopolitisme

Luc Svetchine, architecte niçois, espère que l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco donnera envie aux passants de lever les yeux sur la beauté plurielle de l’urbanisme de la capitale azuréenne. Photo Ch. R..

Consiglio d’Ornato (conseil d’urbanisme) établissant, dès 1831 des règles visant à créer une ville harmonieuse agrémentée de promenades.

Plan Cornudet, projet d’aménagement d’embellissement et d’extension de la ville entre 1910 et 1944.

La venue des Anglais, des Russes, des Belges dès le milieu du XIXe siècle avec leurs propres schémas. La Belle Époque, l’Art déco, l’italianisme, le néoclassicisme, le modernisme… Tout cela "a donné lieu à des constructions prenant références partout: Orient, Inde, Turin…"

Et servies par des architectes aux pattes audacieuses, poétiques, innovantes, décalées. Notamment ceux de la période Art déco associant artistes, artisans tels que ferronniers, verriers, fresquistes, mosaïstes…

Tous les ingrédients étaient là pour fédérer les marqueurs d’un cosmopolitisme particulier, composant un puzzle au service d’un art de vivre et d’un bien-être solaire parfois teinté d’exotisme.

Vocation narrative

Villas, palais, immeubles, hôtels… "Comment conférer de la visibilité à ce que l’on a trop souvent mal regardé?", interroge Luc Svetchine.

Une chanson de Jean Sablon vient à l’esprit du technicien des plans: Vous qui passez sans me voir. "Cette chanson, c’est un peu l’histoire de tous ces bâtiments niçois qui ont pourtant une vocation narrative. Toute cette architecture a quelque chose à dire et il faut lui faire au moins l’aumône d’un regard. Peut-être alors que ce classement permettra enfin d’ouvrir les yeux…"

Le Métropole

Le Métropole. Photo Eric Ottino.

Le Métropole. Boulevard Victor-Hugo, face au cinéma Variétés. Signé Jean-Pierre Labbé, associé à Alfred Promeyrat. On dirait du moderne, sauf qu’on est encore dans l’entre-deux-guerres! Imposante résidence en "U".

Un plan symétrique articulé autour d’un axe central, une fontaine servant de support à une sculpture devenue jardinière. Un concept "qui se confirme comme le résultat d’une réflexion sur l’immeuble d’habitation à grande échelle".

Les balcons filants débitent et allègent les masses en tranches horizontales.

 

Le Regina

Le Régina. Photo Eric Ottino.

L’Excelsior Regina Palace, dit Le Regina. Trônant tout en haut du boulevard de Cimiez. "Un gabarit jamais vu pour l’époque."

Celle des aristocrates anglais, de la Reine Victoria qui vécut dans le palace monumental. Un grand hôtel de luxe. Puis un grand ensemble résidentiel.

L’immeuble recouvrant une surface de 6.260m2 sur 5 étages plus un 6e sous les combles, est emblématique de l’architecture locale Belle Epoque avec ses façades traitées par l’accumulation de nombreux ornements: placage de reliefs en stucs, oriels verticaux (fenêtres en encorbellement), coupoles, marquises...

L’œuvre de l’architecte Sébastien-Marcel Biasini, datant de 1897, "influencée par l’architecture des stations balnéaires anglaises, notamment de Brighton".

L'Hermitage

L'Hermitage. Photo Eric Ottino.

Le Palais Hermitage. Ancien hôtel reconverti en immeuble, au départ du boulevard Carabacel. Construit en 1906 par Charles Dalmas mêlant tradition méridionale, frises et stucs.

De riches décors de façades typiquement Belle Epoque en connivence avec une végétation exotique exubérante. C’est une des facettes majeures de Nice, ainsi que le témoignage élégant et travaillé d’une page de son histoire.

Entre palmes et pâtisseries...

Le Palladium

Le Palladium. Photo Eric Ottino.

Au croisement des boulevards Gambetta et Tzarewitch: Le Palladium. "Une ode à l’onirisme de la Méditerranée avec la statue de Minerve."

Ce bâtiment est important: "Il représente le focus que l’on a fait sur la Méditerranée et les références à l’Antiquité, la mythologie grecque et romaine."

Pensé en 1929 par les architectes Paul Labbé et Gaston Nénot, et malgré son intérêt dans le contexte urbain du quartier et de Nice, "voilà un immeuble qui a beaucoup souffert de sa promiscuité avec la voie rapide..."

Le Palais de la Méditerranée

Palais de la Méditerranée. Photo Eric Ottino.

Du Palais de la Méditerranée originel, il ne reste qu’une façade mais quelle façade! Classée au titre des monuments historiques.

Imprégnée dans ses murs ajourés du souvenir d’un programme ambitieux: édifier le casino le plus beau du monde. Projet confié au cabinet d’architectes Dalmas, père et fils.

Étalé de 1927 à 1928, le chantier fait émerger un bâtiment pour lequel l’usage du béton armé autorise des élévations et des portées jamais égalées jusque-là.

Façades et décoration intérieures sont Art déco. Toujours visibles sur la façade, les figures féminines et les chevaux marins rappellent la personnalité du sculpteur Antoine Sartorio.

 

Le Gloria Mansions

Le Gloria Mansions. Photo Eric Ottino.

Le Gloria Mansions. Chef-d’œuvre de l’école arménienne. Joyau magnifiant la rue de France à l’angle de la rue Paul-Valéry.

Les orfèvres? Les architectes Garabed Hovnanian et son beau-frère, Kevork Arsenian.

"Nous voici face à la quintessence de l’écriture Art déco à Nice. La plus belle pièce de ce type d’architecture de la Côte d’Azur. Quoique teintée d’américanisme…"

On est en plein lyrisme méditerranéen. Né du mouvement de vagues généré par les ondulations des balcons, les façades en béton coloré, le modelé sculptural des ornementations, l’animation de contrastes avec le jeu de la lumière.

Les détails sont pléthoriques, notamment côté architecture intérieure des parties communes, avec l’escalier monumental de l’immeuble. Et puis, il y a la touche U.S. Sur le haut de la façade, des aigles. "Ceux de l’immeuble Chrysler à New York."

Le Sémiramis

Le Sémiramis. Photo Eric Ottino.

Mélange de classicisme et d’Art déco: Le Sémiramis. Remarquable immeuble édifié rue Verdi, en 1928, par Georges Dikansky.

Un architecte d’origine russe qui, entre 1925 et 1931, "parsème le paysage niçois de créations innovantes".

À l’instar de ce bâtiment qui s’éloigne des expédients ornementaux au profit "d’un aspect édulcoré avec nervures, jeux de lumières, décaissés, cannelures, arêtes vives, parties saillantes et creuses, puissants effets de pliages…

C’est tout ce qui crée la volumétrie de cet immeuble et de bien d’autres à Nice, comme La Couronne, promenade des Anglais, Le Palais Marie à l’angle de Victor-Hugo et de la rue du Congrès, etc.".

Le musée Chéret

Musée des Beaux-Arts Jules Chéret. Photo Eric Ottino.

Une villa avant d’être musée des Beaux-Arts ou Chéret. Une villa ocre au quartier des Baumettes, réalisée fin 19e.

"Construite dans un esprit classique gênois mélangé au style de Saint-Petersbourg." Car les propriétaires sont ukrainiens et nobles: les Kotchoubey.

"Au moment des finitions, le mari meurt. Sa femme, la princesse Kotchoubey vend l’édifice à un entomologiste américain, James Thompson."

 

La villa est rachetée en 1925 par la Ville pour y installer son musée des Beaux-Arts.

De remarquables hauteurs sous plafonds et un monumental escalier de marbre servent d’écrins à des œuvres artistiques peintes ou sculptées.

Le manoir Belgrano

Manoir Belgrano. Photo Eric Ottino.

On pourrait croire à un château de conte de fées à la Disney. C’est une villa. D’un genre à part.

Une folie Belle Epoque à l’attrait romantique: le manoir Belgrano, boulevard Edouard-VII, à Cimiez.

Commandé par un riche Argentin demeurant à Paris. Un pastiche néo-Renaissance signé Charles Dalmas en 1911.

L’architecte s’inspira du style gothique revisité selon l’esthétisme de l’époque. "Une évocation castellaire plus septentrionale que médiévale…".

 

La Villa Masséna

Villa Masséna. Photo Eric Ottino.

Avec Le Negresco, elle est l’un des phares de la promenade des Anglais. La Villa Masséna…

"Un repère incontournable qui tient de la villa de villégiature, de l’hôtel particulier parisien côté rue de France avec un jardin dessiné."

Cette demeure, qui fut celle du prince Victor d’Essling, petit-fils du Niçois André Masséna, maréchal d’Empire, on la doit à deux architectes: le Danois Hans-Georg Tersling, pour la conception, et le Niçois Aaron Messhia pour l’exécution.

Un mélange de classicisme français et italien, notamment grâce aux riches intérieurs aux influences turinoises.

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