Les vies d’Albert Ier racontées dans les Annales monégasques

Le 46e numéro de la revue d’histoire des Archives du Palais princier retranscrit une partie des échanges du colloque consacré à l’ancien souverain. Mettant en lumière des facettes méconnues.

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CEDRIC VERANY Publié le 23/12/2022 à 11:04, mis à jour le 24/12/2022 à 15:20
collection Archives du Palais de Monaco

Depuis 1977, comme un métronome, la publication de la revue d’histoire des Archives du Palais princier clôt l’année civile. Et le 46e numéro des Annales monégasques ne déroge pas à la règle en 2022, via un nouveau tome de 375 pages qui vient de paraître.

Avec un reflet particulier puisqu’il vient clore l’année de commémoration du centenaire de la disparition du prince Albert Ier. En publiant principalement la première partie des actes du colloque Les carrières d’un prince, qui s’est tenu en Principauté en septembre dernier, réunissant historiens, scientifiques et sachants pour retracer les vies et les engagements de l’ancien souverain.

Et cerner toutes les facettes d’un homme à la fois progressiste et conservateur. "Il y a cette idée de paradoxe qui revient beaucoup dans la personnalité du prince", rappelle Thomas Fouilleron, directeur des Archives du Palais et à la tête de cette publication.

Un prince à moto, incognito

Les amateurs d’histoire apprécieront ces pans d’histoire évoqués. À l’image du plus vaste article de cette édition, signé par Michaël Bloche, qui retrace ces tours de France à motocyclette qu’Albert Ier effectue entre 1903 et 1905 au guidon de sa Humber Beeston. Le texte intègre de nombreux extraits du journal autographe du souverain, où à la façon d’un Guide Michelin, il livre ses appréciations sur les endroits qu’il visite incognito. Une manière aussi de découvrir le style de ce carnet bord de princier qui devait être publié à l’occasion de l’année centenaire, mais qui le sera finalement en 2024.

Autre thématique forte, l’article de Jean-Marc Hovasse, professeur de littérature française à la Sorbonne revient sur un épisode historique. Le 2 juin 1885, le jeune prince héréditaire est dans le cortège populaire qui occupe les rues de Paris pour les funérailles de Victor Hugo. Dans une lettre adressée à son père, Charles III, il livre un récit admiratif de ce qu’il a vu, en anonyme, au milieu d’une foule immense au cours de cette célébration républicaine.

Au chapitre des contradictions, l’article de Jean-Rémy Bézias témoigne des paradoxes d’un souverain anticolonialiste proclamé mais investissant dans une plantation coloniale au Mozambique, la compagnie du Madal, qu’il imagine modèle. Yuliya Smyk, dans un autre texte, évoque le lien entre Albert Ier et Mirza Riza Khan, diplomate et pacifiste iranien, premier délégué de son pays à la Société des Nations qui s’installe à Monaco en 1910 dans la mythique villa Isaphan, boulevard du Jardin Exotique, créant un pont entre l’Orient et l’Occident.

Un goût pour l’anthropologie

Le numéro des Annales rappelle aussi la participation de Monaco aux soins et à la convalescence de blessés alliés durant la Première Guerre mondiale, dans des hôpitaux temporaires ouverts en Principauté sous l’impulsion du Prince. Un Prince également raconté par son œuvre scientifique : son goût pour l’anthropologie, par exemple, est rappelé par son soutien à des recherches sur les hommes fossiles.

Côté culturel, une étude de Bruno Moysan, évoque la création en février 1907 sur la scène de la Salle Garnier de l’opéra de Jules Massenet, Thérèse dont l’action a pour décor la Révolution française. Alain Quella-Villeger a rédigé, lui, un portrait de la princesse Alice de Monaco, seconde épouse du souverain. Une femme « insaisissable » racontée par ses contemporains, qui s’impliqua fortement pour favoriser la vie culturelle en Principauté.

La lettre manuscrite du prince Albert à son père Charles III au lendemain des funérailles de Victor Hugo à Paris, le 2 juin 1885. (Reproductions Geoffroy Moufflet/Archives du Palais de Monaco)

"Une belle leçon d’histoire pour les Monégasques"

Questions à Thomas Fouilleron, directeur des Archives du Palais princier.

Alors que l’année de commémoration de la disparition du prince Albert Ier s’achève, toutes les facettes du personnage semblent avoir été abordées pour se souvenir de lui au plus juste ?
En effet, c’était l’objectif. Nous avons essayé, en publiant cette première partie des actes du colloque, d’apporter des pierres supplémentaires sur lesquelles un biographe pourra s’appuyer davantage. C’est notre espérance. L’un des prolongements est aussi un portail documentaire qui sera prochainement mis en ligne. Une partie de l’équipe du comité va continuer à travailler sur le contenu de ce site qui sera une grande encyclopédie en ligne regroupant iconographies, correspondances, documents en consultation autour du prince Albert Ier.

L’évocation de la figure d’Albert Ier cette année lors de plusieurs événements en Europe a-t-elle suscité de nouvelles demandes d’historiens et chercheurs auprès des archives du Palais ?
Assurément. Le travail en amont du comité de commémoration de sensibilisation, d’approche, d’aiguillage sur des sources intéressantes a aiguisé cet appétit. Un appétit redoublé dans les différents lieux du pèlerinage mémoriel cette année. À Kiel par exemple, le public allemand a découvert ce projet d’Albert Ier de faire de la ville par son truchement, une ville de paix, de diplomatie de l’ombre. Aujourd’hui, nous avons des suites et un certain nombre d’interlocuteurs imaginent déjà un prolongement au centenaire et vont proposer des choses.

Que pensez-vous que l’on retiendra de cette commémoration en Principauté ?
Ces événements ont été une belle leçon d’histoire pour les Monégasques et les résidents. Au-delà de ce qu’on croyait savoir de lui, de la statue des Jardins de Saint-Martin, d’un prince navigateur et savant, s’est dessiné le portrait d’un homme luttant contre les injustices. Et il faut espérer que les élèves de la Principauté s’approprient Albert Ier et qu’il soit un exemple des notions que l’Éducation nationale inculque aux jeunes. C’est le but des commémorations que de tracer un chemin en mettant en lumière des héros nationaux.

Ce sera aussi le cas l’an prochain, avec l’évocation du prince Rainier III pour le centenaire de sa naissance ?
Pour Albert Ier, nous étions dans le bilan d’une œuvre, dans le cas de Rainier III, c’est le centenaire de sa naissance et la tonalité des commémorations sera plus dans l’affectif. Nous touchons un sujet qui est très proche de nous et nous ne sommes pas encore en capacité d’avoir la même focale pour cerner le personnage et son œuvre comme nous avons pu l’avoir pour le prince Albert Ier avec un siècle de recul. Il faut pouvoir accéder à toutes les sources directement exploitables par une communauté de chercheurs que l’on va lancer sur un corpus. Mais pour autant, l’Histoire est convoquée aussi dans le centenaire de la naissance du prince Rainier III et les Archives du Palais prendront toute leur part aux commémorations, ne serait-ce que par une grande exposition au Palais, à partir du 31 mai.

C.D..

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