On vous raconte la folle histoire des 30 projets de casinos à Menton

À l’occasion des Journées du Patrimoine, l’historien local Jean-Claude Volpi proposait une conférence inédite sur l’histoire des établissements qui ont vu le jour et de ceux restés chimères.

Alice Rousselot Publié le 19/09/2022 à 21:03, mis à jour le 20/09/2022 à 13:06
Archive du "Casino beach". Photo DR

On n’aurait pas forcément imaginé le casino de Menton ouvrir ses portes pour les Journées du Patrimoine. Pourtant, l’histoire de son édification après que de nombreux projets ont été avancés - et parfois réalisés - relève sans aucun doute du patrimoine mentonnais. À la demande de la directrice marketing du casino Barrière, Laurence Botcazou, une conférence animée par l’historien Jean-Claude Volpi a ainsi été proposée à ce sujet ce week-end.

"Dans ma tête il n’y avait eu que quatre casinos à Menton. Or, il y a eu trente projets, qui épousaient à chaque fois la vie urbaine", souligne l’historien. Avant d’entamer la folle épopée des établissements mentonnais, entre batailles politiques, vœux pieux et (courte) interruption des propositions après le terrible séisme de 1887.

Projets avortés

Le 22 mai 1952, M. Aureau demande la création d’un établissement de bain et l’ouverture d’un Cercle des étrangers (ou casino) à Menton. À l’instar de ce dernier, nombreux autres projets tombent à l’eau. Un porté par des Allemands en 1879, un autre par M. Guizol en 1881 - il est alors le premier à proposer un aménagement urbain sur le Careï.

Un autre encore par un Anversois, mais la communauté britannique n’accepte pas que l’établissement s’installe alors en face de son église. Citons encore celui voulu par Célestin Arnoux dans le quartier des Vignasses. En août 1882, c’est un casino provisoire qui est suggéré. En vain. En 1883, on en soumet un au palais de Carnolès. Trois autres projets restent lettre morte en 1884.

En 1886, Menton souhaite acquérir le domaine du cap Martin, où il est imaginé de construire un hôtel et un casino. En 1892, c’est le projet d’une jetée-promenade qui est avancé, bien qu’il ne soit pas fait mention de jeux.

 

La même année, Paz et Chauvain réfléchissent de nouveau à un établissement sur le Careï, face à la gare routière. Mais des investisseurs veulent faire capoter le projet. Et y parviennent.

À leur tour, les frères Taglioli entendent construire une salle de théâtre et de spectacle en 1893. Un échec solde également les efforts de Gauber en 1895 - qui souhaitait un café resto, un jardin d’hiver, un théâtre salle de spectacle. Puis ceux de Bartissol, en 1896, qui se désiste.

Le casino central

Le premier à aboutir? Il se trouvait dans l’actuelle mairie. Passionné par les lettres, Honoré Ardoïno rêve d’un palais consacré à la culture. Ce dernier sort de terre en 1861 dans un style néo-classique, sardo-piémontais. Ardoïno y fonde le Philharmonique des étrangers.

"L’établissement ferme à sa mort en 1882, et le Cercle devient casino. Deux gérants successifs font faillite", indique Jean-Claude Volpi. Jusqu’à ce que Justin Daniac investisse les lieux, engage un orchestre et une troupe permanente. Les plus grands acteurs en tournée font alors escale au casino central.

À l’exemple de Sarah Bernhardt et Liane de Pougy. En 1895, Daniac passe la main. Mosser devient le nouveau propriétaire. Dans les petits papiers de la mairie, il se voit accorder le statut de casino municipal.

 

"Il reprend l’autorisation de faire une voûte sur le Careï pour construire un casino-théâtre mais jette l’éponge après le départ de Louis Laurenti. On constate que les casinos sont toujours synonymes de bataille et d’enjeux municipaux. Quand un maire tombe, le projet tombe avec."

Le casino Villarey

Les mythiques escaliers qui menaient au casino Villarey. Photo archives Nice-Matin.

Inauguré en janvier 1887 à côté de l’actuelle école de l’Hôtel de Ville, le casino Villarey est repris par un casinotier niçois, Pontié, qui gère déjà un établissement à Nice et un autre au Tréport. Une affiche de la saison 1926-27 - les jeux viennent alors de reprendre après guerre - montre combien on mise sur le cinéma pour drainer du monde. Des photos d’archives témoignent également que le casino devient un lieu de divertissement durant l’occupation italienne. De nouveau, les jeux rouvrent en 1948. Mais à la fin des années 50, ils sont remplacés par des pistes de danse. Beaucoup se souviennent ainsi avec nostalgie du Galapagos club. "Toute la jeunesse mentonnaise y a dansé..."

Le Kursaal

Le Kursaal en 1915, lors d’une tentative de cultiver du blé. Photo DR.

Pendant de longues années, les projets de création d’un casino en bord du Careï sont indissociables de la couverture du cours d’eau. Un consortium d’hôteliers finit par briser la glace en proposant de participer au chantier de recouvrement, à une condition : qu’il n’y ait aucune construction. Main tendue acceptée en mai 1899.

Le problème du casino demeure. MM. Ginzt et De Saint Cyr trouvent la solution en soumettant l’emplacement de l’ex-château du Louvre. Ils se rapprochent de l’architecte danois Tersling. L’édifice ne peut atteindre la rue Partouneaux, le pharmacien au coin de la rue jouant les trouble-fêtes. Le Kursaal est inauguré en décembre 1909. Comme à chaque fin de saison hivernale, le casino ferme en avril 1914. Mais il ne rouvre pas en octobre, se transformant en hôpital militaire où l’on pratique la chirurgie. Quand l’établissement rouvre au public, les jeux sont encore interdits. Qu’importe : on mise sur le luxe et la gaîté. "La municipalité veut montrer que Menton n’est pas qu’une ville pour tuberculeux. On débauche donc Charles Beglia pour faire des décors grandioses. On propose le summum dans tout." Le Kursaal ferme pourtant ses portes en 1931, puis définitivement en 33. En cause, notamment, le refus de la part du patron qu’ouvre un casino d’été. "C’était la cantoche du maire Fontana. Mais quand ce dernier tombe, les jours du casino sont comptés…" Il est racheté par la Ville en 59, qui le transforme en Palais de l’Europe.

Astoria

En décembre 1916, un "casino" est créé à l’hôtel Astoria. "On ne pouvait pas jouer d’argent. Il y avait un cabinet de lecture, des spectacles, des jeux de cartes." L’activité cesse en 1920.

Balzi Rossi

En 1900, un Mentonnais avait fait construire une cahute de l’autre côté de la frontière, le Resto des grottes. Sous la houlette de Britanniques, ce dernier devient le casino des grottes rouges en 1911. Qui s’offre une extension une fois la guerre finie.

"Les Italiens, eux, ont eu le droit de restaurer les jeux d’argent rapidement", indique Jean-Claude Volpi. Précisant que le casino est pensé dans un style résolument art déco. Avec un ascenseur pour monter à l’hôtel Miramar, et pour de ne pas avoir à passer par la France, la route de la frontière du bas n’existant pas encore. "Le Duce demande que le casino soit une vitrine de l’Italie fasciste. Beaucoup d’animations y sont proposées."

 

Le casino beach

Les nouveaux établissements de jeux créés dans le département ne tardent pas à donner un coup de vieux au Kursaal. En 1932, le nouveau maire, Adrien Bougon, veut lui aussi un casino d’été.

On souhaite construire ce lieu de fête au niveau du kiosque datant de 1884. L’emplacement est idéal, mais la population se déchire. Une enquête de commodo et incommodo est ouverte.

Le projet, validé, est finalement confié à l’architecte niçois Seassal. Entamée en novembre 33, la construction - très Art déco - s’achève en février 34. On y retrouve une piscine, dans laquelle certains Mentonnais ont appris à nager.

"Pendant la guerre, les autorités italiennes parlent de lui comme d’un art dégénéré. Mais un an plus tard, elles le présentent comme leur réalisation", sourit Jean-Claude Volpi.

Ajoutant que les Allemands, eux, ne l’utilisent pas pour la détente. Bien au contraire: ils le minent. En suggérant d’acheter un porte-avions américain pour y construire un autre casino, le maire Palmero aurait pu signer son déclin en 1954. Mais comme bien d’autres projets avant, l’idée est écartée.

Et le Casino beach poursuit son chemin, jusqu’à sa reprise par le groupe Barrière en 1991.

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