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On vous raconte comment Guy de Maupassant a pris la mer au départ d'Antibes

Mis à jour le 16/08/2019 à 15:35 Publié le 18/08/2019 à 10:00
Guy de Maupassant

Guy de Maupassant DR

On vous raconte comment Guy de Maupassant a pris la mer au départ d'Antibes

À 38 ans, en 1888, l’écrivain français est rongé par la syphilis. Il est sur le point de perdre la raison et prend la mer au départ d’Antibes, à bord du Bel-ami.

Auteur célèbre de nouvelles comme Boule de suif (histoire d’une prostituée aux actes héroïques rejetée par la société), Guy de Maupassant décide de s’éloigner de Paris en allant voguer en Méditerranée à bord de son voilier le Bel-Ami.

Il a donné à son bateau le nom d’un de ses romans, dans lequel il a raconté les aventures d’un opportuniste jouant de ses relations avec ses maîtresses et avec les milieux de la finance, de la presse et de la politique.

Le Bel-Ami quitte le port d’Antibes le 7 avril 1888. Guy de Maupassant raconte sa croisière dans un journal de bord intitulé Sur l’eau.

«Devant moi, Antibes apparaissait vaguement dans l’ombre éclaircie, avec ses deux tours debout sur la ville bâtie en cône, qu’enferment encore les vieux murs de Vauban...

Le jour naissait, les étoiles s’éteignaient, le phare de Villefranche ferma pour la dernière fois son œil tournant, et j’aperçus dans le ciel lointain, au-dessus de Nice, encore invisible, des lueurs bizarres et roses : c’étaient les glaciers des Alpes dont l’aurore allumait les cimes.»

à Cannes, partout des princes !

Maupassant connaissait déjà Antibes. Entre 1885 et 1887, il avait habité au cap d’Antibes. D’abord dans une villa près de l’actuelle rue qui porte son nom, puis au chalet des Alpes, route de la Badine. C’est là qu’il fut surpris par le tremblement de terre de 1887.

Maupassant poursuit : «Maintenant, toute la chaîne des Alpes apparaît, vague monstrueuse qui menace la mer, vague de granit couronnée de neige dont les sommets pointus semblent des jaillissements d’écume immobile et figée.»

Il arrive à Cannes le 7 avril au soir: «Des princes, des princes, partout des princes ! Ceux qui aiment les princes sont heureux.

À peine eus-je mis le pied, hier matin, sur la promenade de la Croisette que j’en rencontrai trois, l’un derrière l’autre. Dans notre pays démocratique, Cannes est devenue la ville des titres... Si les princes, les pauvres princes errants, sans budgets ni sujets, qui viennent vivre en bourgeois dans cette ville élégante et fleurie s’y montrent simples et ne donnent point à rire, il n’en est pas de même des amateurs d’altesses.

Ceux-là tournent autour de leurs idoles avec un empressement religieux et comique et, dès qu’ils sont privés d’une, se mettent à la recherche d’une autre.»

Le Chalet de l'Isère à Cannes
Le Chalet de l'Isère à Cannes DR

Guy de Maupassant visite les îles de Lérins, où l’a précédé Victor Hugo. Le 8 avril, on arrive en vue d’Agay, dans le Var.

«Les marsouins, ces clowns de la mer, jouent autour de nous, jaillissent hors de l’eau d’un élan rapide, comme s’ils s’envolaient, passent dans l’air plus vifs qu’en éclair, puis plongent et ressortent plus loin.»

On accoste. Randonnée à pieds, toute la journée, dans le massif de l’Estérel. Retour, le soir, sur le Bel-Ami où les marins de l’équipage l’attendent.

«Ma solitude m’accabla»

«Descendu pour m’embarquer, j’aperçus, debout sur la plage, deux amants qui contemplaient la mer... Je distinguais leurs silhouettes sur le rivage, les ombres dressées côte à côte.

Elles emplissaient la baie, la nuit, tant l’amour s’exhalait d’elles, s’épandait par l’horizon, les faisait grandes et symboliques… Alors ma solitude m’accabla, et, dans la tiédeur de la nuit printanière, au bruit léger des vagues sur le sable, sous le fin croissant qui tombait dans la pleine mer, je sentis en mon cœur un tel désir d’aimer que je faillis crier de détresse.»

Meurtri dans sa solitude, il arrive le lendemain à Saint-Raphaël. Mettant pied à terre, il tombe sur une cérémonie de mariage. Il est devenu franchement misanthrope : «Un grand rassemblement devant l’église. On mariait là-dedans... Et le pays entier, plein d’idées grivoises, mû par cette curiosité friande et polissonne qui pousse les foules à ce spectacle, était venu là pour voir la tête que feraient les deux mariés... Dieu que les hommes sont laids !

Je remarquais au milieu de cette fête que, de toutes les races, la race humaine est la plus affreuse. Et là-dedans, une odeur de peuple flottait, une odeur fade et nauséabonde de chair malpropre, de chevelures grasses et d’ail, cette senteur d’ail que les gens du Midi répandent autour d’eux, par la bouche, par le nez et par la peau... » Vite, levons l’ancre ! Le 12 avril, voici Saint-Tropez.

L’humeur est meilleure : « De toute la côte du midi, c’est ce coin que j’aime le plus. Je l’aime comme si j’y étais né, comme si j’y avais grandi parce qu’il est sauvage et coloré, que le Parisien, l’Anglais, l’Américain, l’homme du monde et le rastaquouère ne l’ont pas encore empoisonné.»

Saint Tropez peint par Signac
Saint Tropez peint par Signac DR

Le 12, il met pied à terre : «Saint-Tropez est une de ces charmantes et simples filles de la mer, une de ces bonnes petites villes modestes, poussées dans l’eau comme un coquillage, nourries de poisson et d’air marin et qui produisent des matelots..

Le 13 avril, Guy de Maupassant part à l’assaut du massif des Maures et va visiter la chartreuse de la Verne : «Je me mis à monter, seul, à pied, et à pas lents. J’étais dans une forêt délicieuse, un vrai maquis corse, un bois de conte de fées fait de lianes fleuries, de plantes aromatiques aux odeurs puissantes et de grands arbres magnifiques.»

Maupassant trouve du réconfort dans ce dialogue avec la nature. À qui peut-il se confier en dehors de la nature ?

Une visite à sa mère

À sa mère, peut-être ! Elle habite Cannes, au 6 de l’actuelle rue Guy-de-Maupassant. Il décide d’aller la retrouver. À Cannes, il rédige son roman Fort comme la mort – une œuvre sur le refus de vieillir : le héros finit par se suicider.

Guy de Maupassant quittera Cannes pour aller enterrer son frère Hervé, mort fou, atteint de syphilis. Triste période ! Cette similitude avec son propre état le terrifie. Retour à Cannes en 1889. Il habite cette fois-ci au chalet de l’Isère, au numéro 42 de l’avenue de Grasse.

Cette pittoresque demeure existe toujours. Elle a été transformée en hôtel où, dans chaque chambre, le décor évoque la vie de l’écrivain.

La santé mentale de Maupassant se dégrade. Le 1er janvier 1892, il décide d’aller souhaiter une bonne nouvelle année à sa mère qui, à présent, habite à Nice.

Elle réside dans une villa au bout de l’actuelle rue Auguste-Renoir, près de la rue de France et du musée Chéret. Il lui raconte qu’il a rencontré des fantômes près de chez lui, à Cannes ! Pas de quoi la rassurer en ce début d’année !

Le Bel-ami à Cannes
Le Bel-ami à Cannes DR

Le Bel-Ami pour la dernière fois

Madame Maupassant mère voit repartir Guy avec inquiétude. Il revient au chalet de l’Isère. Soudain, un grand bruit dans la nuit, le 2 janvier.

François, le domestique, se précipite dans la chambre de l’écrivain. Il le trouve le visage ensanglanté. À ses côtés, le couteau à papier avec lequel il a tenté de se trancher la gorge.

Le docteur Valcourt, appelé d’urgence, préconise de ramener Maupassant à Paris et de l’interner.
Avant de quitter Cannes, l’écrivain demande à revoir une dernière fois son Bel-Ami, amarré dans le port. $

Les badauds aperçoivent un homme soutenu par des infirmiers, contenu dans une camisole, en train d’observer d’un regard vague le lent balancement des mâts. Ils ignorent qu’il est l’un des plus grands écrivains français.

Il mourra le 6 juillet 1893 à 42 ans, laissant derrière lui le flux et le reflux de ses mots enchantés. Ses mots passants...


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