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Non, le Cap d’Antibes n’a pas toujours été si... prisé

Au XIXe siècle, les terres du cap n’intéressaient absolument pas les habitants, préférant vivre au sein des remparts. C’est pourquoi les résidants étrangers s’y sont installés.

René Pettiti Publié le 20/11/2021 à 11:00, mis à jour le 19/11/2021 à 21:28
La villa Parrel, il y a presque un siècle au moment où le Cap d’Antibes commençait à s’urbaniser. Les choses ont bien changé depuis ! Photo collection René Pettiti

Aujourd’hui, faire le tour du Cap, aller d’Antibes à Juan-les-Pins au gré des nombreux itinéraires possibles ne peut faire que des heureux.

Et pourtant, autrefois, ces terres sauvages laissaient les Antibois indifférents ! Eux, déjà habitués « au confinement » dans les remparts, à l’étroit, n’envisageaient pas un autre cadre de vie.

« La découverte » du Cap pourra se faire grâce au Comte Paul de Fersen, colonel et aide de camp de l’Empereur de Russie Alexandre II qui, à la tête d’une société fondée en 1864, visait la création de terrains à bâtir à Antibes. Pour mener à bien ce projet, il s’engagea à financer la route du Cap en respectant évidemment les conditions du service vicinal, si bien que la municipalité Jean-Baptiste Rostan ne put qu’approuver plans et devis, la société s’engageant à payer « tous les frais résultant des travaux et tous ceux résultant de l’acquisition des terrains nécessaires à l’élargissement dudit chemin ». Quelques riches étrangers à la région eurent l’audace – ou l’inconscience ? – de venir s’installer sur ces terres inhospitalières. Gustave Thuret y fit construire entre 1857 et 1861 sa villa et y créa un splendide jardin botanique. De son côté, James Close, un fortuné négociant anglais n’eut pas le temps, hélas, de mener ses projets à leur terme : il décéda brutalement le 18 décembre 1865. Quant à James Wyllie, un riche Écossais, son nom reste attaché à la villa Eilenroc.

Les acquéreurs manquaient !

Dans son excellent et très riche ouvrage « Le Bosquet ou la ronde des destinées » M. Jean Aussel précise que « dans les années 1890 existait à partir du chemin du Calvaire une mauvaise route à peine carrossable dans la direction de la Pointe de Bacon » qui prendra l’allure d’un véritable boulevard en 1905.

 

Cela vous permet de mieux vous situer dans le contexte des années du début du XXe siècle. Rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui ! S’il est quasi impossible d’acquérir un terrain au Cap maintenant, c’était chose facile dans les années 1920- 1930. Il y avait du choix, les propositions étaient nombreuses, seuls les acquéreurs manquaient alors que Nice et Cannes les attiraient. Les terres du Cap connaissaient plus la faveur des étrangers à la région que des Antibois.

En 1926, les deux frères Fabre de Parrel achetèrent un lot de terrain de 998 m2 à M. Édouard Muterse, propriétaire de la villa du Bosquet qui était revenu à Antibes en 1925 pour mettre au point la vente des bois de la Garoupe dont il avait hérité. Le terrain acheté par les frères Parrel se situe sur le boulevard de la Garoupe, entre la Pointe du Jonquet (où fut construite autrefois la villa Dubonnet) et la plage de la Garoupe, une opportunité M. Muterse lotissant alors dans le secteur.

C’était le désert mais l’emplacement était remarquable en bordure immédiate de la mer avec aucune autre construction à proximité : la mer et les rochers devant, une forêt de pins très fournie derrière, un emplacement rêvé ! Les acquéreurs étaient les deux frères Fabre de Parrel, Albert, homme de lettres résidant en Angleterre et Jules, docteur à Paris. En 1928, l’aîné, Albert revendit sa part pour 35.000F à son frère Jules qui résidait à Paris, Bd Malesherbes.

D’où vient la villa Parrel ?

C’est sans doute à ce moment que celui-ci décida de faire construire sa maison qui prendra le nom de villa Parrel, un bâtiment à l’architecture très simple, de deux étages avec un toit plat. Nous sommes bien loin des très belles villas du Cap. C’était un bâtiment cubique avec de nombreuses ouvertures face à la mer et en direction de la plage de la Garoupe et du Cap Gros.

Au fil du temps, la villa connaîtra des modifications pour améliorer son architecture, son confort, grand balcon avec bow-window au niveau du premier étage au-dessus d’une nouvelle pièce construite en avant de la façade avec trois fenêtres jumelées. Jules Fabre de Parrel acquit en 1938, toujours à M. Muterse, une parcelle supplémentaire de 1059 m2, pratiquement l’équivalent en surface du 1er lot pour 30.000F puis, en 1939, une nouvelle parcelle de 1.000 m2 pour 50.000F à M. Vairant, un huissier de Justice qui le tenait de son épouse qui l’avait elle-même acheté à M. Muterse en 1926.

 

Les époux Parrel qui vivaient à Paris décidèrent de revendre la villa sur 3.050 m2 de terrain à une société civile en 1945. Ensuite, en 1964, la villa devint la propriété de Georges Lévy. La villa Parrel existe encore aujourd’hui, bien entretenue avec de nombreuses améliorations qui ont fait d’elle un beau bâtiment situé dans un lieu idyllique. J’ignore qui en est maintenant le propriétaire.
Ne la cherchez pas sous ce nom, elle porte désormais le nom d’oiseaux marins, voisins du goéland.

Sources : « Sous les pavés » articles du 5 octobre 2003 et du 4 février 2019. Avec l’aide de Mme Aguado.

Offre numérique MM+

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