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On vous raconte comment, le 11 juin 1538, l'Empereur d'Espagne Charles Quint tombe dans le port de Villefranche

Mis à jour le 12/06/2020 à 20:25 Publié le 16/06/2020 à 11:10
Lorsque se produisit l'incident,  Charles Quint, depuis deux ans, faisait la guerre à François Ier.

Lorsque se produisit l'incident, Charles Quint, depuis deux ans, faisait la guerre à François Ier. Photo DR

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On vous raconte comment, le 11 juin 1538, l'Empereur d'Espagne Charles Quint tombe dans le port de Villefranche

L’empereur d’Espagne était venu sur nos côtes rencontrer le roi de France François Ier et le pape Paul III pour signer la « Paix de Nice ». Éléonore, reine de France, participa aux négociations.

Le 9 mai 1538, les habitants de Villefranche assistèrent à un impressionnant spectacle: l’arrivée dans leur port de 28 galères garnies d’oriflammes. Leur entrée se fit au rythme des rames qui, sur les deux flancs des navires, battaient l’eau en cadence. Ces galères étaient celles d’un des souverains les plus puissants d’Europe, Charles Quint, l’empereur d’Espagne.Que venait-il faire dans ces galères?

Trouver une issue à la guerre qu’il menait depuis deux ans contre... son beau-frère, le roi de France François Ier. En 1536, ce dernier avait envahi le duché de Savoie – auquel Nice appartenait (lire encadré). Lui, Charles Quint, en représailles, avait lancé sur la Provence 50 000 hommes qui s’étaient livrés à d’abominables pillages. Ce fut lors de cette invasion que les habitants du Muy avaient résisté de manière héroïque, attaquant les soldats espagnols depuis leur tour, blessant accidentellement le célèbre poète Garcilaso de la Vega qui se trouvait parmi eux (il mourut peu de temps après à Nice). Mis en difficulté par le connétable de Montmorency, Charles Quint avait battu en retraite.

Afin d’arrêter cette guerre, le pape Paul III avait proposé de réunir à Nice les deux monarques ennemis. Il connaissait la région, ayant été jadis évêque de Vence. Les deux souverains avaient accepté. Cela devait aboutir le 18 juin 1538 à la « Paix de Nice ».

Le pape s’installa à Nice dans le couvent des franciscains

 

À cette époque, les déplacements des grands de ce monde étaient très longs. C’est ainsi que Charles Quint arriva à Villefranche le 9 mai 1538, cinq semaines avant la signature du traité. Le pape Paul III arriva, lui, dans une galère impériale, le 16 mai à Nice. Il s’installa dans le couvent des franciscains, situé dans l’actuelle rue de France, là où s’élève la Croix de Marbre. François Ier se présenta, lui, le 31 mai, à Villeneuve-Loubet où il résida. (Nous évoquerons son séjour la semaine prochaine)

Deux autres personnalités allaient participer aux négociations: le connétable de Montmorency, vainqueur de Charles Quint en Provence, et Éléonore, reine de France, épouse de François Ier, sœur de Charles Quint.

Éléonore arriva huit jours après son époux, à bord d’une flotte de 17 galères, en compagnie de la fille et la sœur de François Ier, Marguerite de France et Marguerite de Navarre.

Le 8 juin, Éléonore et Marguerite de France rendirent visite au pape Paul III. Long cortège de litières escorté de six chevaliers, 100 gentilshommes et 100 archers de la garde du roi, accueilli par 26 cardinaux envoyés par le pape. L’entretien dura une heure, suivi par une célébration des vêpres.

La passerelle craque

Représentation du port de Villefranche au XVIe.
Représentation du port de Villefranche au XVIe. Repro DR

Trois jours plus tard, le 11 juin, Éléonore alla voir son frère. Arrivée grandiose de la flotte royale française à Villefranche dans un foisonnement de voiles et d’oriflammes. Les trompettes retentirent. On installa une passerelle pour accéder au bateau impérial.

Charles Quint se présenta au haut de celle-ci pour accueillir sa sœur. La reine de France s’engagea sur le passage, suivie des dames de sa suite. Retrouvailles à la fois historiques et familiales entre Charles Quint et sa sœur. On imagine l’empereur et la reine tendant les bras l’un vers l’autre dans leurs riches costumes. Soudain, un craquement. La passerelle céda. Cris d’effroi dans l’assistance. Tout le monde se retrouva à l’eau, empêtré dans les tissus empesés des costumes de l’époque. Les gardes du corps plongèrent. Il fallait sauver l’empereur d’Espagne et la reine de France. On s’affola dans les embarcations et sur les quais alentour. L’Histoire pataugea dans le burlesque. Mais pouvait-on cacher l’incident?

Non, un chroniqueur se trouvait là. Il livra son témoignage: "Le pont volant se brisa. Et tombèrent à l’eau l’empereur, le duc, le seigneur et les dames, dont il y eut de bien baignées et jusqu’au-dessous de la ceinture; et furent au logis de l’empereur où eurent chemises, chausses et autres vêtements à changer ; d’autres n’avaient mouillé que le petit orteil. " Au bout du compte, il y eut plus de peur que de mal.

Les souverains étaient tombés à l’eau. Mais pas le projet de "Paix de Nice"!


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