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On vous raconte trois siècles de présence anglaise sur la Côte d'Azur

Mis à jour le 24/01/2020 à 14:18 Publié le 26/01/2020 à 15:00
La statue de Lord Brougham à Cannes. Grâce à lui, les Anglais puis les touristes  du monde entier découvriront cette ville.

La statue de Lord Brougham à Cannes. Grâce à lui, les Anglais puis les touristes du monde entier découvriront cette ville. Photo DR

On vous raconte trois siècles de présence anglaise sur la Côte d'Azur

Avec la découverte de Cannes par Lord Brougham et la présence de la reine Victoria à Grasse, les Anglais ont continué leur "promenade" sur la Côte.

Par un matin de décembre 1834, arrive sur nos rivages Lord Henry Brougham, membre du Parlement britannique, en voyage vers l’Italie. Il est en compagnie de sa fille Eléonore, atteinte de tuberculose. Arrivé au fleuve du Var, on ne passe pas. La frontière est fermée à cause d’une épidémie de choléra. Le Lord parlemente, le douanier reste inflexible. Lord Brougham n’a qu’une solution: rebrousser chemin.

Sur la route du retour, il choisit de s’arrêter à Cannes, petit port de pêche qui s’étale au pied de sa colline du Suquet. L’accueil est cordial dans l’auberge de maître Pinchemal. Il s’y installe pour quelques jours. Il s’y trouve bien. Soudain, il décide de rester à Cannes.

Il ne sait pas encore que, grâce à lui, Cannes va attirer les Anglais puis les touristes du monde entier. Ce n’est pas pour rien que sa statue trône aujourd’hui près de la mairie, avec, gravé sur le piédestal, ce vers de l’écrivain Stéphen Liégeard (inventeur de l’appellation "Côte d’Azur"): "C’est ici le repos, le vrai bonheur, la vie"


Dès le mois de janvier 1835, Lord Brougham acquiert un vaste terrain dans le secteur dit de La Croix-des-Gardes, à l’ouest de la ville. Il y fait construire une imposante demeure dans le style Renaissance italienne. Il lui donnera le nom de château Eléonore en souvenir de sa fille, décédée le 10 août 1835.

Le château du secrétaire du roi

Considéré comme la première grande résidence de Cannes, ce château devenu aujourd’hui une copropriété privée, est inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel (lire encadré en pages suivantes). Le premier voisin de Lord Brougham sera, deux ans plus tard, en 1837, le général Herbert Taylor, secrétaire particulier du roi. Il fait construire non loin le château Saint-Georges, dans un même style italien.

Le château est racheté en 1846 par le marchand de tissu Sir Thomas Robinson Woolfield qui fait modifier le parc par un jardinier venu de Londres, John Taylor. Celui-ci plante les premiers eucalyptus de Cannes, importés d’Australie.

De cette demeure devenue copropriété, il ne reste aujourd’hui que la colonnade du rez-de-chaussée et les grottes artificielles du jardin. En 1848, Thomas Woolfield demande à un architecte londonien, Thomas Smith, de construire, toujours dans le même quartier, le château Vallombrosa.

Le château Eléonore, à Cannes, construit sur une demande de Lord Brougham pour sa fille.
Le château Eléonore, à Cannes, construit sur une demande de Lord Brougham pour sa fille. Photo DR

Le jardinier du Lord crée l’agence John Taylor

Neuf tours crénelées encadrent cet édifice néogothique inspiré des romans de Walter Scott.

Le parc fera l’admiration de Stéphen Liégeard: "Du milieu des pelouses jaillissent 20 groupes de palmiers, balançant leurs lourds régimes sur la mosaïque des camélias, à travers l’inextricable guirlande des rosiers. La primevère s’arrondit en corbeilles autour des bassins et fontaines.

Pour tenter de décrire ce lieu, il faudrait tremper sa plume à l’iris de ces jets diamantés qui retombent incessamment dans leur coupe d’émeraude ; il faudrait saupoudrer le mot avec la poussière diaprée de ces libellules qui font chatoyer leurs ailes sur la feuille dentelée des cycas. Tout est enchantement!"

Thomas Woolfield cède, en 1852, ce domaine au diplomate Lord Londesborough et fait construire, toujours par Thomas Smith, la villa Victoria dans le style des manoirs anglais du XVe siècle. Le jardinier John Taylor réalise à nouveau des merveilles.

En 1874 fut aménagé en ce lieu le premier court de tennis de la Côte d’Azur. L’architecte Thomas Smith construira d’autres demeures comme le château Scott, au bord de la mer, à l’est de la ville – du nom de son propriétaire, industriel chimiste anglais –, dans un magnifique enchevêtrement de colonnades, tours crénelées, fenêtres à ogives et donjon.


Le jardinier John Taylor, ayant le sens des affaires, abandonne les parcs et jardins pour créer une agence immobilière de luxe afin de loger les riches anglais. Cette agence qui, depuis, s’est répandue sur la Côte d’Azur, existe toujours.

La colonie anglaise s’agrandit à vue d’œil à Cannes. D’une quarantaine de familles en 1862, elle passe à... 1200 au début du XXe siècle.

À la mémoire du duc d’Albany, sa mère, la reine Victoria fait édifier, en 1887, l’église Saint-Georges à Cannes.
À la mémoire du duc d’Albany, sa mère, la reine Victoria fait édifier, en 1887, l’église Saint-Georges à Cannes. Photo DR

Le prince de Galles "roi de la Côte"

De tous les séjours anglais, ceux de la famille royale demeurent les plus marquants. Le prince de Galles, futur Edouard VII, séjourne à Cannes à partir de 1872. Chaque hiver, il prend part à la vie mondaine et sportive. On le surnomme alors "roi de la Côte d’Azur".

Il participe aux régates internationales sur son yacht Britannia. En mars 1898, il pose la première pierre de la jetée qui porte son nom.


En 1881, l’un de ses frères, le duc d’Albany, acquiert 30 hectares de terrain entre Golfe-Juan et Antibes avec ses co-actionnaires de la banque Antoine Rigal de Cannes.

Ils désirent créer une station balnéaire: Albany-les-Bains. Mais le duc, hémophile, décède le 28 mars 1884, après une mauvaise chute au Cercle nautique à Cannes en rentrant d’un bal à Nice.

La station balnéaire ne s’appellera donc pas Albany mais Juan-les-Pins. À la mémoire du duc d’Albany, sa mère, la reine Victoria, fait édifier, en 1887, l’église Saint-Georges, à Cannes. Elle s’y recueillera d’ailleurs à deux reprises, en 1887 et 1891.

Le Premier ministre anglais Lloyd George s’y rend également en 1922, lors de la conférence qui suit la Première Guerre mondiale.  Un grand événement à portée internationale organisé à son initiative, à Cannes.

Le prince de Galles arrivant à Cannes.
Le prince de Galles arrivant à Cannes. Photo DR

La reine Victoria à grasse

La seconde venue de la reine Victoria, en 1891, en l’église Saint-Georges de Cannes, a lieu à l’occasion d’un séjour de cinq semaines à Grasse, du 25 mars au 28 avril, chez son amie Alice de Rothschild. La souveraine loge alors dans une villa aujourd’hui détruite.

Celle dernière était située dans un immense domaine au-dessus de la ville à proximité des actuels Jardins de la Princesse Pauline.


Le 27 mars, entourée d’une suite d’une cinquantaine de personnes, elle inaugure l’église anglicane Saint John à Grasse, avec ses colombages et son clocheton pointu qui rappelle les édifices religieux de son pays.

Elle offre un vitrail comportant l’inscription: "To the glory of God and in remembrance of her visit, Victoria, Queen of Great Britain and Ireland, Empress of India."

Lors de ce séjour à Grasse, elle se rend aussi chez le célèbre parfumeur Chiris dans son château Saint-Georges. Le Petit Journal, magazine parisien lu dans toute la France, en fait un reportage le 11 avril avec une illustration couvrant toute sa une.

Récit d’une des demoiselles d’honneur de la reine: "J’ai passé une bonne partie de la matinée à courir derrière la voiture tirée par l’âne de Sa Majesté, à bout de souffle. L’âne démarre d’un pas ferme et assuré. Sa Majesté est confortablement assise dans cette voiture, sous un grand parasol blanc. Juste derrière viennent les deux princesses, marchant vite, comme au pas de charge; puis les deux serviteurs écossais... Depuis quelques jours, Sa Majesté affectionne spécialement les promenades à la villa Saint-Georges. Il est rare qu’elle ne s’y rende le matin et ne reste un long temps à contempler l’admirable panorama du haut de la terrasse qui borde le magnifique parc de cette propriété."

Les hôtels anglais ne cessent de se construire: à Cannes la pension Gray, près de la mer, au milieu d’un champ de figuiers et de vignes, les hôtels d’Albion, des Anglais, Prince de Galles, des Îles britanniques, Victoria, Westminster, Windsor, à Grasse les hôtels Victoria ou Splendid, à Menton les hôtels des Anglais, Londres, Britannia, d’Angleterre, des Îles britanniques, Winter, Balmoral, de Grande-Bretagne, Victoria.

La reine Victoria en visite chez le parfumeur Chiris à Grasse.Une information qui a fait la une du Petit Journal, magazine parisien lu dans toute la France, le 11 avril 1891.
La reine Victoria en visite chez le parfumeur Chiris à Grasse.Une information qui a fait la une du Petit Journal, magazine parisien lu dans toute la France, le 11 avril 1891. Photo DR

l’incroyable hôtel bristol

À Beaulieu-sur-Mer, c’est le spectaculaire Bristol qui sort de terre. La colonie anglaise est attirée à Beaulieu par la présence en 1889 de Lord Salisbury, Premier ministre de la reine Victoria. Il s’installe avec sa famille dans la villa Bastide.

L’historien André Cane raconte que l’on voyait l’original Lord se promener en tricyle ou se vêtir d’une façon si négligée qu’on le refoula, un jour, à l’entrée du casino de Monte-Carlo. Le 17 avril 1901, il reçoit en voisin le roi Léopold II de Belgique.


C’est donc en 1897 que le fabricant de meubles londonien Sir Blundell Maple, propriétaire des célèbres magasins Maple & Co, fait construire le Bristol. L’Éclaireur de Nice décrit le début des travaux: "La hache du bûcheron s’est abattue, implacable et son martèlement ne cesse encore aujourd’hui de déchirer l’air. C’est l’œuvre de destruction de ces vastes et jolies plantations d’oliviers et de citronniers qui se consomme pour faire place à une œuvre autrement grande et profitable: voici que Beaulieu possédera bientôt un hôtel immense qui comptera au nombre des plus beaux du littoral."


Le bâtiment est inauguré le 5 janvier 1899. La reine Victoria rend visite à la duchesse d’Oldenbourg, cousine du tsar. À côté de Beaulieu, le cap Ferrat. C’est ce lieu que choisira le fils de la reine, le duc de Connaught pour s’installer dans la villa Les Bruyères après la Première Guerre mondiale.

On y rencontrera aussi l’un des plus grands romanciers anglais, William Somerset Maugham, installé, en 1926, dans la villa Mauresque où il mourra en 1965.


Dans son indispensable livre Belles demeures en Riviera 1835 - 1930, Didier Gayraud décrit la présence d’un secrétaire, un maître d’hôtel, un valet de pied, deux serveuses, un cuisinier, un chauffeur et sept jardiniers. Somerset Maugham accueille le duc et la duchesse de Windsor, Winston Churchill, Lord Beaverbrook, le Prix Nobel de littérature T.S. Eliot, les écrivains H.G. Wells, Rudyard Kipling (Le Livre de la Jungle), Ian Fleming (James Bond) ou Virginia Woolf. La Côte d’Azur continuait, à l’époque, d’être la French Riviera.

L’hôtel Bristol  à Beaulieu-sur-Mer.
L’hôtel Bristol à Beaulieu-sur-Mer. Photo DR

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