Le musée archéologique de Fréjus a rouvert ses portes ce mardi: ces pièces exceptionnelles que vous pouvez (re)découvrir

Le musée archéologique ouvre ses portes sur une nouveauté: le casque de la déesse de la guerre et son hologramme. À redécouvrir: la mosaïque du premier siècle et les collections.

J. J. jjoris@nicematin.fr Publié le 25/05/2021 à 20:00, mis à jour le 25/05/2021 à 19:58
Pierre Excoffon, expert et directeur du service archéologie et patrimoine de Fréjus, présente la mosaïque dite de la panthère, rénovée tesselle par tesselle et dotée de panneaux explicatifs, à l’occasion des cent ans de sa découverte. Photo Clément Tiberghien

Elle est encore plus spectaculaire que dans nos souvenirs. La mosaïque dite de la panthère, parfaitement conservée, tapisse le sol de ses tesselles colorées.

Le musée archéologique de Fréjus présente cette pièce exceptionnelle, nettoyée carré par carré et mise en valeur par une équipe spécialisée de l’"Atelier de conservation et de restauration de mosaïques du musée départemental de l’Arles antique".

L’occasion est belle de profiter des splendides collections du musée, d’autant que la mosaïque, qui date du premier siècle, fête son anniversaire: les cent ans de sa découverte.

S’étalant sur près de six mètres de longueur, elle est désormais dotée, pour célébrer dignement cet anniversaire, de trois panneaux qui retrace son histoire.

La mosaïque proche de celle de Pompéi

C’est Auguste Pelloux-Gervais, propriétaire du clos de la Tour, qui a mis au jour plusieurs pavements inédits (comme celui du combat de coqs).

 

Entre travaux agricoles dans le champ et agrandissement du chemin pour accéder au potager, la mosaïque apparaît en 1921. Auguste Pelloux-Gervais décida alors de l’offrir au musée archéologique municipal.

La panthère est l’un des animaux favoris de Bacchus et la mosaïque de Fréjus, proche de celle de Pompéi, a une tonalité plus discrète mais avec des décors géométriques variés.

"On ouvre enfin le musée. Ces longs mois de fermeture ont permis de faire des inventaires et des nettoyages comme celui de la mosaïque. Ce qui est important dans la restauration, c’est qu’un œil exercé la voit afin d’identifier l’original, confie l’expert Pierre Excoffon, directeur du service archéologie et patrimoine de la Ville. Les calcaires blancs proviennent de Draguignan et du Haut Var, les plus sombres de Castellane. Les tesselles rouges pourraient être de la terre cuite. On fait des recherches sur les matériaux de construction mais les mosaïques de Fréjus sont majoritairement noires et blanches. L’une d’elles, retrouvée pendant les fouilles aux Poiriers, est faite de cubes noires de basalte du Vésuve".

Sculptures en marbre de Carrare

Le public peut donc enfin venir admirer les nombreuses pièces sculptées antiques dont certaines appartenaient au décor monumental des édifices publics et privés de la ville romaine.

 

Notamment le buste remarquable et célèbre de l’Hermès bicéphale du premier siècle, devenu le symbole de la Ville, une divinité féminine vêtue d’une longue robe à drapé resserré découverte à la porte d’orée, la tête de Jupiter également en marbre blanc de Carrare, un silène (satyre), la représentation en grès d’un masque d’acteur romain, les monuments funéraires découverts lors des fouilles de la nécropole de Saint-Lambert…

Une salle dédiée à la céramique antique et moderne témoigne de l’installation d’une série d’ateliers et d’un vaste gisement d’argile de bonne qualité (plaques de terre cuites architecturales, vaisselle de table et de cuisine, amphores…)

Une reconstitution d’une pièce de réception et d’apparat au sol en mosaïque noire et blanche et de peintures murales inspirées des modèles répandus au début du premier siècle. Une grande maquette représente la cité et le port de Forum Iulii à l’époque romaine.

Voilà une sortie culturelle à ne pas manquer: le musée archéologique de Fréjus a obtenu l’appellation "musée de France", accordée lorsque la conservation et la présentation des collections revêtent un intérêt public.

On a retrouvé le corps de la sphinge

Pour célébrer la réouverture du musée archéologique de Fréjus, le service du patrimoine y expose le fameux casque de Minerve, partie sommitale d’une statue colossale en marbre, de type corinthien, sculpté aux alentours du changement d’ère, et présenté une seule fois en 2018. Sans son cimier qui n’avait pas encore été retrouvé.

Ornement qui surmonte le casque, le cimier de Minerve devait forcément représenter des attributs guerriers.

"On a les têtes de bélier de profil sur les couvre-joues et les griffons bondissants en haut-relief sur le casque découvert lors de la campagne dirigée par Nicolas Portalier mais on a découvert la sphinge, femelle du sphinx, un buste avec des seins, des ailes sur un corps de lion, en réalisant les fouilles sur le site de l’Aqueduc, précise l’archéologue Pierre Excoffon. Et, pour que le public puisse avoir une bonne vision du casque en entier, nous avons travaillé un hologramme avec une entreprise de restitution numérique".

La Ville a financé l’achat d’un nouvel appareil, une vitrine holographique, qui reconstitue la tête de Minerve en 3D et en mouvement.

Les visiteurs peuvent donc s’émerveiller devant l’original puis devant l’hologramme. La statue devait être colossale, c’est-à-dire d’une hauteur équivalente à une fois et demie la grandeur naturelle, soit 2,50 m pour une effigie en pied.

"L’artefact au relief divin avait été jeté dans le regard d’un égout. Cet acte de la fin de l’Antiquité est-il la conséquence d’une chasse aux images païennes lors de la christianisation de Fréjus? C’est possible mais pas certain. D’où venait-elle? De la villa monumentale de la plate-forme située juste à côté? Du secteur tout proche de la porte de Rome? Du quartier populaire mis au jour sous l’ancienne école des Poiriers?, décrit Pierre Excoffon. L’archéologie pose plus de questions qu’elle n’en résout. Mais pour autant, la connaissance des canons de l’art romain, inspirés de l’art grec, permet de rendre à un fragment rescapé de plusieurs siècles d’histoire, une image réelle de la forme originelle de l’œuvre.Cette exposition est une nouvelle fois l’occasion de passer à la lumière le riche passé antique de la ville. Et de redonner vie sous nos yeux à la statue, grâce à l’apport des nouvelles technologies, la restitution virtuelle et l’appui des spécialistes".

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.